Généralisation de la couverture sociale : Comment assurer sa production?

Généralisation de la couverture sociale :  Comment assurer sa production?
mardi 4 mai 2021 - 10:51

Année 2026, c’est la « deadline » accordée au gouvernement et aux autorités publiques pour mener à terme le chantier de la généralisation de la couverture sociale. Il s’agit d’un déploiement entamé en janvier 2021, pour inclure 22 millions de Marocains supplémentaires. Depuis, tous les acteurs concernés (ministère des Finances, CNSS …), travaillent d’arrache-pied pour mettre en place ce projet qui reste un énorme défi pour eux, surtout que l’annonce intervient dans un contexte un peu particulier marqué par la pandémie et ses répercussions économiques et sociales. 

Avec l’universitaire Omar Kettani, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat, Hespress Fr revient sur l’impact de ce projet social sur le tissu économique et social. Dans un premier temps, l’économiste souligne que « quand on parle de généralisation de la protection sociale, il ne faut pas oublier qu’il y a les dépenses, mais aussi la production, puisqu’il faut produire cette couverture sociale« .

Il déplore, en ce sens, que l’on aborde ce chantier de la GCS, comme étant simplement une dépense que va faire l’État. « Des milliards ont été investis dans ce projet social. On estime donc que c’est une charge qu’il va falloir assumer en se basant un peu sur les cotisations sociales, les prestations, le secteur privé, les impôts, etc. Pour moi, ce qu’il aurait fallu avancer, c’est la production de la couverture sociale. Comment on va pouvoir couvrir cette couverture sociale sans production sociale« , dit-il. Comment ?

Couverture sociale oui, mais d’où vont provenir les services ?

Si le chantier de la couverture sociale a été une bonne nouvelle pour une large catégorie de Marocains qui n’attendait que ça, les spécialistes se demandent si le Maroc dispose des infrastructures et personnels suffisants pour dispenser ces services sociaux.

Pour l’économiste, « il y a une couverture sociale qui doit s’orienter vers la formation professionnelle et l’éducation avant de s’orienter vers les services. Or, pour le moment, ce volet est absent puisqu’il va falloir produire des services sociaux pour ceux qui en ont besoin. Il va falloir par exemple ouvrir plus d’écoles, ouvrir plus de facultés, plus de centres de formation professionnelle afin de pouvoir répondre aux besoins sociaux« . Mais comment répondre à ces besoinssi une production sociale ne suit pas, s’interroge Omar Kettani.

« Lorsqu’on parle de la couverture sociale, c’est la santé, l’éducation, le transport, le logement … Est-ce qu’on pense simplement à la dépense en matière de CS ou faut-il  réfléchir au même temps à la production de cette couverture sociale ? Pour les plus de 20 millions d’individus qui seront couverts, y aura-t-il suffisamment d’hôpitaux, de CHU, et de personnels pour répondre à leurs besoins ? « , poursuit l’économiste.

En revenant aux statistiques, l’universitaire nous rappelle des chiffres douloureux dans le secteur de la santé qui connaît une pénurie de ressources humaines sans précédent, et ce, depuis des années déjà. « Aujourd’hui, notre secteur de santé a besoin en urgence de 100.000 personnes, dont 30.000 médecins et 60.000 infirmiers et techniciens de la santé. Donc il y a déjà un besoin de 100.000 personnes à former et à recruter« , avance notre interlocuteur.

Pour lui, « il y a tout un travail de fond et de base qui doit se faire pour former les gens à la production de services sociaux. Sinon, est-ce qu’on va simplement avoir des consommateurs de services sociaux « , se demande-t-il encore.

Quand Omar Kettani parle de production de services sociaux, il veut dire par là, former des compétences dans chaque domaine qui pourra répondre aux attentes sociales des Marocains, que ce soit dans le milieu rural et urbain. Et là, il se désole de voir que l’ensemble des projets sociaux qui se font sont focalisés principalement dans les grandes villes, et pratiquement pas en campagne.

Quelle place pour le milieu rural dans ce projet social ? 

Omar Kettani a toujours été un fervent défenseur du milieu rural. Pour lui, les populations rurales « passent toujours après ». Ainsi, et dans le cadre de la généralisation de la couverture sociale, une convention-cadre relative à la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) de base a été signée, mi-avril 2021, pour en faire bénéficier près de 1,6% million d’agriculteurs et leurs familles.

Cependant, et sur le volet social, l’universitaire estime que les « services sociaux touchent plus les habitants de la ville que ceux de la campagne » qui demeurent « démunis sur le plan social à hauteur de 90%« .

« Quand on voit les chantiers d’hôpitaux et d’administrations publiques, ils sont généralement situés dans les grandes villes à hauteur de 90%, à quelque exception près. Mais sinon, on est en train de reproduire un modèle où, la ville exploite la campagne et l’accapare. Et à chaque fois qu’on aura une bonne année agricole, les habitants de la campagne iront se procurer les services dans les villes, vu qu’ils n’ont pratiquement rien chez eux », analyse-t-il.

Et d’ajouter: « Les personnes malades iront ainsi à la ville, les étudiants iront dans les universités de renommée et de qualité dans les villes et ainsi de suite…Et cette dichotomie est aujourd’hui reproduite, parce qu’on a pas une culture du social« .

Selon Omar Kettani, « il faut commencer d’abord par ouvrir de centres de formation dans le milieu rural, qui pourront former les cadres de demain dans les domaines techniques, médicales et de l’enseignement. Ces mêmes personnes qu’on va former vont pouvoir produire des services sociaux à l’école, à l’hôpital et serviront la communauté du milieu rural sans qu’elle ait à se déplacer à la ville pour se procurer des services ».

Mais, déplore-t-il,  « au jour d’aujourd’hui, on n’est toujours pas à ce stade. L’agriculteur et sa famille, s’ils tombent malades, se dirigeront vers la ville puisqu’ils n’ont pas les services sociaux nécessaires chez eux. Oui pour la généralisation sociale, mais les services doivent être dispensés pour tout le monde à parts égales. Et ça passe d’abord par la formation de compétences aptes à produire les services sociaux au lieu de les consommer uniquement« .

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