Vaccin : Les difficultés d’approvisionnement mettent à mal la campagne

22 Mar 2021 à 08:34 Santé
Vaccin : Les difficultés d’approvisionnement mettent à mal la campagne

C’est un secret de Polichinelle, l’Inde, l’un des plus grands producteurs mondiaux du vaccin contre les coronavirus, a du mal à respecter ses engagements d’exportation. Son plus grand fabricant Serum Institute of India (SII) qui s’est fixé pour objectif cette année la fabrication d’un milliard de doses du vaccin AstraZeneca pour les pays à revenu faible et intermédiaire.

SII affirme que de grosses commandes de doses du vaccin AstraZeneca destinées pour approvisionner le marché à l’exportation et à l’interne dans des régions en Inde comme au Népal ont été suspendues ou retardées de plusieurs semaines. Le gouvernement indien a vacciné plus de 39 millions de personnes et vise à administrer 600 millions de doses en sept mois, soit environ 85 millions de doses par mois d’où l’une des causes du retard de livraisons des vaccins. Le Maroc, le Brésil, l’Arabie Saoudite voire même le Royaume-Uni entre autres sont les principales victimes de cette difficulté d’approvisionnement.

Le directeur général, Adar Poonawalla du SII – qui produit les vaccins Novavax et AstraZeneca – avait, au début du mois de mars, attribué cette situation aux interdictions d’exportation américaines sur des articles spécifiques (sacs, filtres spécialisés, culture cellulaire, tubes à usage unique et des produits chimiques spécialisés en provenance des États-Unis …), nécessaires à la fabrication de vaccins. Pourtant les sociétés pharmaceutiques indiennes avaient accéléré leur production en ajoutant de nouvelles installations ou en convertissant des lignes de production existantes, à la fois pour répondre à la demande intérieure et aux besoins mondiaux en matière d’approvisionnement.

Le Serum Institute avait même déclaré en janvier qu’il pourrait à ce stade produire entre 60 et 70 millions de doses de vaccin par mois et devrait aller jusqu’à 100 millions de doses à la mi-avril/mai. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

En connaissance de cause de cette situation, le Maroc devant le retard des livraisons du vaccin AstraZeneca fabriqué par SII, mais également du vaccin chinois Sinopharm, avait cherché d’autres alternatives. Il avait signé notamment un contrat pour un million de doses de Sputnik V, un vaccin ayant fait ses preuves en Russie et à l’étranger mais qui présentait le hic de la conservation (-18°) ce qui n’est pas le cas ni d’AstraZeneca ou du vaccin chinois Sinopharm.

Mais le Maroc ne s’en tient pas qu’à cela, il explore d’autres possibilités pour mener à bien sa campagne de vaccination , y compris celle de solliciter l’AstraZeneca fabriqué sous d’autres cieux en Russie ou au Royaume-Uni par exemple tant il est vrai que de nouvelles livraisons sont indispensables. Mais force est de constater qu’il sera de plus en plus difficile de se faire fournir dans le marché du vaccin par ces temps où la demande mondiale dépasse et de loin l’offre.

En attendant la régularisation de cette situation et une éventuelle fluidité d’approvisionnement, nos responsables devront cavaler dur pour alimenter la demande marocaine dont la vaccination semble s’être arrêtée à la tranche d’âge des soixante ans et plus.

Il se murmure même, devant l’éventualité d’une pénurie que l’on se soit abstenu pour l’heure de permettre des rendez-vous dans le système de réservation national pour avril, avec l’option stricte de ne pas prendre de réservation pour les moins de 50 ans qui devraient patienter un peu plus que le mois sacré de Ramadan. Mais si l’Inde a encore le courage d’avouer son inaptitude à livrer ses clients, ce n’est pas le cas de la Chine qui nous fournit le vaccin Sinopharm au compte-gouttes bien sournoisement.

Le Maroc avait signé un accord de coopération avec le laboratoire chinois Sinopharm, le 20 août dernier et normalement aurait dû recevoir selon le deal 10 millions de doses avant fin décembre 2021. On en est bien loin trois mois plus tard.

Le gouvernement marocain avait annoncé avoir commandé 65 millions de doses des vaccins chinois Sinopharm (40 millions) et britannique AstraZeneca (25 millions) de quoi cibler au total au moins 25 millions de personnes pour atteindre l’immunité collective. Tous ces efforts risquent de se voir anéantir par des défaut de livraisons.

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