Quand Leila Slimani et Sonia Terrab se déclarent « hors la loi »

23 Sep 2019 à 14:48 Société
Quand Leila Slimani et Sonia Terrab se déclarent « hors la loi »

Dans une tribune signée par 490 femmes et hommes marocains en référence à l’article 490 du code pénal, l’écrivaine Leila Slimani et la réalisatrice Sonia Terrab ont fait valoir ouvertement leur position « hors la loi ». Publiée par Le Monde, la tribune interpelle sur la question des libertés individuelles, de la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage et celle de l’avortement. 

« Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ? » peut-on lire dans les premières lignes de la tribune.

« Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment », ajoute le texte.

Pour les deux co-auteures, le Maroc souffre de ce qu’elles appellent « cette culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale » qui génère « la violence, l’arbitraire, l’intolérance. »

Se demandant pourquoi continuer d’accepter « ces lois liberticides et inapplicables » qui deviennent des « outils de vengeance politique ou personnelle », la tribune poursuit en faisant référence à une sorte d' »épée de Damoclès qui nous menace et nous rappelle que notre vie ne nous appartient pas ».

Tout en rappelant que leur corps leur appartient, et n’appartient à personne d’autre, encore moins à leur père, leur mari, leur entourage ou encore aux yeux des hommes dans la rue ou à l’Etat, les auteures de la tribune signée par plusieurs hommes (notamment les journaliste Abdellah Tourabi et Ali Baddou, l’écrivain Tahar Benjelloun, l’artiste Mahi Binebine, l’acteur Fahd Benchemsi, ou encore l’animateur de radio Momo), estiment que la société marocaine est actuellement assez « mûre » pour accepter un changement en voie du respect de la vie privée et du droit de chacun de disposer de son corps.

Ajoutant des chiffres, preuve à l’appui, de l’étendue de ce phénomène national: 14.503 personnes poursuivies pour relations sexuelles hors mariage, 3048 incarcérations pour adultère en 2018, et entre 600 et 800 avortements clandestins chaque jour, la tribune estime qu’un changement est devenu une « nécessité » qui devrait permettre aux Marocaines et Marocains de ne plus être « hors la loi ».

Pour rappel, cette tribune vient répondre aux derniers événements en relation avec l’article 490 du code pénal qui ont secoué l’opinion publique marocaine. La retentissante affaire de la journaliste marocaine Hajar Raissouni qui risque jusqu’à deux ans de prison ferme pour relations sexuelles hors mariage et avortement illégal, et celle de l’actrice Najat El Ouafi en juillet, sont venues s’ajouter à la multitude d’affaires en relation avec l’article 490.

Selon l’association Insaf (Institut national de solidarité avec les femmes en détresse), le nombre d’enfants nés hors mariage au Maroc serait de 50.000 chaque année (ces enfants là ne bénéficient pas de reconnaissance de paternité ni de droit à l’héritage), alors que 300 bébés sont retrouvés abandonnés morts ou vivants dans les rues de Casablanca chaque année.

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