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description: Le nombre de demandes d’autorisation de mariage impliquant des mineures a reculé de 17% en 2024, selon les données du Conseil supérieur du pouvoir
title: "Mariage des mineures au Maroc : moins de demandes, une exception judiciaire qui persiste"
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![Mariage des mineures au Maroc : moins de demandes, une exception judiciaire qui persiste](https://f2.hespress.com/wp-content/uploads/2026/10/mariage_mineurs-900x600.jpg)

[Hespress FR](https://fr.hespress.com/public_author/Hespress+FR "Articles par Hespress FR")dimanche 18 octobre 2026 - 00:23

**Le nombre de demandes d’autorisation de mariage impliquant des mineures a reculé de 17% en 2024, selon les données du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Pourtant, plus de 10.600 autorisations ont été accordées au cours de la même année. Derrière cette baisse, les disparités territoriales, les vulnérabilités sociales et la persistance d’unions informelles posent la question de l’efficacité des mécanismes de protection des filles, à l’heure où la réforme de la Moudawana reste attendue.**

Le recul est réel, mais il ne suffit pas à clore le débat. Au Maroc, les demandes d’autorisation de mariage concernant des mineurs continuent de se compter par dizaines de milliers sur plusieurs années, malgré les alertes répétées des institutions nationales et des organisations de protection de l’enfance. Les dernières données disponibles pour 2024 montrent une diminution du nombre de dossiers soumis aux tribunaux, sans pour autant faire disparaître le recours aux dérogations judiciaires.

Selon le bilan d’activité du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), 16.755 demandes de mariage de mineurs ont été enregistrées en 2024, contre 20.192 en 2023, soit une baisse de 17,02 %. Sur l’ensemble des demandes examinées, 10.691 autorisations ont été accordées, contre 12.629 un an auparavant.

Le recul touche donc à la fois les demandes et les autorisations. Mais le nombre de décisions favorables demeure élevé : environ 63 % des demandes recensées en 2024 ont obtenu une autorisation judiciaire, selon les chiffres communiqués.

Ces données invitent à distinguer deux réalités. La diminution des demandes constitue un indicateur encourageant, mais elle ne signifie pas nécessairement que toutes les formes de mariage précoce reculent dans les mêmes proportions. Les statistiques judiciaires renseignent d’abord sur les dossiers portés devant les tribunaux. Elles ne permettent pas, à elles seules, de mesurer les unions qui échappent à l’enregistrement officiel.

### Plus de 10.600 autorisations en une année

Le Code de la famille fixe à 18 ans révolus l’âge légal du mariage pour les filles comme pour les garçons. Toutefois, son article 20 permet au juge de la famille d’autoriser, à titre exceptionnel, le mariage d’un mineur, par une décision motivée précisant l’intérêt et les motifs justifiant cette autorisation.

C’est cette exception qui se trouve au centre du débat. Pour les défenseurs d’une protection renforcée de l’enfance, la répétition des autorisations interroge sur les conditions dans lesquelles le caractère exceptionnel de la dérogation est apprécié et sur les garanties offertes aux adolescentes concernées.

Les chiffres de 2024 montrent que la baisse des demandes n’a pas supprimé le recours à cette procédure. Plus de 10.600 autorisations ont encore été délivrées au cours de l’année, ce qui souligne le poids de cette exception dans la pratique judiciaire.

Le taux global d’autorisation ne permet cependant pas de conclure que toutes les décisions ont été rendues selon les mêmes critères ou dans des circonstances comparables. Chaque dossier relève d’une appréciation judiciaire individuelle. Pour mesurer les pratiques, il faudrait également disposer d’informations détaillées sur les motifs des demandes, les expertises éventuellement réalisées, les arguments retenus par les magistrats et les conditions dans lesquelles les mineures concernées sont entendues.

La question porte donc autant sur le nombre d’autorisations que sur les garanties entourant leur délivrance.

### Les filles concentrent l’immense majorité des demandes

La dimension sexuée du phénomène ressort nettement des données du CSPJ. Sur les 16.755 demandes recensées en 2024, 16.501 concernaient des filles, contre seulement 254 des garçons. Les filles représentent ainsi près de 98,5 % des dossiers.

Cette disproportion rappelle que le mariage des mineurs constitue avant tout un enjeu de protection des adolescentes. Les conséquences possibles touchent à la poursuite de la scolarité, à l’autonomie économique, à la santé et à la capacité de décider de son propre avenir.

Le CSPJ indique également que plus de 96 % des mineurs concernés par les demandes n’exerçaient aucune activité professionnelle. Cet élément doit être interprété avec prudence : l’absence d’activité ne renseigne pas, à elle seule, sur la situation économique de chaque famille. Elle souligne néanmoins l’importance de la dépendance matérielle dans les trajectoires des jeunes concernés.

L’UNICEF rappelle que le mariage des enfants est étroitement lié aux inégalités entre les sexes et aux vulnérabilités économiques et sociales. L’organisation souligne également les risques associés aux unions précoces, notamment l’interruption de la scolarité, l’exposition accrue aux violences et les conséquences sanitaires des grossesses adolescentes.

Dans les familles confrontées à la précarité, le mariage peut parfois être présenté comme une solution permettant de sécuriser l’avenir d’une fille ou de réduire les charges du foyer. Cette perception ne doit pas masquer les effets à long terme d’une union conclue avant la majorité, notamment lorsque l’adolescente quitte l’école et perd une partie de ses possibilités d’autonomie.

La prévention ne peut donc reposer uniquement sur les décisions judiciaires. Elle suppose également un accompagnement des familles, un accès effectif à l’éducation et des solutions économiques permettant aux filles de poursuivre leur parcours scolaire.

