Maroc-Afrique ou les états de la diplomatie du « juste milieu »

Maroc-Afrique ou les états de la diplomatie du « juste milieu »

« Depuis l’avènement du règne de Mohammed VI en 1999, le Maroc déploie une nouvelle politique étrangère continentale. Le Royaume ambitionne d’être reconnu comme une puissance africaine émergente dans son identité comme dans son espace de projection », écrit Yousra Abourabi dans son ouvrage « La politique africaine du Maroc, Identité de rôle et projection de puissance ».

Yousra Abourabi, faut-il le rappeler, est professeure de science politique à l’Université internationale de Rabat. Ses recherches portent sur les enjeux de coopération continentale africaine, particulièrement sur les questions inter-sectionnelles de sécurité, d’environnement, de genre et de migration. Elle a publié de nombreuses contributions académiques et médiatiques sur le Maroc et l’Afrique. Elle est notamment membre du cluster “Affaires Politiques du Conseil économique, social et culturel“ ( ECOSOCC ) de l’Union africaine et membre du Conseil académique du Global Campus For Human Rights.

L’analyse, une invitation à revisiter l’histoire de l’orientation africaine de la diplomatie marocaine depuis plus de deux décennies de règne du roi Mohammed VI (1999). Peu considérée il y a encore dix, aujourd’hui, cette dimension de l’identité et de la diplomatie du royaume apparaît comme une évidence et comme une réussite dans ses fondements, ses intérêts, ses champs d’action, ses difficultés et ses conséquences. Il est vrai que le Maroc qui cultive en partage avec le continent africain une longue tradition de coopération diplomatique, économique et commerciale, depuis le début des années 2000 l’a vue s’intensifier, il y a une décennie avec de belles concrétisations comme « le retour du Royaume au sein de sa famille africaine » ou tout récemment avec « l’appui croissant des États africains à la reconnaissance de la marocanité  du Sahara occidental – 15 pays ont ouvert un consulat dans les provinces du sud en 2020 – ont suscité un éveil des consciences sur une dynamique pourtant déjà à l’œuvre depuis des années » nous dit encore Yousra Abourabi dans son analyse au The Conversation.com.

On n’occultera nullement, l’apport de la majorité des grands groupes marocains avec leur africanisation. En effet, nombre de nos entreprises se sont implantes dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne selon une politique de « champions nationaux » avec des stratégies de développement diversifiées et ce, sous différentes formes de partenariats (prise de participations, création de filiale, apport d’expertise, représentation…). Cette internationalisation à l’échelle continentale, dirions-nous, touche les secteurs d’activités clés de l’économie marocaine (banques, assurances, télécoms, BTP et Immobilier, TIC et media, mines, pharmaceutique, transport aérien…), mais ce sont les secteurs, du transport aérien (RAM), bancaires et télécoms qui ont exploré en premier les opportunités de développement et de coopération économique avec les frères africains. « Il s’agit de l’intégration du Maroc au sein du continent et de son déploiement en tant que puissance africaine, tant dans son identité propre que dans son espace de projection. Cette intégration a reposé principalement sur le levier diplomatique et sur une « stratégie indirecte » conduite depuis le début du règne de Mohammed VI, indique encore l’universitaire.

Le Royaume conscient que la sortie de l’Organisation de l’union africaine (OUA) avait été une erreur stratégique dans ce sens où il y avait perdu l’opportunité de défendre ses intérêts et de peser sur les grandes décisions prises par l’Organisation a redressé le tir avec son retour à l’UE en 2017. Entretemps, le Maroc a opté pour le renforcement de sa diplomatie bilatérale et régionale. La nouvelle approche sur laquelle se fonde sa politique africaine se concrétise par une multitude de politiques bilatérales et un rapprochement réfléchi avec les différentes régions du continent. Le Maroc privilégie la prise d’initiatives politiques vis-à-vis des pays d’Afrique couplée à mesures économiques, se traduisant par une aide financière accrue et par des investissements nationaux directs et de préférences commerciales et économiques accordées aux pays africains.

C’est ainsi, qu’à travers une cinquantaine de visites officielles en Afrique du Roi Mohammed VI plus de 1000 accords ont été signés entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne durant la dernière décennie. Une offensive qui vise à mettre à la disposition des entrepreneurs marocains un cadre juridique et réglementaire leur permettant une percée vers l’Afrique à travers le renforcement des parts de marché acquises et la diversification des débouchés extérieurs. 2,2 milliards de dollars ont été investis en Afrique, et plus d’une trentaine d’ambassades marocaines sont opérationnelles sur le continent. 15 000 cadres africains du secteur public ont été formés au Maroc et 20 000 étudiants africains bénéficient d’une bourse marocaine, tandis que 60 000 migrants ont été régularisés.

« L’identité de rôle du Maroc peut être qualifiée par la notion de « juste milieu ». Au départ connue comme une expression philosophique, puis religieuse, la notion de « juste milieu » a acquis une valeur politique dans le champ discursif des décideurs marocains. Elle renvoie à la volonté du Maroc d’être reconnu dans sa modération religieuse et politique, et surtout dans son rôle de pont entre différentes aires géoculturelles, sur la base de sa propre identité nationale d’État multiculturel. C’est au nom de cette identité de rôle que le Maroc s’est consacré à la coopération Sud-Sud en Afrique, en déployant notamment des diplomaties humanitaires, culturelles et religieuses, fait encore savoir Yousra Abourabi.

Et de développer « Sur le plan humanitaire par exemple, Mohammed VI reproduit en matière de politique étrangère les mêmes pratiques qui caractérisent son style politique au niveau intérieur : des dons directs, la rencontre des populations et plus généralement un investissement personnel dans le développement social. L’incarnation de ce rôle à deux niveaux (intérieur et extérieur) formera dès lors la caractéristique principale de son style politique.

Avant de conclure « Sur le plan religieux, le Maroc a entrepris la diffusion de son modèle d’encadrement de l’enseignement et des pratiques religieuses, présenté comme un levier contre l’extrémisme, dans le cadre d’une « diplomatie de sécurité religieuse ». Celle-ci s’est illustrée par la formation d’imams de différents pays d’Afrique de l’Ouest, parallèlement à la formation militaire dans ces mêmes pays, ainsi que par l’institutionnalisation du soufisme et des réseaux confrériques régionaux, entre autres choses ».

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