Aid Al-Adha 2019 : La situation du marché et le budget à prévoir

10 Août 2019 à 10:03 Economie
Aid Al-Adha 2019 : La situation du marché et le budget à prévoir

Le Maroc s’apprête à célébrer Aid Al-Adha 1440 le 12 août. À cette occasion, l’achat d’un sacrifice et de l’équipement qui accompagne cet événement est une nécessité. Ces achats ont bien un coût, qui peut être assez « imposant » pour certaines familles, mais restent une « nécessité » devant la société. Tour d’horizon.

Le cheptel national destiné au sacrifice musulman s’est établi à près de 8,5 millions de têtes. Selon les données du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, l’offre en ovins et caprins se compose de 4.3 millions d’ovins mâles, 2.8 millions de brebis et 1.4 million de caprins. Le ministère de tutelle estime la demande à 5,4 millions de têtes, dont 5 millions d’ovins et 460 mille caprins.

À cette occasion, l’Office National de la Sécurité Sanitaire et Alimentaire (ONSSA) a mené différentes compagnes de vaccination et de contrôle du cheptel national, afin de garantir la sécurité des consommateurs. Une campagne de vaccination nationale contre la fièvre aphteuse, couvrant environ 3 millions de têtes de bovins, a été réalisée dans ce sens entre janvier et avril derniers. De plus, une campagne généralisée de vaccination de rappel des bovins, ainsi qu’une campagne de vaccination généralisée préventive des ovins et des caprins ont aussi été lancées depuis le 17 juin 2019.

De plus, le fameux tag jaune est toujours de la partie, et permet toujours d’offrir une multitude d’informations sur l’état de santé de chaque bête individuellement, de sa provenance, etc. L’objectif est d’offrir plus de transparence et de sécurité aux consommateurs, mais aussi de tenir pour responsable les fraudeurs.

Cela dit, Hespress FR a fait le tour du marché à Casablanca et Rabat, afin de constater les prix pratiqués par les éleveurs, mais aussi pour ce qui est des équipements qui accompagnent les festivités de Aid Al-Adha.

Le Sardi toujours prisé par les Marocains

Que ce soit à Rabat ou Casablanca, le constat est le même : le Sardi garde toujours sa place « spéciale » dans le « cœur » des Marocains. Nous avons pu constater, au niveau du marché saisonnier de Hay El Fath de Rabat, que les prix pratiqués par les éleveurs varient entre 3700 et 3800 dirhams la bête. En effet, les prix pratiqués au sein du marché ne se font pas au kilo, mais pour le mouton entier que l’on souhaite acquérir.

Cela dit, les vendeurs du marché nous ont indiqué que le Bergui vient en second lieu des demandes des consommateurs. Les prix de cette race varient entre 2000, 2750, 3500 et 3600 dirhams au sein dudit marché.

Toutefois, nous avons pu constater que le nombre de Sardis et de Berguis n’est pas aussi imposant que celui d’une troisième race, à savoir les Timahdites. En effet, ceux-ci sont proposés en masse par les éleveurs du marché. Cela s’explique par le fait que certains éleveurs proposent leur cheptel pour la première fois à Rabat, alors qu’il n’était limité qu’à leurs régions auparavant. Nous avons pu constater que la race Timahdite proposée dans le marché provient de deux régions, à savoir Azilal et Boumia. La race en provenance de la région d’Azilal est de petite taille, contrairement à celle de la région de Boumia, qui est bien plus grande et imposante. Un éleveur nous a expliqué que cette différence morphologique est due aux spécificités des deux régions, qui ont fait que les moutons se sont adaptés au fil du temps à leurs conditions de vie.

Cela dit, nous avons pu constater que les chevreaux sont présents en très petite quantité, par rapport au reste de l’offre. Leur prix tourne autour de 1400 à 1500 dirhams la bête.

Du côté des grandes surfaces, nous avons pu constater que les prix pratiqués sont de 47 dh/kg pour le Bergui, 51 dh/kg pour le Sardi et 50 dh/kg pour les chevreaux. L’offre n’est pas si diversifiée qu’au sein des marchés, mais la demande est bien plus présente. Cette situation s’explique par le fait que les grandes surfaces proposent certaines garanties vis-à-vis des bêtes vendues, qui ont d’ailleurs fait l’objet d’un contrôle auprès de l’ONSSA tout comme pour celles des marchés. Cela dit, les grandes surfaces proposent la livraison des bêtes, l’hébergement ainsi que le découpage des bêtes par des bouchers professionnels, durant le deuxième jour de l’Aid.

Une demande quasi absente dans les marchés

Si la demande est bien présente du côté des grandes surfaces, celle-ci est peu en avant au sein des marchés. Selon des personnes interrogées sur place, cela s’explique par la logistique qui vient avec l’achat d’un mouton, mais aussi par les prix pratiqués par les éleveurs. En effet, un citoyen nous a indiqué que l’achat d’un mouton implique de disposer d’un lieu pour le placer, mais avant cette étape, il faut le transporter. Cela se fait via un véhicule personnel, où à travers des pickups, qui réclament des sommes allant jusqu’à 150 dirhams, si ce n’est plus, aux consommateurs.

