Belhoussaine Abdeslam ou la “preuve par l’absurde“ du Charlot de Rabat

05 Avr 2021 à 08:34 Culture
Belhoussaine Abdeslam ou la “preuve par l’absurde“ du Charlot de Rabat

Cela fait trente ans que notre Charlot national, Belhoussaine Abdeslam, 58 ans, fait le pitre dans les rues de la capitale, là où il y a foule et plus particulièrement sur le boulevard Mohammed V, sur la grande allée centrale et piétonne si riche en évènements historiques, entre le mythique ‘’Balima’’ qui un jour accueilli entre autres éminences de l’Histoire, un certain ‘’Che Guevara’’ ou un “Mokhtar Ould Dada“ et le Parlement.

C’est en ces lieux magiques et tous d’antécédents d’une autre vie que “Charlo“ se plait à égarer son talent en cherchant le sou auprès des passants tranquilles de la capitale. Il y vend son icône informelle  ‘’du rire et des pleurs’’, dérobée à Sir Charles Spencer Chaplin, ou Charlot pour les intimes. Cette aptitude ou cette  disposition naturelle à mimer le défunt artiste, il l’a acquise en se faisant passer dans l’absurde absolu pour l’acteur et réalisateur de films muets qui ont fait la gloire de Charlot. Ce ne sera pas faute d’ essayer mais ‘’Si Abdeslam’’ ne connaîtra pas pareil glorieux parcours, c’est une question de temps et d’espace, cela va de soi.

Cependant, si aujourd’hui il doit à quelqu’un, une notoriété soudaine, c’est bien à l’Associated Press (AP) une agence de presse mondiale et généraliste de près deux siècles et dont le siège se trouve être aux États-Unis. Un de ses 3 000 journalistes l’aura rencontré et aura fait son portrait dans tous ses états, l’aura présenté et pourquoi pas lui aura tiré également les “vers du nez“. Belhoussaine Abdeslam en racontant sa vie dira qu’il a vu l’étincelle à sa sortie de prison. «C’est quand j’ai tout perdu que je suis devenu Charlie Chaplin, (qui) a fait rire et pleurer le monde sans dire un mot».

Abdeslam Belhoussaine aurait passé selon lui, dans les années 1980, une année de sa vie à goûter de la paille de cellule pour des activités liées à son activisme politique et à son journalisme. Nous, on veut bien croire l’ancien photographe sportif car ces années de plomb faisaient partie intégrante de la vie d’une large partie de la population marocaine actuelle et l’on en sait des choses sur des Driss Basri et autres apôtres.

Qu’à cela ne tienne ! là n’est pas le sujet. Notre Charlot d’ici voit des parallèles entre lui et la légende d’un écran perdu du début du siècle dernier, dont l’humour et le visage peint cachaient un puits profond de souvenirs d’enfance douloureux. De la même manière, imiter Chaplin a donné à “Si Abdeslam“ un masque comique pour cacher sa propre tristesse et ses difficultés en, en disant «C’est une personne unique qui a lutté contre la discrimination et qui a uni (tout le monde) ».

Faire rire les gens à Rabat à en pleurer, c’est une maigre consolation, il n’y gagne pas plus de 150 dollars par mois grâce aux pièces que les passants tranquilles de la capitale daignent à lui accorder. Pour autant et en dépit de cela, il reste fier d’être la célébrité de la rue en tant que “Charlo“ dès lors qu’il porte des ballons, des masques, des chaussures surdimensionnées, des trompettes, de la nourriture pour pigeons et surtout son sourire, histoire de ravir les enfants avec des tours de magie et autres impressions qui font le burlesque du personnage dont il s’est imprégné à tout jamais. Mais dira l’auteur de cette éloge, notre “Charlot “, porte aussi les fantômes de son passé, c’est une évidence comme pour toute légende du genre.

Il garde toujours avec lui des photographies de sa carrière antérieure et des images de lui-même en tant que jeune homme en costume engagé dans la politique. N’en parions rien, l’histoire ne dira pas s’il est de gauche ou de droite, Abdeslam Belhoussaine, n’aura fait que se construire à travers un personnage de légende et son option politique lui restera sienne et à lui seul.

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