Monétique : Où en est le Maroc pour ce qui est des modes de paiement ?

27 Fév 2019 à 10:00 Economie
Monétique : Où en est le Maroc pour ce qui est des modes de paiement ?

377 millions de dirhams. C’est la somme totale des transactions monétaires qui ont été effectuées au Maroc en 2018, selon le Centre Monétique Interbancaire (CMI). Cela dit, la majorité des opérations s’effectuent encore via argent liquide, malgré un déploiement notable des nouveaux modes de paiement au sein du royaume.

Selon les derniers chiffres du CMI, les transactions effectuées, en 2018, via cartes bancaires marocaines se sont établies à 358,1 millions d’opérations, soit 290,9 millions de dirhams. Pour ce qui est de la répartition de ces transactions par secteur d’activité, la grande distribution vient en tête du peloton avec une part de 26,4 %, suivi de l’habillement avec 13,1 %, des stations-services 8,7 %, la restauration 8,6 %, et 4,3 % pour la Santé.

Pour ce qui est des paiements en ligne, ceux-ci se sont établis à 3,3 milliards de dirhams à fin 2018. Le CMI indique dans ce sens que la répartition des transactions place les opérateurs télécoms au-devant de la scène avec une part de 23,7 %, suivie par les compagnies aériennes avec 21,9 %, les régies 29,5 %, les services gouvernementaux 10,2 %, et les hôtels avec 4,5 %.

Par ailleurs, il est à noter que le royaume est en train de déployer, petit à petit, de nouvelles solutions de paiement, notamment pour ce qui est du mobile. Dans ce sens, 11 agréments ont été octroyés en 2018 au profit des différents opérateurs nationaux (Maroc Telecom Cash, Orange Money, Wana Money, Banque Populaire, BMCE, CIH BanK, Crédit Agricole du Maroc, Wafacash, Société Générale, ainsi que Maimouna services financiers). Le royaume aspire ainsi à atteindre 6 millions de clients dans ce segment, d’ici l’horizon 2023. Toutefois, le paiement mobile actuel n’est disponible que pour smartphones équipés de l’application M-Wallet, né d’un partenariat entre Bank Al-Maghrib (BAM) et l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT).

Révolution monétaire… mais encore

S’il est vrai que sur papier, les nouveaux modes de paiement s’avèrent avantageux pour tous, il faut prendre en compte plusieurs paramètres qui limitent leur déploiement. Ainsi, certaines régions ne disposent pas de la couverture réseau nécessaire à effectuer des transactions monétaires. De plus, le taux d’analphabétisme fait que certains consommateurs ne peuvent pas utiliser de smartphones à cet effet. De plus, certains marchands estiment que le coût d’utilisation de ces moyens est bien plus important que le gain qu’ils génèrent, par exemple, une opération de 50 dirhams sur laquelle ils devront payer 100 dirhams pour le service. De plus, certains marchands préfèrent effectuer leurs transactions par cash, du fait qu’ils ne souhaitent pas communiquer sur le montant réel des opérations effectuées.

En effet, des modes de paiement, notamment électronique et mobile, permettent d’avoir une traçabilité des opérations effectuées. Cela veut dire qu’il faut garder ses comptes à jour, afin de ne pas être pénalisé par le fisc. De plus, ces modes offrent des gains importants pour ce qui est des coûts d’entretien de l’argent physique, mais aussi au niveau de la rapidité avec laquelle les transactions sont effectuées.

Il faudrait donc investir dans l’infrastructure matérielle avant de se lancer dans le déploiement de ces solutions, notamment pour ce qui est de la mise en place d’un réseau télécom disposant d’une base solide. De plus, il serait intéressant de sensibiliser les consommateurs et les marchands aux avantages et inconvénients de ces modes de paiement.

Afin d’avoir plus de réponses quant au déploiement des nouveaux modes de paiement au sein du royaume, Hespress FR s’est entretenu avec Sami Romdhane, country manager de Visa Maroc.

Hespress FR : Où en est le Maroc en ce qui concerne les solutions de paiement mobile et électronique ?

Sami Romdhane : Au Maroc, l’implication des banques et les efforts gouvernementaux ont permis d’accélérer très largement le développement de la monnaie numérique ces dernières années, avec de nombreux avantages à la clé.

En effet, lorsqu’une personne est financièrement exclue, cela signifie qu’une simple transaction, comme payer une facture ou virer des fonds à un parent, est risquée, coûteuse et chronophage. Le manque d’accès à des services financiers limite aussi la capacité des familles à surmonter des dépenses importantes, que ce soit pour payer les frais de scolarité d’un enfant, un vaccin ou des repas. Il contribue ainsi à perpétuer le cycle de la pauvreté et la croissance lente.

