« Banat Assabar », le roman inerme, épineux

27 Oct 2018 à 08:00 Culture
« Banat Assabar », le roman inerme, épineux

Jeune, fraîche et engagée. Karima Ahdad n’a d’yeux que pour ses personnages qu’elle fait parler dans sa polyphonie qui vient de paraître dans les éditions la Fennec. L’écrivaine et journaliste nous parle de ses inspirations, de l’histoire de son roman qu’elle a concocté et construit mot par mot, phrase par phrase, de cette histoire à différents aspects, et nous parle de la société tel qu’elle la voit.

Dans « Banat Assabar », l’histoire commence avec le décès du père d’une famille composée de filles. Tout ce qui leur reste c’est leur maison. Après la mort du père leurs oncles les surprennent et veulent hériter la maison selon les enseignements de la charia islamique. Après la vente de la maison, le malheur des filles commence, elles se sentent opprimées, indignées, et se trouvent obligées de recommencer leurs vies alors qu’elles n’ont pas vraiment les moyens de le faire.

« Banat Assabar » un titre parlant qui fait parler

Le titre « Banat Assabar » (les filles du cactus), a été choisi pour faire allusion à plusieurs points. « Malgré la faiblesse, la mentalité patriarcale, par moment misogyne, les souffrances qui consument ces filles, ce qui les unit c’est la patience », explique Karima Ahdad.

En effet, « Assabar » (Cactus) fait allusion à « Assabr » (patience). L’appellation est une sorte de comparaison ou de parallélisme avec le cactus qui peut survivre sans irrigation. L’écrivaine voit que cette plante qui peut survivre à la sécheresse et à la soif, mais reste forte et fière, elle ne fane pas. « Ces filles sont capables de se protéger comme le cactus se protège avec ses épines », sourit-elle.

Des destins différents qui se croisent

« Banat Assabar » est une histoire qui parle de destins de différentes femmes. Sonia, Sara, Sâadia, Louisa… Chacune son âge, son attitude, sa mentalité, son caractère, son histoire, elles n’ont en commun que leur volonté et leur désir de se libérer des barreaux de l’héritage « patriarcal » que la société marocaine aurait préservé.

L’écrivaine passe dans son roman du milieu où des femmes se battent pour s’arranger de trouver un toit, à un couple issu de la bourgeoisie, où la femme, malgré son statut social, éprouve toujours le besoin de se libérer aussi. Elle raconte le tumulte que vit la femme, victime de trahison. Une blessure qu’elle essaie de soulager et d’apaiser à travers l’homosexualité. Elle y trouve un moyen de révolte. L’écrivaine aborde ainsi ce sujet avec délicatesse fluide.

Le roman est une polyphonie où chaque personnage raconte l’histoire du roman en employant la première personne du singulier. « Les femmes se dévoilent dans ce roman et s’expriment et s’extériorisent comme si elles parlaient à elle même », ajoute la jeune écrivaine.

Le Hirak, l’héritage, la condition de la femme…

La question du Hirak du Rif apparaît à plusieurs reprises dans le roman, puisque les événements de l’histoire se passent dans la ville d’El Houceima. L’écrivaine raconte une histoire similaire à celle de Mouhcine Fikri, le vendeur de poisson dont la mort a provoqué un tollé dans la région.

« Banat Assabar » est une suite logique de ce que l’écrivaine écrit d’habitude. Elle dispose d’un recueil de nouvelles qui parlent de la condition de la femme, un recueil avec une touche féministe. « Je suis habitée par les idées et les principes du féminisme donc automatiquement c’est un élément qui serait toujours présent dans mes écrits », poursuit-elle.

« Banat Assabar » aurait touché à plusieurs sujets sociaux, religieux, politiques… La question de l’héritage constitue l’élément déclencheur de l’histoire. Un élément qui a pu inspirer Karima après la polémique qu’a soulevée le débat sur l’égalité d’héritage.

En parlant de la condition de la femme dans une société plus ou moins conservatrice, il aurait été opportun d’évoquer le point du voile. L’auteure parle également des femmes qui se trouvent entre l’enclume de vouloir enlever le voile et le marteau des préjugés de la société qui pourrait les pointer du doigt et leur mettre une étiquette.

« La littérature est un moyen sophistiqué de protestation, qui peut des fois être plus impactant que les autres types de protestation », déclare Karima Ahdad.

Journalisme, ce clin d’œil

Selon l’auteure, sa profession de journaliste l’a aidée à enrichir ses écrits et son traitement littéraire. « Le terrain m’a beaucoup aidée à découvrir des facettes de la société marocaine où on trouve de tout », ajoute-t-elle.

Elle considère que grâce au journalisme elle a construit un petit bagage d’histoires. Elle pense que dans la société il y a des pauvres, des riches, des minorités… Il n y’a pas que les profils qui nous entourent, les visions que nous connaissons…

Fougueuse, Karima Ahdad, « la mère » des « Filles du Cactus », nous parle de son prochain roman, qu’elle a déjà commencé à écrire. Avec une voix enjouée, elle nous dit « l’histoire est toujours floue dans ma tête, mais ce qui est sûr c’est que le protagoniste de l’histoire sera une femme, tout comme moi ».

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