Déchéance de nationalité: Un ancien ministre algérien dénonce un Etat « totalitaire »

08 Mar 2021 à 16:34 Monde
Déchéance de nationalité: Un ancien ministre algérien dénonce un Etat « totalitaire »

L’ancien ministre algérien de la Communication, Abdelaziz Rahabi, a dénoncé les dérives totalitaristes du régime algérien dans sa réponse aux demandes de liberté exigées par la rue. Dans un message posté sur Twitter, le diplomate accuse les autorités du pays de plonger vers le radicalisme.

Le diplomate algérien, qui a été plusieurs fois ambassadeur a publié une série de messages sur ses réseaux sociaux dans lesquels il adresse une critique acerbe envers le pouvoir algérien. Alors qu’il est considéré comme une figure de l’opposition algérienne depuis qu’il avait annoncé dans les années 90 sa démission du gouvernement et a pivoté vers une carrière d’universitaire, d’aucuns pensent qu’il se trouve être en réalité un modéré, toujours à la solde des généraux dont il sait défendre les grandes orientations stratégiques du pays bec et ongles.

L’ancien ambassadeur a été jusqu’ici mi-figue mi-raisin sur la politique du président Abdelmadjid Tebboune. En janvier, il a été reçu par le chef d’Etat algérien à son retour d’Allemagne, pour discuter de la situation dans le pays miné par une grave crise de confiance entre le peuple et le pouvoir depuis deux ans.

Mais après que le département de Belkacem Zeghmati, le ministre de la Justice, soit sorti avec un projet de loi sur la déchéance de nationalité, le diplomate est sorti de ses gonds pour dénoncer une nouvelle dérive totalitariste du pouvoir algérien, au moment où le pays est épinglé à l’international pour la dégradation de l’Etat de droit et des libertés.

« Tout enfant né de père ou de mère algériens est algérien de plein droit et ne peut à ce titre être déchu de sa nationalité », a-t-il tranché dans un premier tweet affirmant que ce droit naturel « ne peut être remis en cause pour des raisons politiques sécuritaires ou autres », a-t-il déclaré se détachant de ce projet qui a galvanisé le Hirak, le mouvement antisystème ayant repris ses manifestations hebdomadaires à l’occasion de ses deux ans.

Pour le diplomate, cet avant-projet de texte modifiant l’ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970 portant code de la nationalité algérienne est une proposition qu’il qualifie d' »inutile et singulière ». Elle « procède de la dérive totalitaire systémique » que le pouvoir algérien met en place à « chaque fois que le peuple exige davantage de liberté et de droits et dans un contexte marqué par une restriction du champ des libertés individuelles et collectives », a-t-il souligné.

« Faute de réponses concrètes aux revendications du peuple, notre pays se radicalise dans tous ses segments sociaux et institutionnels s’éloigne de la voie de la modération et nourrit ainsi ses propres fragilités », a-t-il estimé alors que le pays plus que jamais dans une impasse dans laquelle ni le pouvoir ni le peuple ne veut et ne compte faire marche arrière.

Abdelaziz Rahabi a ainsi estimé que ce manque de considération pour les revendications du peuple est la « plus grosse menace » contre la stabilité et la cohésion du pays. Le diplomate s’était déjà rangé du côté des manifestants du Hirak pour défendre leurs revendications de démocratie dans une interview accordée au Monde en 2019.

« Pour la première fois, nous envisageons de sortir d’un système non démocratique de façon pacifique. C’est une immense avancée. Une sorte de coup d’Etat civil, un coup d’Etat de la société contre ses propres institutions, incapables de se réformer, de se mettre en rapport avec le temps réel »,  avait-il déclaré, accusant l’Algérie d’être le « pays le plus fermé de la Méditerranée ».

Alors que les manifestants du Hirak ont marqué leur retour dans la rue pour manifester encore une fois leur ras le bol et leur envie d’un Etat démocratique et non militaire, le ministre de la justice, Belkacem Zeghmati, a présenté, un texte qui doit sanctionner encore plus les droits de l’Homme.

Le texte vise «l’introduction d’une procédure de déchéance de la nationalité algérienne acquise ou d’origine qui sera applicable à tout Algérien qui commet, en dehors du territoire national, des actes portant volontairement de graves préjudices aux intérêts de l’Etat ou qui portent atteinte à l’unité nationale».

La déchéance de nationalité devrait s’appliquer en outre à «qui active ou adhère à une organisation terroriste ainsi que celui qui la finance ou qui en fait l’apologie». «Ce dispositif concerne également toute personne qui collabore avec un Etat ennemi».

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