Pour parer à cela, le paiement électronique, et son corollaire l’inclusion financière, offre des réponses adaptées aux besoins des populations en favorisant leur accès à une gamme complète de services financiers abordables : le crédit, les comptes d’épargne, les produits d’assurance ou encore le transfert de fonds à des coûts abordables. La présence d’une population massivement jeune (plus de 30 % des Marocains sont aujourd’hui âgés de moins de 25 ans) représente en outre une formidable opportunité pour accélérer le développement du paiement électronique et accompagner la croissance du Maroc.

Aujourd’hui plus de la moitié des terminaux déployés chez les commerçants sont sans contact, et tous les terminaux qui seront installés prendront désormais en charge cette technologie. Pour prendre l’exemple du paiement mobile, et compte tenu de son utilisation croissante sur le continent, nous sommes convaincus que son adoption au Maroc permettra d’effectuer des économies importantes en termes de coût, de rapidité et de proximité, à la fois pour les consommateurs, les commerçants et les gouvernements.

Les nouvelles générations, et notamment les millenials, sont particulièrement à l’aise avec ce genre de technologie.

Qu’est-ce qui empêche le paiement par mobile de s’intégrer dans les habitudes des consommateurs et commerçants au Maroc ?

Dans le volume global des paiements au Maroc, le taux de pénétration des paiements électroniques se situe aux alentours de 8 %, ce qui signifie que 92 % de paiements s’effectuent encore au moyen d’argent liquide. C’est une tendance qui se retrouve dans toute l’Afrique, même si le Maroc possède un taux de bancarisation supérieur à ses voisins d’Afrique de l’Ouest. Et cela ne va pas sans paradoxe. Par exemple, les Marocains font de plus en plus appel au commerce électronique, mais en réglant leurs achats à la livraison et en cash. Là encore, les efforts des gouvernements et des banques permettent de changer la donne petit à petit.

La confiance étant un élément clé, il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie pour sensibiliser les consommateurs et commerçants aux bénéfices des paiements électroniques. Dans ce contexte, nous avons un grand avantage : le profil du consommateur moyen au Maroc est en effet celui d’un technophile qui aime posséder une variété de plates-formes numériques, comme le smartphone.

Le royaume se classe ainsi à la 39e place des 50 premiers pays ayant le plus grand taux de pénétration des téléphones mobiles.

Quelle forme de paiement a été la plus utilisée en 2018 ?

Sans surprise, il s’agit du paiement par carte bancaire. Selon les derniers chiffres publiés par le Centre monétique interbancaire (CMI), les réalisations globales de l’activité monétique, comprenant les opérations de retrait d’espèces sur le réseau des guichets automatiques, les opérations de paiement auprès des commerçants et e-commerçants ou encore les opérations de paiement sur les GAB ont atteint durant l’année 2018 quelque 377 millions d’opérations pour un montant global d’environ 317 milliards de dirhams.

En 2018, plus de 15,1 millions de cartes ont été répertoriées au Maroc, soit une augmentation de +7,2 % par rapport à l’année précédente. À noter, les excellentes performances de l’activité de paiement via internet qui a connu progression de +25,4 % en nombre et +24,4 % en volume des paiements en ligne l’an passé.

Qu’en est-il des performances de Visa au Maroc ?

Visa est présente physiquement au Maroc depuis près de 15 ans, mais nos cartes sont utilisées par les Marocains depuis les années 1970. Cette proximité historique avec les consommateurs et commerçants positionne la compagnie comme un partenaire leader sur le marché.

Selon le CMI, Visa a représenté en 2018 plus de 55 % de part de marché en nombre de cartes, dont le nombre a progressé de +7 %. Ces chiffres sont encore plus significatifs si l’on s’appuie sur l’indicateur de référence de l’industrie qui est le volume de paiements : nous sommes ici à plus de 75 % de part de marché à ce jour.

Quelles sont les évolutions que vous percevez concernant les nouvelles formes de paiement pour les prochaines années au Maroc ?

Compte tenu de l’appétence des Marocains pour les nouvelles technologies et de la bancarisation croissante des citoyens, le Maroc est sur la bonne voie pour connaître un développement sans précédent en matière de services financiers électroniques sûrs, fiables et pratiques.

Cela va dans le sens des attentes des consommateurs, qui veulent désormais des moyens de paiement transparents, mobiles et personnalisés. Comme nous le faisons depuis près de 15 ans au Maroc, nous allons poursuivre notre collaboration avec les banques et gouvernements afin de contribuer, en partenariat avec les secteurs privé et public, à créer un environnement qui encourage les paiements numériques des particuliers et des entreprises.

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