Hôpital provincial Hassan I de Tiznit: Rien ne va plus entre les médecins du public et le délégué régional

10 Sep 2019 à 10:39 Société
Hôpital provincial Hassan I de Tiznit: Rien ne va plus entre les médecins du public et le délégué régional

Les médecins du secteur public opérant à Tiznit sont en colère et le montrent. Dans un récent communiqué, le bureau local du syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP) à Tiznit, affirme « suivre avec surprise la situation du secteur de la santé dans la province » et dénonce «l’état critique» que connait l’hôpital provincial Hassan I, en particulier, son service de Gynécologie.

Par ailleurs, le bureau accuse le délégué régional du ministère de la Santé à Tiznit d’avoir suspendu le Dr Farid Qssaidi, médecin gynécologue opérant au sein du service de gynécologie de l’hôpital régional cité, pour « des raisons syndicales» et dénonce un « règlement de comptes».

Dans les détails, le bureau du syndicat à Tiznit, dont le secrétaire régional n’est autre que le Dr Farid Qassidi, écrit qu’ «alors que la société s’attendait à ce que des mesures sévères soient prises à l’encontre du délégué régional de Tiznit, dont les violations sont flagrantes et dont l’autorité a dépassé toutes les limites, le personnel de santé ainsi que la société civile ont été surpris par une décision contraire à toutes les règles légales et à toutes les normes éthiques à l’encontre du Dr Farid Qssaidi, seul médecin actif spécialisé en gynécologie et Obstétrique à l’hôpital d’Hassan I de Tiznit, qui a été suspendu avec arrêt de salaire, et présenté au conseil de discipline ».

Le bureau poursuit dans ce sens, que la décision de suspendre Dr. Qassidi a été prise « sans prendre en considération que le service de maternité au sein de l’hôpital reçoit environ 10 naissances en 24 heures et effectue parfois, 12 césariennes en 24 heures ce qui menace le bon fonctionnement du service qui est d’ores et déjà en mauvaise posture ».

Ainsi, Hespress Fr a contacté Dr Abdelali Lwahid, secrétaire régional du SIMSP de la région de Souss Massa, qui nous a déclaré « en gros », que Dr Qasidi a été suspendu de ses fonctions suite à « un règlement de comptes».

Sans rentrer dans les détails, il nous fait savoir que le gynécologue, «a commencé à se poser beaucoup de questions set aborder plusieurs dossiers chauds avec le délégué en question, notamment l’état critique du secteur de santé à Tiznit, discrimination au sein de l’hôpital Hassan I, le non-remboursement des indemnités annuelles du personnel…».

Des questions qui n’ont pas été du goût du délégué, poursuit Dr El Wahid ce qui a poussé ce dernier « à s’en prendre à Dr Qassidi, avant de « fabriquer un rapport en toutes pièces, qu’il a adressé au ministère, où il affirme que  Dr Qassidi a quitté son poste et abandonné ses patients».

« Ce qui est totalement faux »,  s’indigne ce syndicaliste, qui affirme détenir « des preuves qu’on soumettra au conseil disciplinaire prochainement » .

En gros, le « conflit » entre les deux parties, poursuit Dr El Wahid n’est autre qu’« un règlement de comptes», puisque le médecin suspendu a commencé «à creuser et à dévoiler des dossiers qui montrent la mauvaise gestion de l’hôpital par le délégué du ministère de la santé ».

Mise à part « la décision arbitraire » prise à l’encontre de Dr Qassidi, dont le syndicat exige une « annulation immédiate », le bureau local du SIMSP à Tiznit dénonce également  dans sa note les « gardes abusives des médecins qui les épuisent physiquement et moralement, et demande une révision du secteur de santé à Tiznit qui connait beaucoup de dépassements » mais aussi le « remboursement des indemnités du personnel des centres de santé ».

Pour recueillir son avis sur la question et les accusations dont il fait l’objet,  Hespress Fr a contacté le ministère de la Santé ainsi que son délégué à Tiznit.

Dr Khalid Moutaki, délégué du ministère de la Santé à Tiznit, nous a ainsi expliqué que Dr Qasidi, qui a rejoint le service de gynécologie de l’hôpital Hassan I de Tiznit le 28 mars 2018 (18 mois), a été suspendu pour trois raisons. La première est le fait qu’il ait quitté son poste à la date du 8 août dernier, en laissant 4 patientes sans les consulter et sans laisser de consignes à son équipe.

La deuxième cause est son absentéisme répétitif, sans présentation de justificatif. « Au total, ce sont 12 certificats présentés par le Dr Qassidi qui totalise 117 jours d’absence », indique Dr Moutaki.

Pour la 3e raison, notre interlocuteur affirme que le gynécologue en question a refusé de dispenser les soins nécessaires à une femme enceinte en cours d’accouchement, à la date du 24 juillet 2019, malgré sa présence à son poste.

«On l’a contacté à 1h du matin, il s’est présenté, et il a rédigé une fiche de liaison de la femme pour qu’elle soit transférée à Agadir à cause de l’absence du gynécologue alors qu’il était de garde», souligne le délégué du ministère.

Un rapport disciplinaire a donc été fait par le directeur de l’hôpital, suite à l’incident qui a été remonté par le chef de service de gynécologie. Le rapport a été adressé au délégué du ministère qui l’a étudié et transféré à son tour au directeur régional, qui à son tour l’a transféré au ministère de la santé à Rabat, poursuit Dr Motaki.

Interrogé sur un quelconque «règlement de comptes» dans cette affaire, le délégué du ministère nous affirme qu’il n’en est rien puisque «ce sont des faits qui ont été signalés et remontés sur le coup».

«J’ai reçu un rapport disciplinaire par la hiérarchie. Il a été traité, puis transféré à la direction régionale où il a également été traité puis transféré au ministère qui s’est aussi penché dessus avant de prendre sa décision», affirme Dr Moutaki.

Qui des deux partie est dans sa raison et qui a tort? L’avenir le dira, mais en attendant ce sont les patients qui paient le prix de ce rapport de force engagé entre le ministère et le syndicat.

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