D’Assid à Amzazi, une lettre sur l’«extrémisme» et la «frustration» inculqués dans les écoles

01 Fév 2019 à 17:01 Politique
D’Assid à Amzazi, une lettre sur l’«extrémisme» et la «frustration» inculqués dans les écoles

L’intellectuel marocain a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Education national ce jeudi 31 janvier. Il souhaite « mettre en garde » le ministre contre certains « phénomènes étranges et dangereux qui gangrènent l’école marocain et la vie éducative du pays ». Précisions.

L’écrivain et chercheur Ahmed Assid a pris la plume pour s’adresser au ministre de l’Education nationale Said Amzazi, « responsable de la gestion de l’un des secteurs les plus dégradés de l’État, à tel point que nous soyons classés au niveau international derrière des pays en guerre », écrit-il dans son mot introductif.

Dans sa lettre publiée sur Hespress, l’intellectuel assure que son initiative a pour origine une discussion qu’il a eue avec une citoyenne vivant à Casablanca. Mère de famille, elle a exposé son cas à Assid, dans le but de « sensibiliser les citoyens et les responsables en particulier ». « Si elle était seule à se plaindre, nous aurions présumé qu’il s’agit d’un cas isolé (…) Mais malheureusement, son problème est celui de nombreux parents d’élèves enseignés dans le secteur public et privé » relève l’écrivain. Selon Ahmed Assid qui parle d’un « phénomène fâcheux », cette dame accuse l’école de sa fille de la pousser à la haïr. Une situation qui a pour conséquence quotidienne « la création de querelles alimentant les conflits familiaux » et « la propagation de la haine entre les enfants et leurs familles ».

Des instit’ récalcitrants 

L’écrivain connu pour ses prises de positions laïques fustige dans sa lettre « le comportent des instituteurs et éducateurs, malgré la révision du contenu des programmes et des livres d’éducation religieuses plus d’une fois ». Remarquons que l’ex professeur de philosophie ne parle pas d’éducation islamique, le vrai intitulé de la matière dont il est question dans sa lettre. Il rappelle néanmoins le discours de Mohammed VI le 6 février 2016, « suivi de la constitution d’une commission royale qui a révisé le contenu de cette matière pour l’épurer de l’extrémisme et de l’exagération, incompatibles avec les objectifs de la pédagogie scolaire moderne ».

Ahmed Assid estime que cette révision avait suscité beaucoup de résistance de la part d’un courant idéologique. Sans nommer ce courant non plus, il déclare qu’il « a réussi à s’introduire dans tous les rouages de l’administration, de l’inspection et de la rédaction scolaire ». Aussi, rapporte-t-il que de nombreux enseignants ont constaté à la fois une nette tendance à inculquer oralement et en substance les contenus jugés incompatibles avec un enseignement moderne. « L’une des plus dangereuses conséquences de ce comportement irresponsable est la parution de phénomènes étranges, essentiellement la confrontation entre les élèves et leurs parents » souligne Ahmed Assid.

Critique de l’anachronisme éducatif

L’intellectuel met en équation la modification des programmes scolaires et la prise de conscience chez les enseignants. « Le problème de cette dame est qu’elle ne se reconnait pas dans le discours des enseignants qui insistent quotidiennement pour ancrer des idées étranges dans l’esprit des élèves. On prétend, par exemple, qu’il ne faut pas manger ou discuter avec une femme qui ne porte pas de voile sur sa tête, ou encore qu’il ne faut pas éprouver des sentiments positifs envers un père qui ne prie pas ou ne jeûne pas, parce que c’est un mécréant », développe l’auteur de la lettre.

Citant d’autres exemples rencontrés par les parents d’élèves sur le plan méthodologique, éthique ou linguistique, Ahmed Assid abhorre cet état de fait . « En l’espace de quelques décennies, nous avons fait de l’école une fabrique de sujets enrôlés au service d’agendas rivaux, au lieu d’en faire une pépinière pour citoyens libres et producteurs » diagnostique-t-il. Rassurant Said Amzazi qu’il ne l’accuse pas d’être derrière cette situation qu’il décrit, lu qui a été nommé ministre il y a un peu plus d’un an de cela, Ahmed Assid soumet deux questions à son locuteur.

La première touche au programme du ministre « pour former des enseignants qualifiés qui, avant tout, ont un sens de l’éducation et une conscience professionnelle, et considèrent leur mission comme la tâche la plus sacrée, tant que les peuples ne se sont jamais éveillés sans un système éducatif efficace et de qualité ».

La seconde a trait à la manière dont le ministre pourrait « inspecter les enseignants qui trahissent leur mission éducative et font de la classe un théâtre de règlement de compte avec les manifestations de la modernisation de l’État, de la société et avec les acquis humanistes, sans se rendre compte des pertes énormes qu’ils infligent l’esprit des jeunes ».

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