Ourika, sur les traces d’un déluge … depuis 1995 !

20 Août 2018 à 20:49 Regions
Ourika, sur les traces d’un déluge … depuis 1995 !

Ourika, le point d’eau de Marrakech, l’endroit où se dirigent tous ceux qui veulent échapper à la fournaise de la ville ocre le temps d’une journée. Mais parfois les excès de chaleur excitent la colère du ciel qui abat la foudre et arrose de pluie le cours d’eau et les baladeurs. Reportage!

En effet l’été n’est pas un long fleuve tranquille dans cette localité, et les inondations se succèdent tout autant que les touristes. Sans être dangereuses la plupart du temps, elles peuvent parfois s’avérer mortelles, comme en 1995 où des centaines de personnes ont été emportées à la suite d’une violente averse, qui a causé de multiples dégâts également.

Depuis le désastre de 1995, les habitants de cette petite région vivent constamment dans la peur d’un éventuel ouragan ou inondation. Ces inondations ont marqué la vie de toute la population de la vallée d’Ourika. Certains ont vu leurs champs agricoles; leur seule source de revenus, détruits, d’autres ont perdu des proches, certaines familles gardent toujours l’espoir de retrouver l’un des siens après avoir disparu dans la foulée des inondations

Un site touristique rafraîchissant, qui peut s’avérer dangereux …

Considérée comme le poumon de la région de Marrakech, Ourika, abrite de nombreuses curiosités. Hespress FR s’est alors déplacé, pour découvrir ce qu’il en est vraiment.
Arrivé à destination, on se retrouve sur un site touristique attirant qui permet aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir un mode de vie purement « montagnard » qui vaut amplement le détour. Nous sommes à une trentaine de kilomètres de Marrakech. Le lieu est rafraîchissant, la vallée d’Ourika est la plus fréquentée des vallées du haut Atlas. Une destination très prisée  par les vacanciers notamment dans cette période d’été marquée par la chaleur accablante de Marrakech.

A perte de vue, le site touristique semble vide mais reste toutefois charmant malgré ce constat. En effet, durant ces derniers jours, la vallée d’Ourika vit sur la possibilité qu’un nouveau drame se reproduise suites aux petites inondations qui ont eu lieu les deux dernières semaines.
Les témoignages collectés auprès des  habitants de cette région font preuve d’honnêteté et de vérité absolue, conjugés d’un espoir qui ne quitte jamais les pensées, mais qui réfèrent toujours à la grande inondation de 1995.

C’est le cas d’Abderrahmane, un serveur dans un petit « commerce » de restauration au bord de la petite rivière.
« En 1995, nous avions été énormément affectés par cette catastrophe naturelle. Aujourd’hui, dès que quelques goûtes de pluie commencent à tomber, nous sommes inquiets pou ne pas dire nous nous préparons pour le pire… Qui sait ? On garde toujours espoir, mais le pire peut toujours arriver ! Nous déployons alors tous nos efforts possibles et nous prions Dieu afin de nous faire éviter le drame», déclare-t-il.

En outre, des détecteurs d’inondation ont été installés pour alerter la population et les touristes  afin d’agir rapidement, mais ce n’est pas suffisant d’après le vieux Aziz, propriétaire de ce petit restaurant en plein air.
«Ces détecteurs ne nous renseignent pas toujours sur l’intensité exacte de l’inondation qui parfois peut être dévastatrice, d’autant plus que l’information ne circule pas rapidement et risque de ne pas atteindre certains habitants. J’ai peur pour mes enfants, mes petits-enfants et mes voisins. Nous voulons retrouver notre vie normale, nous ne voulons plus vivre avec ce sentiment de peur», a-t-il dit.

Le drame de 1995 hante toujours les pensées des habitants

En effet, les avis autour de sujet des brusques inondations font l’unanimité chez les habitants de la région.
«Ourika est une vallée splendide, un paradis sur terre. Les touristes l’adorent, tout comme nous qui vivons ici, mais ce n’est pas facile tous les jours. Elle est souvent exposée à des dangers, pendant toute l’année. Inondations parfois meurtrières comme celle de 1995, orages violents et j’en passe…» déclare Halima, une jeune guide touristique à Ourika, qui exprime son incapacité et celles des habitants de la région de faire face à une catastrophe naturele comme les inondations.
« C’est très dur de vivre avec une telle peur… Tandis que tout le monde prie pour la pluie dans les autres villes, ici et en été, on a parfois peur qu’il pleut et que les inondations  détruisent tout sur leur chemin, malgré les alertes mises en places… », a-t-elle renchérit,  évoquant la dureté de la vie quotidienne à Ourika, surtout en été.

Le drame de 1995 raconté par un témoin, membre d’une famille des victimes, 23 ans après !

Il s’agit d’une vielle veuve, commerçante, et propriétaire d’une petite échoppe, « Lhajja Zhor ».
« Depuis 1995 quand j’ai perdu mon fils dans les inondations je vis dans la hantise d’un nouveau drame. J’ai décidé d’habiter un peu plus loin de mon lieu de travail pour éviter de perdre un autre être cher au cas où le drame arrive. Nous demandons aux responsables de prendre des mesures pour pouvoir mieux nous protéger à temps si ça arrive. », appelle  « Lhajja Zhor » en se remémorant un triste souvenir.

A vrai dire, la météo dans cette zone n’est pas clémente et d’après les témoignages, chaque jour, quasiment à la même heure la rivière sort un peu de son lit. Les habitants vivent constamment dans la peur qu’un nouveau drame se produise, et que les larmes viennent s’ajouter à l’eau emportant ensemble la vie, les souvenirs, et toute source de revenu

C’est avec beaucoup d’émotion, que nous quittons ce site touristique, laissant derrière nous une vielle dame, et beaucoup d’autres, pour qui le temps s’est arrêté le 17 août 1995. Nous laissons aussi, des gens  peut-être moins touché par les inondations du passé, mais qui vivent entre la crainte et l’espoir que jamais une chose pareille … ne se reproduise !

Que font donc les responsables pour empêcher une telle chose d’avoir lieu ? S’interroge les habitants de la région.

Prévisions météorologiques pour mardi 21 août 2018