Rabat et Madrid « préparent le retour » des mineurs non accompagnés

04 Mar 2019 à 13:05 Société
Rabat et Madrid « préparent le retour » des mineurs non accompagnés

La question des mineurs marocains non accompagnés en Espagne, pose un réel défi aux deux pays voisins, qui cherchent à trouver une issue pouvant, à la fois, résoudre cette problématique, et préserver les intérêts de ces jeunes migrants.

En déplacement dans le conclave occupé de Melilla, le ministre espagnol de l’intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a indiqué à ce propos que « l’Espagne et le Maroc ont commencé à élaborer une méthodologie pour procéder au rapatriement, +le cas échéant+, des mineurs étrangers non accompagnés (MENA) de nationalité marocaine qui arrivent sur le territoire espagnol, tout en préservant l’intérêt supérieur de ces enfants ».

Cité par le quotidien El Periodico, le ministre a précisé qu’à cet effet, Rabat et Madrid tentent d’établir des lignes d’action pour l’avenir, mais toujours dans l’intérêt supérieur de l’enfant, et en coordination avec les institutions espagnoles », dans le cadre des accords conclus entre les deux pays.

Cette action, a expliqué Grande-Marlaska, s’inscrit en droite ligne de « la coopération et la collaboration avec le Maroc « , dont les autorités « se soucient de l’intérêt de ces enfants qu’elles ne veulent pas déraciner et souhaitent les protéger au sein de leurs familles d’origine ».

Le Maroc et l’Espagne avaient signé en 2007 un accord bilatéral qui prévoit notamment que le Maroc doit déterminer et fournir à l’Espagne les données sur les familles marocaines de mineurs marocains, dans un délai de trois mois, pour fournir aux autorités espagnoles, alors que Madrid doit fournir au Maroc les données recueillies auprès des mineurs marocains hébergés dans les centres dédiés.

L’accord, qui n’a été ratifié qu’en 2013, n’est toujours pas appliqué

Pour rappel, le 28 février dernier, le gouvernement du conclave occupé de Sebta, conduit par Juan Vivas (PP), a dévoilé son initiative de rapatriement des mineurs marocains non accompagnés, qui s’étale sur 3 mois.

A travers cette initiative, intitulée « Mineurs étrangers non accompagnés. Spécificités dans les villes autonomes » et présentée sous forme de proposition législative, le gouvernement de Sebta entend « résoudre le problème des mineurs étrangers non accompagnés, en particulier des mineurs marocains, aussi bien dans le conclave occupé que sur l’ensemble du territoire espagnol ».

Le gouvernement de Sebta a justifié cette mesure par le « souci de protéger au mieux les intérêts de ces mineurs et dans le but de leur intégration et de leur développement dans le noyau familial d’origine dans leur environnement socioculturel ».

Il a, toutefois, appelé à faire le distinguo entre les « mineurs dans une situation véritablement non protégée et ceux qui sont réellement des mineurs migrants, des jeunes avec un projet de migration décidé vers l’Espagne et le reste du monde ».

Pour le gouvernement Vivas, « ce second groupe, et même ses membres hébergés dans des centres d’accueil, rejette les mesures de protection adoptées par les organes publics compétents, ce qui fausse le système de protection actuel mis en place».

Il est à noter que dans son rapport 2018 sur la situation des mineurs non accompagnés en Espagne, l’ONG Save the children avait notamment mis en avant les lacunes d’un système qui manque cruellement de « mécanismes de d’accompagnement, protection et intégration des migrants mineurs » dans le pays.

Précisant que près de 60% de ces mineurs sont marocains, l’ONG déplore qu’ « après avoir traversé les déserts, voyagé cachés dans les camions, survécu à des voyages dangereux et sauté les clôtures, les enfants migrants sont soumis à un traitement et des tests sans discernement, dont le seul objectif est de leur éviter la protection que les institutions publiques sont obligées de fournir ».

Selon les derniers chiffres officiels (2018), le nombre de mineurs étrangers non accompagnés sur l’ensemble du territoire espagnol est d’environ 11 000, dont près de 70% sont marocains, alors qu’en 2017, il ne dépassait pas les 4000 enfants.

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