Commerce : Qu’est-il arrivé à l’économie du nord du Maroc ?

22 Sep 2019 à 14:15 Economie
Commerce : Qu’est-il arrivé à l’économie du nord du Maroc ?

Le commerce dans le nord du royaume n’est plus qu’un vestige de son essor d’antan. Si par le passé les Marocains se dirigeaient par milliers pour acquérir différents produits en provenance d’Espagne et d’Europe depuis le marché de Fnideq, il semble que ce marché n’intéresse plus grand monde aujourd’hui. Une situation qui ne se limite pas d’ailleurs à cette localité, puisque le reste des villes du nord semblent souffrir de la même situation.

Le nord du royaume fut pendant longtemps le point de passage de marchandises de contrebande faisant rêver de nombreux Marocains. Le nec plus ultra des équipements électroniques, téléphones, électroménager, vêtements, nourriture, etc., passait par Sebta pour atterrir au sein du marché de Fnideq et Bab Nouader à Tétouan, avant d’être distribué vers le reste du royaume.

Une bonne partie des équipement de Derb Ghellef à Casablanca provenait du nord, et était surtout vendue à des prix défiant les tarifs pratiqués dans le circuit légal. Sauf que la donne fait qu’aujourd’hui, et ironie du sort, que les marchés  du nord s’approvisionnent désormais depuis la capitale économique du royaume.

Cela semble sortir de l’ordinaire, mais il faut bien comprendre que le marché marocain a été « envahi » ces dernières années par les produits en provenance de Chine, mais surtout de Turquie, du fait des conventions commerciales « avantageuses » entre les deux pays. Si le produit chinois était autrefois synonyme de qualité inférieure, la marchandise turque propose une « meilleure » alternative pour le consommateur lambda à la recherche d’un bon deal. Cela est surtout le cas pour les produits vestimentaires et électroménagers, qui ont inondé le marché national, quoique le choix soit justifié.

En effet, les vêtements made in Turkey sont disponibles à des prix allant de 39 à 1500 dirhams, sans toutefois dépasser cette fourchette, qui laisse une marge de manœuvre assez large pour la classe moyenne. Pour ce qui est de l’électroménager turc, celui-ci varie des cuisinières aux téléviseurs dont le prix ne dépasse généralement pas 5000 dirhams pour des écrans intelligents de 50 pouces 4 K.

Certes, les pièces de rechange sont difficiles à trouver, mais ce sont là des produits faits pour fonctionner durant une période donnée, laissant au consommateur la possibilité d’amortir son achat, mais tout dépend de l’utilisation et des conditions d’entretien que l’on en fait.

Le nord n’attire plus le Marocain

En effectuant un tour au sein desdits marchés, de nombreux commerçants nous ont indiqué que les produits vendus actuellement proviennent de Turquie, en plus d’être largement disponibles un peu partout. Cela fait que les Marocains peuvent acquérir ce qu’ils veulent, peu importe leur ville, du fait que, du pyjama à la TV, les mêmes produits sont proposés à la vente partout et en masse.

Cela dit, nous avons pu constater que les prix pratiqués pour certains produits, notamment les accessoires automobiles, sont plus élevés par rapport à ceux pratiqués à Casablanca et Rabat. Par exemple, pour le même jeu de housses de sièges pour voitures, il est vendu à 340 dirhams à Casablanca, alors qu’il est proposé à 1200 dirhams à Fnideq et Tanger.

Cette différence est justifiée par les vendeurs par le fait qu’il s’agit de produits « d’origine », alors qu’après inspection, l’on peut bien voir que ce n’est qu’un argument de vente, puisqu’il s’agit de la même chose. Questionnés sur ces prix, les vendeurs d’accessoires automobiles de Derb Ghellef nous ont expliqué que leurs prix leur permettent de réaliser des bénéfices, du fait qu’ils importent leur marchandise à travers d’autres voies, moins coûteuses.

L’un de ces commerçants a expliqué à Hespress FR qu’avec des sites comme « Ali Express », il est possible de commander d’importantes quantités de marchandise à des prix moindres. « Au lieu de commander 50 pièces, on peut en acheter 100, les vendre à un bon prix et garder un bénéfice de côté après avoir payé les taxes douanières », nous a indiqué notre interlocuteur.

Cela nous a d’ailleurs poussés à consulter certains produits sur ledit site, où l’on a pu trouver que des portes-clés vendues à 40 dirhams/pièce au nord, sont disponibles à 10 dirhams seulement. En consultant les offres sur Ali Express, on se rend compte du fait que les vendeurs peuvent envoyer gratuitement leurs produits aux acheteurs, sans oublier qu’il existe bien différentes offres et promotions de livraison.

Pour Simohamed, commerçant à Fnideq, il s’agit surtout du fait que les consommateurs nationaux ne sont plus intéressés par le nord de façon générale. « C’est un fait. Les gens ne viennent plus ici pour acheter grand-chose, mais ils ne viennent même plus pour les plages. Aller passer ses vacances à l’étranger ne coûte plus très cher maintenant. De plus en plus de personnes décident de partir en Turquie, vu que cela revient presque au même coût pour la location durant la période estivale », nous a-t-il indiqué.

Revoir le modèle économique et répondre aux besoins

Toutefois, il faut bien comprendre que l’économie du nord du royaume n’est pas en état d’alerte. Loin d’une vision nihiliste, les provinces du nord disposent d’un potentiel touristique non négligeable, qui leur garantit encore de beaux jours. Mais il faudrait bien faire bouger les choses et faire en sorte que le nord ne dépende plus de l’activité estivale pour booster son chiffre d’affaires.

Pour Omar Kettani, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat, il faudrait investir dans le capital humain, en lui proposant des formations adéquates aux besoins du marché du travail, mais également encourager les investissements dans les régions du nord.

Par ailleurs, il s’agirait même de développer la structure sociale, à travers la mise en place d’universités, d’hôpitaux et de centres de formation au profit de la population du nord, dans l’objectif de la hisser au même niveau de développement que des villes développées comme Casablanca ou Rabat.

AFMA Assureur Conseil : Le RNPG en hausse de près de 10% au premier semestre