Probable année blanche pour les futurs médecins

26 Avr 2019 à 10:12 Santé
Probable année blanche pour les futurs médecins

Après l’annonce soudaine du boycott des examens de S2, la Commission nationale des étudiants en médecine au Maroc (CNEM), a organisé une conférence de presse au siège de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) à Rabat, dans le but d’éclaircir la situation. Lors de ce point de presse, les futurs médecins (générale, dentaire, pharmacie) ont mis le point sur les raisons du boycott des examens et la démarche à suivre si leurs deux ministères de tutelle ne répondent pas à leurs doléances. Les détails.

« Une année blanche vaut mieux qu’un futur noir ». C’est la phrase qu’a lancée Ayoub, président de la CNEM lors de ce point de point de presse.

Dans le local de l’AMDH, les représentants des futurs médecins, ont tenu à « mettre les points sur les I », concernant, d’un côté leur dossier revendicatif, et de l’autre, leur décision de boycotter les examens de S2, qui démarrent la semaine prochaine, alors qu’ils ont marqué, ce jeudi 25 avril, un mois de boycott des cours magistraux TP-TD et stages hospitaliers,.

Ils ont également dévoilé le programme de lutte qu’ils entameront si leurs deux ministères de tutelle, le ministère de la Santé et le ministère de l’Enseignement, ne s’engagent pas à prendre leurs doléances au sérieux et résoudre cette crise, qui « met à mal les étudiants en médecine».

« L’étudiant en médecine n’a rien de plus important dans toute sa vie, que ses cours magistraux, ses TP et TD et ses stages hospitaliers. Si aujourd’hui il est amené à les boycotter c’est justement parce qu’il n’a plus où avancer. La faculté publique de médecine est dans un sale état. Les CHU aussi et c’est à cause des décisions aléatoires prises par les deux ministères que nous sommes ici», affirme Ayoub.

Une réforme ambiguë 

En détails, les représentants des étudiants en médecine ont décrit la souffrance qu’ils endurent au sein des facultés publiques de médecine et les centres hospitaliers universitaires (CHU), surtout depuis l’avènement de la nouvelle réforme en 2015, qui les a laissés « dans le flou ».

« Depuis l’instauration de la nouvelle réforme en 2015, l’étudiant en médecine est dans le flou et face à un avenir incertain, surtout quand on voit ce qui arrive à nos confrères de la 7e année qui sont amenés à faire des gardes qui ne sont pas les leurs au sein des CHU, à assurer des fonctions d’infirmiers et d’auxiliaire de santé, sans oublier le manque flagrant en équipement et matériel biomédical, et le manque de personnel au sein des CHU et en l’absence de toute assurance », a renchéri un membre de la CNEM.

Dans ce sens, il a poursuivi que lui, étant étudiant en 4e année, est « victime de la nouvelle réforme ». Il explique que les étudiants en médecine découvrent au fur et à mesure, ce qu’ils vont étudier comme module à chaque début de semestre, soulignant que les programmes ne sont même pas élaborés au début de l’année, et il y a tous le temps des modifications à gauche et à droite au niveau des cours. «On a presque le sentiment qu’on est des cobayes », s’indigne-t-il.

Pour les étudiants en médecine dentaire, c’est une toute autre histoire. La nouvelle réforme souligne qu’une 6e année de stage est ajoutée au programme des futurs dentistes, qui n’étudiaient que 5 ans à la base, dans le but de les former encore plus à travers les stages hospitaliers.

Toutefois, explique une étudiante à la faculté de médecine dentaire de Rabat, membre de la CNEM, « les centres hospitaliers universitaires CHU, n’ont pas la capacité d’accueillir l’ensemble des étudiants. Prenons l’exemple de ma promotion, nous sommes 150 lauréats, alors que le matériel et les fauteuils disponibles au CHU ne peuvent accueillir que 45 étudiants voir 50 maximums. Ça d’une part, d’autre part, ce que nous avons compris par l’ajout de cette 6e année, et que le ministère de la Santé cherche à camoufler le manque énorme de médecins dans ses services à travers les étudiants et nous refusons cela ».

Les futurs médecins disent NON à la privatisation de la faculté publique

En ce qui concerne la privatisation de l’enseignement supérieur, et la revendication phare des futurs médecins qui est « leur refus total que les étudiants de la faculté de médecine privée, passent les concours d’internat et de résidanat avec eux », les représentants de la CNEM affirment qu’ils «n’ont rien contre les étudiants en médecine privée, c’est contre le système de privatisation de la faculté publique vers lequel se dirige le gouvernement, qui les dérange ».

« Depuis 2004 déjà, les étudiants en médecine publique réclamaient l’augmentation des postes pour les concours d’internat et de résidanat. Et aujourd’hui, on se retrouve face au fait que les étudiants de médecine privée passent les concours avec nous, alors que les postes ouverts ne dépassent pas les 500 postes pour l’ensemble des facultés publiques de médecine du Maroc, c’est inconcevable », proteste Ayoub.

Et de poursuivre que, « depuis la naissance des facultés de médecine privée, la faculté de médecine publique se retrouve face à plusieurs problématiques telles que l’absentéisme des professeurs ou carrément leur démission de leur poste pour rejoindre ces facultés-là. Ce qu’on demande aujourd’hui, c’est que les deux ministères assument leurs responsabilités et offrent aux étudiants des facultés privées des professeurs pour leur enseigner et des centres hospitaliers où ils peuvent passer leurs stages, mais pas au détriment de la faculté publique et de l’étudiant en médecine à la faculté publique, financée par les contribuables».

Autre problématique à laquelle sont confrontés les étudiants en médecine (générale, dentaire, pharmacie), est le manque d’équipements, de matériel et de ressources au sein des CHU.

D’après les représentants de la CNEM, les étudiants en médecine sont dans la plupart des cas obligés d’acheter du matériel, qui coûte cher des fois, pour soigner le patient et valider leur service hospitalier.

«Mais les étudiants en médecine dans les facultés publiques n’ont pas tous les moyens de se procurer ces équipements-là », souligne Ayoub.

De plus, ajoute-t-il, « nous avons remonté cela au ministère de la Santé, qui nous avait confirmé qu’il allait recourir à des conventions avec des sociétés de matériel biomédical pour avoir une réduction pour les étudiants. Au jour d’aujourd’hui, aucune convention n’a été faite, et l’étudiant est toujours confronté au même problème ».

Mais pas que. Ils expliquent que, pour les étudiants en médecine dentaire par exemple, quelques étudiants payent carrément les frais de dossier et des actes fournis au CHU afin que le patient se soigne et pour qu’ils puissent également valider leur service, ce qui est fréquent parmi les étudiants.

Pour conclure, et face à « la situation déplorable des facultés de médecine publique du Royaume et des CHU», la CNEM souligne que les futurs médecins ne voulaient pas arriver jusqu’au point de boycotter les examens et se diriger vers une année blanche.

Mais, assure-t-elle, c’était « leur dernier recours », face à « l’indifférence » de leurs deux ministères de tutelle qui ne leur ont pas laissé le choix, et que leur mouvement de lutte se poursuivra jusqu’à ce que la totalité de leurs revendications soit satisfaite.

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