Parlement: Rapport alarmant sur la misère des « femmes-mulets »

10 Juil 2019 à 15:18 Parlement
Parlement: Rapport alarmant sur la misère des « femmes-mulets »

La situation désastreuse que vivent les « femmes-mulets » au niveau du poste-frontière de Sebta, n’est un secret pour personne. Pour une somme misérable, ces femmes combattantes, dont le nombre s’élève à plus de 3500, doivent transporter chaque jour des marchandises sur le dos, de l’enclave de Sebta vers l’intérieur du Maroc. Pour compliquer un peu plus leur situation, elles doivent subir en silence insultes, harcèlement moral et physique, et toutes formes de violences pour subvenir aux besoins de leur famille.

Un rapport alarmant de la commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des MRE au sein de la Chambre des représentants, met en lumière la misère que vivent ces femmes là, soumises à toutes les formes d’exploitation et travaillant dans des conditions inhumaines et dégradantes.

En effet, le rapport de la mission exploratoire temporaire sur le poste-frontière Sebta, discuté mardi 9 juillet au Parlement en présence des ministres concernés, met en avant les conditions inhumaines que vivent les « femmes-mulets« , entre autres l’obligation de porter des couches-culottes en raison de l’absence de sanitaires sur place.

En ce qui concerne le harcèlement verbal et physique et autres agressions auxquels sont confrontées ces femmes qui travaillent dans la contrebande, le rapport ne mentionne en aucun cas les auteurs de ses actes, se contentant de pointer du doigt « les organisateurs » sans préciser s’il s’agissait de policiers marocains ou espagnols ou les deux à la fois.

Autre point alarmant contenu dans le rapport de la commission: Les voitures de passeurs entrant au poste frontalier de Sebta qui s’élèvent à environ 1000 véhicules par jour. Ce qui est toutefois préoccupant, indique le rapport, c’est que des centaines d’entre eux appartiennent à des agents de la police et de la douane.

A cet égard, le rapport souligne que les propriétaires de ces voitures, bénéficient d’un traitement « spécial » en termes de facilité de transit et de contrôle de marchandises. La question qui se pose, selon le même rapport, est relative « aux pertes économiques et financières exorbitantes que subit le Royaume des suites de la contrebande et à laquelle participent des fonctionnaires de l’état« .

Dans le même contexte, le rapport souligne que les colis de contrebande transportés par les femmes-mulets  et qui pèsent des fois jusqu’à 140 kg, ne font l’objet d’aucun contrôle de la part des douaniers quand il s’agit de colis portant des indices qui font référence à leurs propriétaires parmi les passeurs (policiers, douaniers). Et du coup la douane facilite leur entrée au Royaume.

Qu’en disent les députés?

Le rapport, pour le moins choquant, a incité, voire obligé, des parlementaires membres de la commission d’exploration, qui ont participé à la discussion du rapport, à admettre « enfin » l’existence d’une complicité entre les autorités et les contrebandiers au poste frontière de Sebta.

 » Des responsables ont affirmé aux membres de la commission d’exploration qu’ils savent exactement où se dirigent les marchandises, ce qui signifie qu’il y a une complicité avec la mafia de la contrebande« , à fait savoir Abdelfattah El Aouni, parlementaire du PAM, soulignant que les produits alimentaires qui entrent illégalement au Maroc par Sebta « sont destinés justement à être commercialisés au Maroc, mais aucunement en Espagne vu leur mauvaise sa qualité« .

Dans le même sens, Abdelwadoud Kharbouch, député RNI, a indiqué que « les produits alimentaires qui entrent illégalement au Maroc à travers le poste frontalier de Sebta, sont en fin de validité arrivent, et constituent de fait un danger pour la santé des Marocains qui les consomment« .

« Si l’Etat ne parvient pas à mettre fin aux activités de la mafia, qu’il se penche au moins sur les conditions de travail des femmes-mulets, en leur aménageant des sanitaires et des endroits couverts pour se protéger de la pluie en hiver et du soleil en été », a-t-il dit.

Et d’insister: « Ces femmes travaillent là-bas dans des conditions inhumaines, et nous avons entendu de nos propres oreilles les expressions d’insultes à leur encontre de la part des autorités marocaines« .

Dans le même ordre d’idées, Allal Amraoui, du parti de l’Istiqlal a affirmé: « Nous avons accompli notre devoir. Notre tâche s’arrête là. Le gouvernement doit assumer ses responsabilités, parce qu’il est inconcevable que le gouvernement reste impuissant face à la mafia de la contrebande« .

Laaraj : La Palestine au centre de l’intérêt culturel et médiatique