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title: "Mondial 2026 : une Coupe du monde sacrifiée sur l’autel du business"
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*© AFP*

[Zoubida Senoussi](https://fr.hespress.com/author/zoubida-senoussi "Articles par Zoubida Senoussi")lundi 20 juillet 2026 - 21:08

**L’Espagne est championne du monde. Le rideau est tombé sur la Mondial 2026 et, sportivement, la Roja peut savourer un sacre mérité, construit tout au long d’un parcours remarquable. Mais une fois les projecteurs éteints, les confettis balayés et le trophée soulevé, une autre question demeure : que restera-t-il vraiment de cette compétition?**

Des buts, évidemment. Des exploits, des éliminations cruelles, quelques scénarios mémorables et des émotions comme seule la Coupe du monde sait encore en procurer. Mais l’édition 2026 laissera aussi derrière elle une impression beaucoup moins glorieuse : celle d’une compétition devenue gigantesque, coûteuse, ultra-commercialisée et profondément politisée. Jamais peut-être le slogan implicite du football moderne n’aura été aussi évident : l’argent est roi.

Billets hors de prix, compétition élargie à 48 équipes, calendrier interminable, pauses transformées en espaces commerciaux, mi-temps rallongée pour accueillir un spectacle digne du Super Bowl, poids considérable des diffuseurs et des sponsors, proximité assumée entre pouvoir sportif et pouvoir politique… Tout au long du tournoi, le sentiment s’est installé que le football n’était plus toujours au centre de sa propre Coupe du monde.

Le Mondial, autrefois grande fête populaire capable de réunir toutes les catégories sociales autour d’un ballon, semble avoir franchi en 2026 une nouvelle étape de sa transformation : celle d’un événement global premium, pensé davantage pour générer des revenus que pour célébrer le jeu.

### Une gigantesque machine économique

Il serait naïf de prétendre que l’argent vient seulement de découvrir le football. La Coupe du monde est depuis longtemps une formidable machine économique. Les droits télévisés, les sponsors, le marketing, le tourisme, les équipements sportifs et les produits dérivés représentent depuis plusieurs décennies des milliards. Mais en 2026, quelque chose semble avoir changé d’échelle.

Organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, cette Coupe du monde a inauguré le format à 48 sélections, contre 32 auparavant. Une évolution présentée comme une ouverture du tournoi à davantage de nations et de continents.

Sur le principe, l’idée peut séduire. Permettre à de nouveaux pays de vivre leur rêve mondial, offrir davantage de visibilité à des régions historiquement sous-représentées et mondialiser encore davantage le football n’a rien d’absurde.

Mais derrière cet argument sportif se cache une évidence économique : plus d’équipes signifie plus de matchs, plus de jours de compétition, plus de droits télévisés, plus d’espaces publicitaires, plus de billets à vendre et davantage d’opportunités commerciales. Et derrière la promesse d’un football plus universel apparaît une logique beaucoup plus froide : maximiser le produit Coupe du monde.

### Le supporter populaire relégué au second plan

C’est probablement l’un des paradoxes les plus frappants de cette édition. Jamais la Coupe du monde n’a généré autant d’intérêt commercial. Pourtant, jamais elle n’a semblé aussi difficilement accessible à une partie de ceux qui constituent son âme : les supporters ordinaires.

Les prix pratiqués pour assister à certaines rencontres ont suscité de nombreuses critiques. Dans plusieurs enceintes nord-américaines, il fallait débourser plusieurs centaines d’euros pour espérer assister à un match dans de bonnes conditions.

Les stades ont certes affiché des taux de remplissage impressionnants. Mais remplir un stade ne signifie pas nécessairement préserver une culture populaire.

Lorsque les tarifs deviennent indécents, le public change mécaniquement. Le passionné qui économise pendant des années pour suivre sa sélection se retrouve en concurrence avec une clientèle internationale beaucoup plus aisée, avec le tourisme événementiel, les espaces VIP, les hospitalités d’entreprise et les packages premium.

La Coupe du monde devient alors victime de son propre succès économique. On ne vend plus seulement une place pour voir un match. On vend une “*expérience”*.

Le football s’est historiquement construit dans les quartiers, les villages, les terrains vagues, les écoles et les stades populaires. Il appartient culturellement à ceux qui jouent avec presque rien, parfois avec deux pierres posées au sol pour faire les cages.

Mais son événement suprême devient progressivement inaccessible à ceux-là mêmes qui lui donnent sa force.

Les critiques formulées pendant le tournoi ont justement insisté sur ce paradoxe : des enceintes presque pleines, mais des billets vendus à des prix tels qu’une partie des supporters étrangers traditionnels, ceux qui traversent le monde derrière leur sélection, ont été tenus à distance.

La question mérite donc d’être posée : une Coupe du monde peut-elle encore être qualifiée de fête populaire lorsque son public populaire n’a plus les moyens d’y participer ?

