Lecture dans une démission inattendue

10 Oct 2018 à 15:30 Monde
Lecture dans une démission inattendue

Mardi 9 octobre, Nikki Haley, ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, annonçait sa démission. Une défection spectaculaire qui a pris de court tout son monde. Mais pas tant que ça à bien observer les changements survenus ces derniers temps dans l’entourage du président américain, Donald Trump.

Si Nikki Halay est venue allonger une liste, déjà assez longue, des personnes qui ne peuvent plus, ne savent plus ou ne veulent plus travailler avec Trump, ce dernier a bien tenté de « dédramatiser » l’affaire Haley pour qu’elle ne soit pas présentée comme une « énième défection de poids » dans son équipe stratégique.

« Elle m’a dit il y a environ six mois qu’elle souhaitait prendre une pause », a-t-il avancé tout en louant le « travail fantastique » de son « amie », présente à ses côtés dans le Bureau ovale.

« Elle a été très spéciale pour moi », a-t-il insisté, soucieux de minimiser le choc politique créé par le départ de cette personnalité populaire.

Car il ne faut perdre de vue les élections de mi-mandat prévues dans moins d’un mois et qui sont très délicates pour les Républicains, au moment où des affaires telles celle du juge Kavanaugh ou encore le départ de Nikki Haley, très appréciée et respectée dans le milieu, font que les électrices se détournent de plus en plus des candidats républicains.

Raisons d’un départ pour le moins inattendu 


Figure incontournable de la scène onusienne depuis deux ans, Nikki Haley a pourtant préféré partir. De l’avis de tous ceux qui l’ont connue, qu’ils l’aient aimée ou haïe, elle a démontré des qualités d’énergie et d’intelligence. Elle a fait le job et elle l’a fait plutôt bien.

Mais ce qui est également de notoriété publique, c’est qu’elle ne devait plus se sentir à l’aise dans l’administration américaine, entre le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo et le conseiller national pour la sécurité, John Robert Bolton. Elle n’avait plus un espace à elle.

La maison blanche en vue ?

Si Nikki Haley n’a pas donné de raisons précises à son départ, elle aurait selon certains milieux, des vues sur le fauteuil présidentiel.

Elle affirme le contraire, dit qu’elle continue de soutenir Trump et n’a pas d’ambitions pour les présidentielles de 2020, toutefois, estime le Washington post, le fait même qu’elle ait bien insisté sur ce point en est la preuve.

Elle représente une menace potentielle pour le chef de l’Etat, mieux, sa sortie élégante la met en selle pour briguer les plus hautes fonctions en 2024, écrit la publication.

Trop modérée Nikki ? 

De l’avis de tous, Nikki Haley, qui a pourtant fait montre aux Nations Unies de positions très tranchées, notamment sur la Corée, le transfert de l’ambassade des USA à Jérusalem ou encore la Syrie, était devenue trop modérée pour les deux autres hommes forts du cabinet Trump.

Elle faisait partie du camp de la raison, par opposition à d’autres collaborateurs de Trump et à Trump lui-même.

Cette modération a également, et naturellement, fait la UNE de la presse internationale de ce mercredi 10 octobre. Elle a vu en cette démission « le départ de l’une des rares femmes du cabinet Trump. Celle qui avait réussi à l’ONU à représenter aussi bien Trump lui-même que les USA, « ce qui est en soi une performance ».

Son départ va priver le locataire de la Maison blanche de l’une des rares voix modérées, a commenté la presse.

Pourquoi Trump est-il abandonné par ses collaborateurs ?

Tout le monde le sait : Donald Trump est un homme difficile. Il n’accepte que sa famille ou les personnes qui lui sont très proches. Il n’accepte que les gens qui lui sont dévoués et fidèles même quand il se livre à ses excès connus de tous.

Pour Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien français, conseiller spécial auprès de l’Institut Montaigne, « justement, Nikki Haley ne faisait pas partie de la famille et avait gardé une certaine forme d’indépendance d’esprit. En voyant qu’elle ne comptait plus ou n’allait plus compter dans l’équilibre de la nouvelle équipe, elle a préféré partir ».

Cette démission, estime-t-il, « est plus d’ordre politique, liée au programme plutôt qu’une réaction épidermique, liée à sa relation avec le président lui-même ».

Quels changements pour la politique étrangère américaine ?

Ce départ de Nikki Haley dénote une logique dans les événements ayant marqué l’administration Trump ces derniers temps : Nikki Haley n’y avait plus sa place aux côtés de Bolton.

Cela veut dire, selon Dominique Moïsi, que c’est Bolton qui l’a emporté et que « c’est la ligne la plus dure en matière de politique étrangère qui règne désormais à Washington ».

Qui pour la remplacer ?

Après avoir reçu Nikki Haley à la Maison Blanche, Trump a précisé que la démission serait effective « à la fin de l’année » et qu’il dévoilerait le nom d’un successeur « d’ici deux ou trois semaines ».

Pourtant, en se rendant en début de soirée dans l’Iowa pour une réunion publique, il a indiqué à la presse avoir présélectionné cinq personnes pour remplacer Nikki Haley. Et il a confirmé que Dina Powell, ancienne responsable du Conseil de sécurité nationale, faisait partie des candidats.

En revanche, l’ambassadeur en Allemagne Richard Grenell, dont le nom est revenu très souvent dans les spéculations, n’est pas sur cette liste restreinte.

Il réussit tellement bien dans un poste si important (…) que je ne voudrais pas le bouger. Personnellement, je préférerais garder Ric où il est, a fait savoir Trump.

Plus tôt, le président avait évoqué l’hypothèse d’une nomination de sa fille Ivanka, mais « je serais accusé de népotisme », a-t-il aussitôt regretté. L’intéressée a elle-même exclu cette possibilité dans un tweet.

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