Quand Leila Slimani se fait massacrer sur la toile pour « son manifeste », mais aussi le Hirak

30 Sep 2019 à 17:35 Société
Quand Leila Slimani se fait massacrer sur la toile pour « son manifeste », mais aussi le Hirak

Les accusations pour lesquelles est poursuivie la journaliste d’Akhbar Alyaoum, Hajar Raissouni ont ouvert le débat sur deux sujets jusqu’ici « tabous » au Maroc. L’avortement et les relations sexuelles hors mariage. Deux motifs pour lesquels les Marocains risquent la prison selon l’article 490 du Code pénal.

Ainsi, et pour dénoncer ce qu’elles ont appelé l' »injustice » que subissent les femmes marocaines, et même les hommes, la romancière franco-marocaine, Leila Slimani, ainsi que la cinéaste Sonia Terrab ont co-rédigé un manifeste où elles revendiquent être « hors la loi » et demandent la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage et l’avortement ainsi que le respect des libertés individuelles.

« Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ? Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et de toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment » peut-on lire dans le manifeste.

Signé par près de 5.000 hommes et femmes, notamment des personnalités publiques, le manifeste qui « reproche » aux lois marocaines de s’ »incruster » dans la vie privée des citoyens marocains, a fait le tour des réseaux sociaux et a été partagé des centaines de fois par des femmes, mais aussi des hommes qui ont affirmé être des «hors-la-loi».

Toutefois, il n’a pas été applaudi par tout le monde. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont critiqué le manifeste de l’écrivaine et lauréate du Prix Goncourt 2016, Leila Slimani, soulignant que les Marocains ont d’autres préoccupations majeures, telles la santé et l’éducation, pus importants à leurs yeux que le débat sur la légalisation de l’avortement.

Leila Slimani, a surement dû oublier que la quasi-majorité des Marocains restent « conservateurs » malgré « l’ouverture » du pays sur la culture occidentale, estiment-ils..

« Je veux bien, mais Leila Slimani et Tahar Benjelloun on les entend beaucoup sur la liberté sexuelle, l’alcool, etc … j’aimerai les entendre plus sur la mascarade de notre scène politique, sur le scandaleux système d’éducation et de santé, etc … mais je comprends ton point de vue », écrit un internaute sur Twitter.

« Les préoccupations de Leila Slimani sur la liberté sexuelle et de l’éditorial du Lemondefr ne sont pas celles des Marocains. Il serait plus judicieux qu’elle se préoccupe de la pauvreté de ses concitoyennes. On ne change pas une société par le haut », écrit un autre sur Twitter.

Selon un autre internaute, « Leila Slimani est une bourgeoise qui n’a pas eu besoin de cette « réforme » pour pouvoir vivre sa vie sexuelle comme elle l’entendait. Et tout le monde s’en fout. Elle habite en France, est française, mais exige des réformes pour le Maroc. Qu’elle reste où elle est ».

Il n’y a pas que le manifeste de Leila Slimani qui lui a attiré la foudre des internautes sur les réseaux sociaux. Sa déclaration sur le « Hirak du Rif » lors de son passage sur RTL durant lequel elle a fait un debrief sur le manifeste a fait sortir les «partisans» de la cause «Rifaine» de leur petit coin, puisque la romancière n’a pas évoqué la question, que défendait la journaliste Hajar Raisouni, dans le manifeste.

Interrogée sur ce point ainsi que son opinion sur ce mouvement, la romancière franco-marocaine avait lancé : « Ah Non, je fais le débat, par contre le rif je ne connais pas (…) Je ne connais pas malheureusement les tenants et les aboutissants de ces contestations, je me renseignerai de manière un peu plus profonde, et voilà ». Une déclaration qui lui a valu une avalanche de reproches et de critiques sur les réseaux sociaux.

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