Répondant à Jeune Afrique, Benkirane refuse d’être associé à El Othmani

28 Nov 2018 à 18:05 Politique
Répondant à Jeune Afrique, Benkirane refuse d’être associé à El Othmani

La parution d’un dossier spécial dans le dernier numéro de Jeune Afrique faisant état de l’ascension du PJD à la tête du gouvernement depuis 2011 a visiblement déplu au Chef du gouvernement remercié par le roi le 15 mars 2017. Dans les colonnes du quotidien Akhbar Al Yaoum, une « source proche » de l’ex chef des islamistes explique son mécontentement.

Issus de la même Chabiba Islamiya (Jeunesse islamiste) qui, plus tard, donnera son nom au PJD, et auteurs d’un parcours militant presqu’identique, Abdelilah Benkirane et Saâd-Eddine El Othmani présentent tout de même deux profils distincts. Pour autant, c’est surtout le premier qui, visiblement, ne supporte pas de voir son expérience de Chef du gouvernement (de 2011 à 2016) associée à celle du deuxième (Depuis 2017).

Les différences de programme économique et politique des deux récents chefs de l’Exécutif sont rares pour être citées. Mais Abdelilah Benkirane n’en a cure : c’est « son » expérience qui aurait le plus compté. Et il le rappelle dans chacune de ses exceptionnelles sorties médiatiques. La victoire du PJD dans les législatives de 2011 et de 2016 ? C’est lui. L’accalmie du Mouvement du 20 Février dans un contexte régional sensible ? C’est toujours lui.

«Héros» et «victime » à la fois 

Des sources proches de l’ancien chef de l’Exécutif ont rapporté au quotidien Akhbar Al Yaoum que celui-ci est « fâche ». Il « ne supporte pas qu’on confonde entre son expérience gouvernementale et celle de son successeur (Saâd-Eddine El Othmani, NDLR), ou que l’on considère qu’il s’agit d’une expérience commune », peut-on lire dans les colonnes du journal arabophone de ce mercredi 28 novembre.

Les mêmes sources ont indiqué qu’Abdelilah Benkirane voit dans la récente couverture médiatique de Jeune Afrique, consacrée au PJD « un reflet de ce qui est préconisé depuis quelque temps par ceux qui cherchent à combiner les deux expériences gouvernementales et à les qualifier d’échec ». Bien au contraire, il « affirme que son expérience a été couronnée d’un grand succès. La preuve est que les Marocains ont voté pour son parti lors des communales de 2015 et des législatives de 2016 » rétorque la source qui s’exprime sous couvert d’anonymat.

Abordant le cas de son successeur, Abdelilah Benkirane présume, toujours selon Akhbar Al Yaoum, que « l’expérience d’El Othmani est assombrie par la situation de blocage qui lui a été soumise par des partis dont il avait refusé l’ingérence ». Il souligne néanmoins que ce gouvernement « en est à ses débuts et ne pourrait être jugé d’échec en ce moment ».

Sept ans déjà 

Ces indiscrétions d’Abdelilah Benkirane ne sont pas fortuites. Le récent numéro de Jeune Afrique (25 novembre au 1er décembre) propose un dossier spécial Maroc au titre suggestif « PJD : Sept ans pour rien » avec deux grands articles exclusivement consacrés au parti islamiste.

Le premier, intitulé « Le PJD est-il soluble dans la démocratie ? » retrace la victoire des islamistes en 2011, à l’issue des élections législatives anticipées, et dans la foulée du mouvement de contestation du 20 Février auquel ils n’avaient pas ouvertement pris part. Le second propose une vue d’actualité, sept après l’accession du PJD à la tête du gouvernement. Jeune Afrique y estime que le parti « peine à s’imposer comme leader de l’exécutif. Contraint de composer avec une majorité hétéroclite et fragilisé par des dissensions ».

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