Les triporteurs, fortement présents au sein du marché de Hay El Fath, proposent leur service à des prix allant de 20 à 50 dirhams pour leur part, mais « souffrent » de la concurrence des pickups.

L’un des vendeurs que l’on a pu rencontrer nous a expliqué pour sa part que les gens n’ont pas les moyens pour acquérir un sacrifice. « Entre ramadan, les vacances et l’Aid, nous comprenons bien que certaines familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts, mais nous ne pouvons pas vendre à prix sacrifié non plus. Certains consommateurs préfèrent attendre jusqu’à la veille pour acheter leur mouton, car ils pensent pouvoir réaliser une bonne affaire, ce qui n’est généralement jamais le cas », nous a-t-il expliqué.

Cela dit, les éleveurs du marché de Hay El Fath nous ont exprimé leur mécontentement face à une certaine anarchie qui y siège. En effet, ceux-ci nous ont avancé qu’ils ont dû payer 50 dirhams par bête, au lieu de 10 dirhams pour proposer leur marchandise. « Les responsables de cet espace nous ont réclamé de payer 50 dirhams d’avance, pour 10 jours, alors que le marché ne dure que 6 jours, c’est de l’arnaque. De plus, nous n’avons pas accès à l’eau potable ni à des chapiteaux pour couvrir nos bêtes du soleil. Certains vendeurs ne payent rien, du fait qu’ils connaissent tel ou tel responsable, c’est injuste. Si l’on refuse de payer, ils nous envoient des truands pour semer la panique auprès de nos bêtes. Cela n’a pas de sens », nous a déclaré un éleveur de la région d’Azilal.

Par ailleurs, il est à noter que dès que l’on entre au sein dudit marché, des « gardiens », arborant des gilets jaunes d’un CHU, dont on ne citera pas le nom, réclament de payer 5 dirhams d’avance, chose qui confirme l’air d’anarchie soulevé par les éleveurs.

La baisse de la demande est d’ailleurs notable même à Casablanca, du fait que les garages ont été interdits, mais aussi par le fait que certaines familles préfèrent voyager pendant cette période, au lieu de s’embêter avec la logistique de l’Aid.

Le commerce saisonnier pointe le bout de son nez

Il n’y a pas de Aid sans « accessoires » appropriés. Le commerce saisonnier « spécial Aid Al-Adha » est une fois de plus de la partie, que ce soit dans les rues de Rabat et Casablanca, tout aussi bien qu’au sein des grandes surfaces et magasins d’électroménager.

Le fourrage de luzerne est vendu à 70 dirhams la botte, alors que l’on peut se fournir en charbon de bois à partir de 10 dirhams auprès de vendeurs nichés dans les ruelles. Pour ce qui est des couteaux, chacun peut trouver son bonheur à partir de 10 dirhams pour des lames basiques, alors que les sachets en plastique, pour disposer des déchets sont eux à 20 dirhams le paquet de 40 unités. Les cordes sont disponibles aussi à partir de 10 dirhams, alors que certains marchands proposent des sacs de congélation à partir de 20 dirhams le paquet de 10.

Pour ce qui est des grilles de cuisson (barbecue) et les planches électriques, les prix que l’on a pu constater auprès des grandes surfaces et magasins d’électroménager varient de 249 à 6999 dirhams. Certains magasins proposent par ailleurs des combos comprenant frigidaire, four à gaz ou électrique, ainsi que divers appareils utiles dans la cuisine, à des prix allant de 9999 à 30.000 dirhams.

Qu’en est-il de la religion dans tout cela ?

Nous l’aurons bien compris : Aid Al-Adha est synonyme de mets et de joie, mais de dépenses aussi. En effet, vu les nombreuses dépenses occasionnées par cet événement, certaines familles n’ont d’autre choix que de s’endetter pour acquérir le « sacré Graal ». La religion reste assez claire pour ce qui est de la célébration de Aid Al-Adha : les individus qui n’en ont pas les moyens ne devraient pas s’endetter.

Dans ce sens, nous avons contacté Lahcen Skanfal, président du Conseil local des oulémas de la préfecture de Skhirat-Témara, afin d’avoir plus d’éléments de réponses à ce sujet.

Pour Skanfal, il n’y a pas de mal à recourir au crédit pour acquérir un mouton. « Cela est plus une obligation sociale qu’autre chose. Les gens s’endettent surtout pour leurs enfants, mais aussi pour ne pas avoir mauvaise face devant la société », nous a expliqué notre interlocuteur.

Toutefois, il nous a expliqué qu’il est préférable de s’endetter auprès de ses proches, ou des vendeurs directement, « si on les connait », plutôt que de passer par des banques, l’objectif étant d’éviter les intérêts.

Cela dit, nous avons pu constater, à Casablanca tout aussi bien qu’à Rabat, l’absence de panneaux publicitaires mettant en avant des offres de crédits « Aid Al-Adha », contrairement à ce qui se fait d’habitude durant cette période. Nous avons tenté de joindre différents organismes financiers, afin d’avoir des éléments de réponses face à cette absence, mais en vain.

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