Condamnation de Hajar Raissouni: Khadija Ryadi dénonce une décision despotique

03 Oct 2019 à 10:39 Société
Condamnation de Hajar Raissouni: Khadija Ryadi dénonce une décision despotique

L’heure est à l’indignation. Le tribunal de première instance de Rabat a condamné, lundi 30 septembre, la journaliste d’Akhbar Al Yaoum, Hajar Raissouni, à une année de prison ferme pour « relations sexuelles hors mariage et avortement illégal ». 

Jusqu’à la dernière minute, tout le monde s’attendait et s’accrochait à l’idée que les poursuites contre Hajar Raissouni soient abandonnées, mais le verdict est tombé. Un verdict «injuste», mais également «décevant» que ce soit pour la famille des accusés, leur défense que pour les militants pour les droits humains et des libertés individuelles, qui crient à l’injustice.

Pour Khadija Ryadi, Lauréate du Prix de l’ONU pour les droits de l’Homme en 2013 et ex-présidente de l’AMDH, il s’agit ni plus ni moins d’une « décision despotique ». La militante a bien voulu se prêter au jeu des questions réponses au micro de Hespress Fr.

Hespress Fr : Que pensez-vous du verdict prononcé à l’encontre de Hajar Raissouni ?

Khadija Ryadi : Ce verdict s’ajoute à tous les autres qui ont précédé (…)/ La justice  est devenue un instrument de répression. Elle peut servir à blanchir les uns, comme elle peut servir pour mettre les journalistes libres en prison.

Hajar est en prison parce qu’elle est une journaliste libre, critique. Elle est aussi en prison parce qu’elle appartient à une famille à laquelle on veut faire passer des messages.

Donc, Hajar, est visée en tant que journaliste, mais ils ont aussi utilisé son corps, parce qu’elle a été humiliée et torturée pour régler des comptes politiques avec des personnes critiques qui dérangent. On ne peut que s’indigner, dénoncer et crier de colère contre cette situation inacceptable des violations de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, mais aussi l’indépendance de la justice qui est complètement bafouée.

La justice est le pilier de toute nation qui se respecte. Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui les citoyens, la société civile, les militants, les journalistes n’ont plus foie en la justice qui continue de rendre des jugements sévères à l’encontre des individus qui n’ont fait qu’exercer leurs libertés individuelles et privées ?

Moi je ne fais pas confiance à la justice. Il y a quelques magistrats indépendants et honnêtes, mais la justice en tant que système, est despotique Elle est utilisée et instrumentalisé.

Il y a un classement des Etats par une ONG internationale qui s’intéresse à la justice, et le Maroc est classé parmi les Etats où la justice ne joue pas son rôle en tant que justice indépendante qui devrait protéger les libertés, faire appliquer la loi, etc.. C’est pour ça que les gens n’ont pas confiance. Et ça, ça prouve qu’on n’est pas dans un Etat de droit, ça montre comment les citoyens cherchent la justice par leurs propres moyens.

C’est pour cela qu’on observe beaucoup de violence dans la société. C’est la justice qui rend les libertés et les droits aux citoyens qui voient leurs droits bafoués. Donc l’absence de justice c’est l’absence de droits,  l’absence totale de démocratie et c’est le chaos. On est poussés vers un état que personne ne veut voir.

Que peut on faire pour remédier à cette situation, pour que les journalistes ne soient plus jugés par le Code pénal? Pour que leur vie privée ne soit plus utilisée pour sanctionner des articles ou des reportages critiques?

Je pense que c’est une lutte pour la démocratie. Ce n’est pas une lutte des journalistes uniquement, ou une affaire des journalistes ou des militants des droits de l’homme, c’est un problème politique au Maroc. C’est une lutte que doivent mener toutes les structures et les classes sociales qui veulent vivre dans la liberté et la démocratie.

Ils doivent trouver des consensus pour militer ensemble contre le despotisme, contre cette violence et ces abus de pouvoir.

Quand il y a injustice, sous toutes ses formes, toutes les bonnes volontés, toutes les organisations doivent s’unir afin de trouver une plateforme commune pour militer pour la démocratie, parce que si on ne s’y met pas ensemble eh bien on va y partir un par un jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien et après c’est le chaos. Donc il faut vraiment une lutte organisée, une lutte pacifique pour sauver ce pays, parce qu’il est menacé.

Est-ce que vous êtes contre ou pour l’avortement et les relations sexuelles hors mariage ?

Nous à l’AMDH, depuis déjà plusieurs années on était les seuls à parler de ce sujet, au moins 8 ou 7 ans, quand j’étais présidente on avait fait des mémorandums, des débats et ont a été critiqués et insultés par la presse de diffamation, on a été diffamés partout parce que justement on avait milité et on s’est prononcé librement et clairement sur la question des libertés individuelles.

On avait demandé l’abolition des articles 489 et 490 qui pénalisent les relations sexuelles aussi bien entre adultes consentants et on avait aussi demandé le droit des femmes à mettre fin à une grossesse non désirée dans des conditions médicales qui les protègent et qui protègent leur santé.

Donc, on a toujours lutté pour les libertés individuelles on les a toujours défendues et ce n’est pas maintenant que des annonces et des appels commencent comme si le sujet est nouveau, comme s’il n’a jamais été traité au Maroc.

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