![](https://f2.hespress.com/wp-content/uploads/2026/07/finale-show1-900x600.jpg)

*© AFP*

### Quand un match de football commence à ressembler au Super Bowl

L’un des symboles les plus frappants de cette dérive commerciale restera probablement la finale. Pendant des décennies, la mi-temps d’un match de football répondait à une logique simple : quinze minutes pour permettre aux joueurs de récupérer, aux entraîneurs de réorganiser leurs équipes et aux spectateurs de souffler.

En 2026, cette logique sportive s’est retrouvée confrontée à une autre logique : celle du spectacle. La finale a été accompagnée d’un véritable show de mi-temps, avec tout ce que cela implique de mise en scène, de musique, de célébrités, d’écrans et d’opportunités commerciales. La pause s’est ainsi étirée bien au-delà du traditionnel quart d’heure. Le symbole est puissant.

Car le problème n’est pas la musique. Il n’est pas non plus de vouloir proposer une cérémonie spectaculaire à des centaines de millions de téléspectateurs.

Le problème apparaît lorsque le spectacle commence à modifier le rythme du sport lui-même. Le football ne sert plus seulement de centre à l’événement. Il devient l’une des composantes d’un gigantesque produit de divertissement.

La logique américaine du sport-spectacle, parfaitement adaptée à la NFL ou à la NBA, s’est invitée au cœur d’une compétition dont la culture est historiquement différente.

### Les “pauses hydratation”, ou le sentiment d’un football décimé

Autre sujet de crispation : les interruptions répétées. Dans certaines conditions climatiques, une pause hydratation est évidemment indispensable. La santé des joueurs doit primer sur toute autre considération lorsque les températures deviennent dangereuses.

Mais lorsque ces pauses semblent devenir quasi systématiques, y compris dans des environnements où leur nécessité paraît moins évidente, le doute s’installe.

Au fil du tournoi, certains supporters ont eu l’impression de voir les rencontres se transformer progressivement en matchs découpés en quatre périodes.

Et avec chaque interruption apparaît une opportunité supplémentaire : publicité, diffusion commerciale, activation de sponsors.

Le commentateur suisse David Lemos a résumé cette critique au moment de rendre l’antenne, évoquant une Coupe du monde extrêmement mercantile et dénonçant notamment des matches donnant l’impression de se jouer en « quatre quart-temps », ainsi qu’une finale marquée par une mi-temps exceptionnellement longue.

Encore une fois, le problème ne réside pas nécessairement dans chaque décision prise isolément. C’est leur accumulation qui interpelle : une pause ici, un show là, un sponsor supplémentaire, un nouveau format, des matchs en plus, des billets plus chers.

### 48 équipes : démocratisation du football ou inflation commerciale ?

L’élargissement à 48 sélections constituait l’une des grandes nouveautés de 2026. Il a permis à davantage de pays de participer à la plus prestigieuse compétition sportive de la planète. Pour certaines nations, cette ouverture a représenté une occasion historique.

C’est incontestablement l’un des arguments les plus solides en faveur de cette réforme. Mais il serait tout aussi absurde d’ignorer son autre dimension.

Plus de participants signifie mécaniquement plus de rencontres et donc plus de revenus. Le problème est de savoir jusqu’où cette logique peut aller.

Car les projets d’élargissement commencent déjà à alimenter les débats autour de l’avenir du Mondial. Et lorsque la recherche de nouveaux marchés devient permanente, une question se pose: la FIFA cherche-t-elle encore le meilleur format sportif ou le format économiquement le plus rentable ?

Ce débat est essentiel. Une compétition n’est pas meilleure simplement parce qu’elle est plus grande. Le prestige repose aussi sur la sélection, sur la difficulté de se qualifier, ainsi que sur le sentiment que chaque équipe présente appartient véritablement à l’élite du moment.

À force d’élargir le tournoi, le risque est de transformer une compétition d’exception en gigantesque festival mondial du football.

### Quand la politique entre ouvertement sur le terrain

L’argent n’a pas été le seul sujet de controverse. Le Mondial 2026 restera également comme une édition où la frontière entre football et politique aura semblé particulièrement poreuse.

La proximité affichée entre le président de la FIFA, Gianni Infantino, et Donald Trump a alimenté les critiques tout au long de la compétition.

Le football a toujours entretenu des relations avec le pouvoir politique. Les chefs d’État ont toujours compris la puissance symbolique d’une Coupe du monde.

Mais en 2026, cette proximité a parfois donné l’impression de dépasser le simple protocole. Plusieurs épisodes ont nourri le malaise : difficultés liées à l’entrée sur le territoire pour certaines nationalités, traitement controversé de certaines délégations, cas de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan ou encore polémique autour de la suspension de l’Américain Folarin Balogun.

