Guerre technologique : Huawei abandonne ses rêves de n°1 face aux sanctions

13 Juin 2019 à 10:30 Economie
Guerre technologique : Huawei abandonne ses rêves de n°1 face aux sanctions

Le ban imposé par les États-Unis sur Huawei commence sérieusement à se faire sentir auprès du constructeur chinois. Alors que la compagnie tablait de devenir n°1 à l’horizon 2019, la baisse des ventes des équipements du Chinois, un peu partout dans le monde, l’a poussé à retarder, ses rêves de grandeur.

D’après les données du cabinet Gartner pour le mois de mai dernier, le constructeur chinois a réussi à maintenir sa place de n°2, avec une part de marché de 15,7 %, pour un total de 58,43 millions d’unités écoulées à ladite période, malgré le ban dont il fait l’objet à travers le monde.

Cela dit, cette situation commence à peser lourd sur les activités du Groupe, puisque les ventes du constructeur ont chuté de 20 % en France. Toutefois, il est à noter que la suspension de l’OS de Google ne concerne pas les équipements déjà vendus.

Pour ce qui est de la suspension de Facebook des terminaux, elle concerne surtout les applications préinstallées au sein des terminaux. Les utilisateurs peuvent toujours télécharger l’application s’ils le désirent.

Des millions de smartphones condamnés…

Donald Trump a « accordé » à la compagnie. Dans ce sens, Shao Yang, responsable de la stratégie du Groupe a déclaré lors du CES Asia, qui s’est tenu le 11 juin à Shanghai, que « nous serions devenus les plus importants au quatrième trimestre, mais nous estimons maintenant que ce processus pourrait prendre plus de temps ».

Yang a par ailleurs indiqué lors de l’événement que la compagnie vend actuellement entre 500.000 et 600.000 unités par jour, loin de baisser son rythme à la lumière du ban.

Cela dit, la compagnie ne désespère pas, et reste confiante dans son potentiel de croissance face au ban. Le constructeur est en train d’étudier différentes pistes avec le gouvernement chinois, afin de trouver une résolution qui puisse satisfaire les différentes parties prenantes au conflit.

… les MateBook n’échappent pas à ce sort non plus

De plus, cela semble fortement appuyé, surtout que Huawei a arrêté la production de ses ordinateurs MateBook, car privé de composantes nécessaires à leur production. Il est à noter que la compagnie affichait un potentiel de croissance de 330 % en 2017 et 2018 à ce niveau.

La compagnie aurait ainsi demandé à ses fournisseurs de suspendre la livraison de ses MateBook, faute de disposer d’un stock de pièces, à l’image de ce qu’elle a fait pour les smartphones.

Huawei s’est déjà retrouvé face à une situation similaire sur le segment des smartphones, puisqu’il lui est un peu compliqué de déployer son propre OS en remplacement d’Android, mais cela devrait se faire prochainement, ou en attendant de voir la tournure que va prendre cette affaire de ban.

Le marché africain nouvel et ultime espoir étranger de Huawei ?

Le constructeur chinois est peut-être devenu persona non grata aux USA, ainsi qu’auprès de certains alliés « intimidés » par la puissance économique n°1 du monde. Toutefois, le marché africain semble être d’un autre avis, puisqu’il a tout à profiter en ouvrant encore plus ses portes à Huawei. En effet, le constructeur chinois y est bien ancré, notamment à travers son infrastructure réseau.

Huawei est actuellement en train de développer le réseau 5G sur l’ensemble du continent, et ce, à l’image de ce qui se fait à l’étranger dans ce sens. En effet, de nombreux experts du domaine avaient indiqué, lors des premiers tests de la 5G, que le continent devrait se voir doté de cette technologie au même moment que certains pays d’Europe, ce qui est un indicateur concret du potentiel du continent pour le déploiement de nouvelles technologies.

Le constructeur a d’ailleurs conclu un accord, dans la semaine du 1er juin, avec l’Union Africaine, à travers lequel la compagnie renforcera sa présence sur le continent, tout en garantissant le déploiement et le développement de l’infrastructure réseau sur l’ensemble du territoire.

Il faut savoir que Huawei est présent sur le continent depuis 1998, et opère actuellement dans une quarantaine de pays, où le constructeur est présent à travers ses équipements mobiles, fixes et via son infrastructure réseau.

Cela dit, il faudrait savoir que dans ce cas, le continent africain risque bien de s’attirer la colère des USA, avec des chances de se voir sanctionner pour ce qui est des échanges commerciaux.

Poutin apporte son « soutien » à Huawei

Le monde a plus à perdre qu’à gagner en éloignant Huawei de la scène. En plus de créer un déséquilibre au niveau de la compétitivité, avec une marque imposante hors du marché Android, Samsung va se retrouver seul à proposer des produits de qualité supérieure, équipés de l’OS de Google sur le marché, sachant qu’Apple est bien différent avec son iOS.

De plus, mettre Huawei au placard reviendrait à subir un retard de deux ans pour ce qui est du déploiement de la 5 G dans le monde, car le constructeur est un leader dans ce domaine depuis des années, à noter que la concurrence ne dispose pas, actuellement, des équipements ni du savoir nécessaire pour combler ce vide.

Selon un rapport de la GSMA, l’association qui regroupe les plus grands acteurs du secteur de la téléphonie mobile, écarter Huawei de la scène, résulterait dans un surcoût de 55 milliards d’euros pour le déploiement de la 5G. Ce surcoût est dû notamment au fait que les opérateurs télécoms européens devront remplacer la totalité de leurs équipements par ceux de concurrents, résultant dans une perte de temps, d’argent et de progrès technologique.

Cela devrait par ailleurs impacter aussi les clients, qui se verront facturés à des prix plus élevés, afin de combler ces pertes. De plus, la 5G devrait coûter plus cher que ce qui était prévu initialement.

Toutefois, s’il y’a bien quelqu’un qui semble garder espoir dans la compagnie chinoise, ce ne peut être que le président russe, Vladimir Poutine. En effet, Poutine, étant conscient de l’impact qu’engendrerait le fait d’écarter un acteur économique du marché de la téléphonie mobile, a décidé de passer un accord, le 7 juin à l’occasion d’un forum économique à Saint-Pétersbourg, avec le président chinois, Xi Jinping, afin que Huawei puisse développer la première infrastructure 5G du pays à travers l’opérateur télécom national, MTS.

Dans ce sens, Poutine avait déclaré qu’il ne partageait pas la vision de Donald Trump pour ce qui est des sanctions imposées aux constructeurs, et que cela était plus un frein au développement technologique mondial qu’autre chose.

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