Le Sommet du climat vu par l’expert environnemental Mohamed Benabbou

Le Sommet du climat vu par l’expert environnemental Mohamed Benabbou

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a, pour le week-end du 21 au 23 septembre, convié les chefs d’Etats et de gouvernement de la planète à New York, afin de les exhorter à décupler d’efforts dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ce sommet arrive dans la foulée de la Grève mondiale de l’école pour le climat où des millions d’écoliers se sont mobilisés de par le monde vendredi, pour manifester contre le réchauffement climatique.

A New York, les écoles ont fait portes closes afin de permettre à plus d’un million d’enfants de marcher pour le climat. En Australie ce sont près de cinq-cent-mille élèves qui ont sillonnés les rues de Sydney, d’Adélaïde, Melbourne Brisbane et autres. Les grandes villes de la planète n’ont pas été en reste et que ce soit à Paris, Sao Paulo, Johannesburg, Berlin ou autres villes de Scandinavie, d’Amérique, d’Asie ou d’ailleurs, toutes ont suivi cette grève de l’école initié par la jeune suédoise Greta Thun berg.

L’expert en changements climatiques, ingénieur en génie environnement, Mohammed Benabbou, s’est prêté au petit jeu des déclarations pour un avis éclairé sur le sujet.

« L’Accord de Paris et les objectifs de développement durable sont les fondations des efforts mondiaux pour combattre les changements climatiques», confie-t-il à Hespress FR.

Pour notre interlocuteur, «le but du Sommet sur le climat 2019 est de mettre au défi les États, les régions, les villes, les entreprises, les investisseurs et les citoyens afin qu’ils agissent dans ces six domaines : Transition énergétique, financement de l’action climatique et tarification du carbone, transition industrielle, solutions fondées sur la nature, villes et action locale et enfin, résilience ».

Mohamed Benabbou qui est aussi président du bureau national de l’association, « Maroc des Amis de l’Environnement », une des ONG marocaines pionnières dans le domaine de l’éducation à l’environnement et du développement durable, rejoint Antonio Guterres qui n’a eu de cesse de répéter cet avertissement : « Le dérèglement climatique est plus rapide que nous. »

Ce combat contre les émissions de gaz à effet de serre, pour le gagner, les dirigeants doivent arriver avec des « plans concrets et réalistes et non pas des discours ». Le Secrétaire Général placera à cet effet la barre haute. D’ailleurs il exigera des Etats et gouvernements un engagement à savoir : atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, et à abaisser leurs rejets carbonés de 45 % d’ici à 2030, à stopper tout nouveau projet de centrale à charbon après 2020 et à mettre fin aux subventions aux énergies fossiles.

Le changement climatique a un coût

Mohamed Benabbou à propos de cet événement environnemental à New York ou « Sommet Action Climat 2019 » comme il le désigne, abonde dans le même sens. « Les changements climatiques se font ressentir partout dans le monde, avec des conséquences tout à fait réelles sur les vies des populations. Ils perturbent les économies des pays, nous coûtent cher aujourd’hui et encore plus demain. Cependant, il apparaît de plus en plus clairement qu’à l’heure actuelle, des solutions abordables et évolutives sont disponibles qui nous permettraient de passer à des économies plus propres et plus résilientes ».

Revenant sur l’adoption  en 2015 de l’Accord de Paris, qu’il voit comme une étape clé de la lutte contre les changements climatiques, il fait remarquer: « L’Accord vise principalement à maintenir l’augmentation moyenne de température dans le monde bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, et autant que possible à 1,5°C pendant ce siècle. C’est un tournant historique. Les dirigeants du monde entier ont conclu un nouvel accord universel sous le couvert de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ».

Avant d’en arriver aux 17 objectifs du développement durable (ODD), l’expert rappelle certains faits majeurs pour étayer ses dires. « Dès novembre 2018, 184 pays et l’Union Européenne ont rejoint l’Accord, qui est entré en vigueur à une vitesse record. Les pays ont élaboré leurs propres plans d’action en faveur du climat conformément à l’Accord de Paris, mais la somme de ces plans est insuffisante pour limiter la hausse du réchauffement climatique à un niveau largement inférieur à 2°C », dit-il.

Puis passant aux 17 objectifs des ODD ayant pour but de sauver et de transformer le monde. « Ils sont un appel à l’action de tous les pays – pauvres, riches et à revenu intermédiaire – afin de promouvoir la prospérité tout en protégeant la planète. Ils reconnaissent, nous dit l’ingénieur en génie environnemental, que mettre fin à la pauvreté doit aller de pair avec des stratégies qui développent la croissance économique et répondent à une série de besoins sociaux, notamment l’éducation, la santé, la protection sociale et les possibilités d’emploi, tout en luttant contre le changement climatique et la protection de l’environnement ».

Et de définir quelques-unes des priorités les plus recommandées qui consistent à :

  • Eliminer la pauvreté et la faim, pour des conditions de dignité et d’égalité et dans un environnement sain 
  • De faire en sorte que tous les êtres humains aient une vie prospère et épanouissante et que le progrès économique, social et technologique se fasse en harmonie avec la nature 
  • Favoriser l’avènement de sociétés pacifiques, justes et inclusives, libérées de la peur et de la violence. En effet, il ne peut y avoir de développement durable sans paix ni de paix sans développement durable
  • Mobiliser les moyens nécessaires à la mise en œuvre de ce programme grâce à un partenariat mondial revitalisé pour le développement durable
  • Lutter contre la dégradation de la planète, en recourant à des modes de consommation et de production durables, en assurant la gestion durable de ses ressources naturelles afin qu’elle puisse répondre aux besoins des générations actuelles et futures »

Mohamed Benabbou met en garde ensuite sur les effets des changements climatiques dont les dangers des répercussions sur la santé publique, la sécurité alimentaire, la sécurité de l’approvisionnement en eau, la migration, la paix et la sécurité sont visibles. Des populations entières subissent déjà les impacts importants du changement climatique, notamment des variations météorologiques imprévisibles, la montée du niveau de la mer et de plus en plus de phénomènes climatiques extrêmes.

Investir dans le développement durable

« S’ils ne rencontrent aucune opposition, ils nous feront perdre les avancées que nous avons obtenues ces dernières décennies en matière de développement et rendront toute nouvelle avancée, impossible », met en garde notre interlocuteur.

Pour lui, « les investissements dans le développement durable aideront à lutter contre les changements climatiques en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en renforçant la résilience face aux changements climatiques. Inversement, en luttant contre les changements climatiques, on fera progresser le développement durable.

Et de conclure: « les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines, qui sont à l’origine du changement climatique, sont en constante augmentation et atteignent actuellement leur plus haut niveau historique. Sans action de notre part, la température moyenne à la surface de la planète devrait augmenter au cours du XXIème siècle et devrait dépasser les 3 degrés Celsius au cours de ce siècle. Certaines régions du monde pourraient même se réchauffer davantage. Ce sont, les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui sont et seront les plus touchées ».

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