### Des disparités régionales qui interrogent les pratiques

Les données territoriales du CSPJ font apparaître des différences importantes dans le nombre de demandes enregistrées et dans la proportion d’autorisations accordées.

En volume, la circonscription judiciaire de Marrakech arrive en tête avec 2.941 demandes, soit 17,55 % du total national. Elle est suivie de Fès, avec 2.394 demandes, puis de Kénitra, qui en compte 1.480.

Le classement diffère lorsque l’on examine les taux d’autorisation. Selon les chiffres communiqués, les cours d’appel d’Errachidia, de Fès et de Kénitra affichent respectivement des taux de 81,01 %, 76,56 % et 75,65 %.

Ces écarts ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les différences entre territoires. Ils peuvent être liés à plusieurs facteurs : le profil des demandes, les conditions socio-économiques, les pratiques locales, les critères retenus dans l’examen des dossiers ou encore la composition des populations concernées.

Une comparaison rigoureuse nécessiterait donc des données plus détaillées, notamment sur l’âge des mineures, les motifs invoqués par les familles et les décisions rendues selon les caractéristiques de chaque dossier.

La répartition géographique invite néanmoins à examiner de plus près les mécanismes de prévention et les pratiques judiciaires. Elle pose aussi la question de l’accompagnement des filles dans les territoires où les demandes sont nombreuses ou les autorisations proportionnellement plus fréquentes.

### Les plus jeunes davantage concernés par les refus

La ventilation des décisions par âge fait également apparaître des différences marquées. D’après les chiffres communiqués, le taux d’autorisation atteint 13,60 % pour les demandes concernant les 15-16 ans et tombe à 1,67 % pour les moins de 15 ans, pour lesquels 59 demandes ont été recensées.

Cette différence traduit une plus grande réticence judiciaire à autoriser les unions concernant les adolescentes les plus jeunes. Elle ne dispense toutefois pas de s’interroger sur les conditions dans lesquelles les autorisations sont accordées aux mineures plus âgées.

L’âge constitue un élément important dans l’appréciation d’une demande, mais il ne saurait résumer à lui seul la situation d’une adolescente. La poursuite de la scolarité, la maturité, les conditions familiales, les éventuelles pressions exercées et les conséquences de l’union doivent également être prises en considération dans une approche centrée sur l’intérêt de l’enfant.

La diminution des autorisations accordées aux plus jeunes constitue un élément à suivre dans les prochaines publications statistiques. Pour apprécier une évolution durable, il faudra toutefois disposer de séries comparables sur plusieurs années.

### Les unions informelles, une réalité difficile à mesurer

Les statistiques judiciaires ne couvrent pas nécessairement toutes les unions impliquant des mineures. Le mariage coutumier, parfois désigné au Maroc par les expressions *« mariage par la Fatiha »* ou* « mariage orfi »,* est régulièrement cité par les organisations de protection de l’enfance parmi les difficultés à prendre en compte dans les politiques de prévention.

Ces unions peuvent échapper aux circuits habituels d’enregistrement et compliquer la reconnaissance des droits des personnes concernées. Pour une jeune fille, l’absence d’acte de mariage peut notamment soulever des difficultés lorsqu’il s’agit de faire valoir des droits familiaux ou patrimoniaux. La situation peut également devenir complexe pour les enfants nés de ces unions, notamment en matière de preuve de la filiation et d’état civil.

Il convient toutefois de distinguer les situations. Le ministère de la Solidarité rappelle que la récitation de la Fatiha, à elle seule, ne suffit pas à constituer un mariage : l’acte de mariage demeure le document de référence pour en établir la preuve. Les situations d’unions non enregistrées doivent donc être examinées au regard du cadre juridique applicable, sans assimiler automatiquement toute cérémonie coutumière à un mariage légalement établi.

Le problème statistique demeure entier. En l’absence de données exhaustives sur ces unions, il est difficile de mesurer précisément leur fréquence, leur répartition géographique et leur évolution. Les chiffres du CSPJ doivent ainsi être lus pour ce qu’ils sont : un indicateur des demandes portées devant la justice, et non un décompte complet de toutes les unions précoces.

Cette limite renforce l’intérêt d’un travail conjoint entre les institutions judiciaires, les services sociaux, les acteurs de l’éducation et les associations présentes sur le terrain. Une meilleure connaissance des situations non enregistrées permettrait d’adapter les politiques de prévention et de protection.

### La réforme de la Moudawana attendue sur ce point

La révision du Code de la famille constitue un moment important pour réexaminer les règles encadrant le mariage des mineurs. L’enjeu consiste à déterminer la place qui sera accordée à l’exception judiciaire, les conditions de son éventuel maintien et les garanties destinées à protéger les adolescentes.

Le débat ne porte pas uniquement sur l’âge légal, déjà fixé à 18 ans, mais sur la manière dont les dérogations sont encadrées et appliquées. Une réforme pourrait notamment clarifier les critères d’autorisation, renforcer les exigences de motivation des décisions et préciser les garanties procédurales entourant l’examen des demandes.

Les changements législatifs ne suffiront cependant pas à eux seuls. Les difficultés économiques, l’éloignement des établissements scolaires, les inégalités d’accès aux services publics et les normes sociales qui entourent le mariage précoce exigent des réponses complémentaires.

L’UNICEF insiste sur la nécessité d’une approche associant réforme juridique, accès à l’éducation, protection sociale et mobilisation des communautés. Le maintien des filles à l’école, en particulier dans les zones les plus vulnérables, demeure un levier essentiel pour prévenir les unions précoces et préserver leurs perspectives d’avenir.

[Disparités régionales](https://fr.hespress.com/tag/disparites-regionales) [Fatiha](https://fr.hespress.com/tag/fatiha) [Mariage des mineures](https://fr.hespress.com/tag/mariage-des-mineures)

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