Les critiques ont notamment pointé des différences de traitement, estimant que toutes les sélections et tous les acteurs du tournoi n’avaient pas bénéficié des mêmes conditions.

Dans une Coupe du monde, le principe devrait pourtant être élémentaire : mêmes règles pour tous. Peu importe le passeport, peu importe le pays organisateur, peu importe le poids politique et peu importe le marché économique représenté.

À partir du moment où s’installe le soupçon qu’un pouvoir politique peut influencer les décisions sportives, c’est la crédibilité même de la compétition qui est touchée.

Et lorsqu’un président peut publiquement se vanter d’être intervenu auprès des dirigeants du football, le malaise dépasse largement la simple anecdote.

### La FIFA face à une crise de confiance

Au cœur de toutes ces critiques se trouve évidemment la FIFA. L’institution défend une vision globale du football : plus de pays représentés, plus de revenus redistribués aux fédérations, davantage de développement dans les régions moins favorisées et une Coupe du monde véritablement universelle.

Ces arguments ne doivent pas être balayés. Les revenus générés par le Mondial financent une grande partie du football mondial, notamment dans des fédérations qui disposent de très peu de ressources propres. Mais cette redistribution crée aussi une relation de dépendance.

Plus la FIFA génère d’argent, plus elle peut redistribuer. Plus elle redistribue, plus elle renforce son influence. Le soutien massif dont bénéficie Gianni Infantino auprès des fédérations internationales doit aussi être lu dans ce contexte. Les critiques de l’édition 2026 ont d’ailleurs souligné que plus de 200 fédérations soutenaient son maintien, tandis que de nouveaux projets d’élargissement nourrissaient les accusations de fuite en avant économique.

La Coupe du monde n’est plus seulement un tournoi. Elle est une plateforme commerciale mondiale. Elle vend du football, certes, mais aussi du tourisme, des abonnements, des données, des expériences VIP, des produits dérivés, de la publicité, de l’image politique, du soft power et des marchés futurs. Tout cela peut parfaitement coexister avec le sport, mais seulement jusqu’à un certain point.

Car lorsque la logique économique commence à modifier le format, le calendrier, les horaires, les interruptions du jeu, l’accessibilité des tribunes et même certains rituels historiques du football, elle cesse d’accompagner la compétition.

Elle commence à la transformer. Et le football, dans tout ça ? C’est peut-être le paradoxe le plus cruel de ce Mondial 2026. Malgré tout, le football a encore réussi à produire de l’émotion.

![](https://f2.hespress.com/wp-content/uploads/2026/07/finale-show2-900x600.jpg)

*© AFP*

**Un terrain qui résiste à la machine commerciale**

L’Espagne a livré une compétition remarquable et décroché un deuxième titre mondial seize ans après celui de 2010. Des sélections ont surpris. Des joueurs se sont révélés. Des nations ont vécu des moments historiques.

Le Maroc a une nouvelle fois confirmé son installation parmi les nations capables de peser sur la scène internationale, atteignant les quarts de finale et portant haut les ambitions du football africain et arabe.

Lionel Messi, à 39 ans, a encore marqué la compétition avant une dernière finale douloureuse. Des supporters ont pleuré. D’autres ont chanté. Des enfants ont découvert leur première Coupe du monde. Et c’est précisément ce qui rend la critique nécessaire.

Le terrain continue parfois de résister à la logique commerciale. Mais autour du terrain, presque tout semble désormais avoir un prix. Une Coupe du monde trop grande pour rester humaine ?

Le Mondial 2026 pose finalement une question qui dépasse largement cette seule édition. Jusqu’où peut-on commercialiser le football sans détruire ce qui fait sa valeur ?

Le Mondial 2026 aura peut-être battu des records financiers et commerciaux. Il aura offert à la FIFA et à ses partenaires une vitrine planétaire sans équivalent. Mais il aura aussi donné l’impression que la Coupe du monde est en train de perdre quelque chose d’infiniment plus difficile à mesurer dans un bilan comptable : son âme.

Les amoureux du football restent donc avec une interrogation qui pèsera forcément sur les prochaines éditions : à force de vouloir vendre toujours plus la Coupe du monde, ne risque-t-on pas de finir par vendre ce qui faisait précisément son charme ?

Le Mondial 2026 restera peut-être dans les comptes comme un succès, dans un certain sens. Dans les mémoires, le verdict pourrait être beaucoup plus nuancé. Car cette édition aura consacré une évidence : dans le football mondial moderne, l’argent est désormais roi.

[Argent](https://fr.hespress.com/tag/argent) [Business](https://fr.hespress.com/tag/business) [Donald Trump](https://fr.hespress.com/tag/donald-trump) [Fifa](https://fr.hespress.com/tag/fifa) [Mondial 2026](https://fr.hespress.com/tag/mondial-2026)

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