Omar Kettani: La sortie du Maroc de la liste grise de l’UE, un « retour à la normale »

26 Fév 2021 à 10:48 Economie
Omar Kettani: La sortie du Maroc de la liste grise de l’UE, un « retour à la normale »

L’annonce de la sortie définitive du Maroc de la liste grise de l’Union européenne des « paradis fiscaux », a couronné les réformes entreprises par le Royaume pour s’aligner sur les standards internationaux. Pour le Pr Omar Kettani, le « green listing » du Maroc est  un « retour à la normale » et témoigne de l’efficacité des structures de suivi dans le pays.

Dès que le Maroc a été inscrit sur la liste grise des paradis fiscaux à cause du non-alignement de son système fiscal sur les principes mondiaux de transparence et d’imposition « équitable », le Royaume a engagé un travail sur trois ans pour réaligner le pays aux standards de l’Union européenne, son principal partenaire commercial.

Et si la sortie définitive de cette liste était attendue, déjà en 2020, il restait un seul point qui retardait cette mesure, le régime fiscal de Casablanca Finance City qui s’est pourtant conformé aux normes de concurrence fiscale loyale définies par les autorités marocaines. Et pour que le statut de Casablanca Finance City soit finalement réglé, il fallait qu’il soit traité au niveau de l’OCDE et non pas de l’UE.

Pour sortir de cette liste grise, le Maroc a corrigé deux des régimes fiscaux préférentiels des zones franches d’exportation et des entreprises exportatrices à travers la loi de Finances 2020, en plus du statut de Casablanca Finance City.

Réagissant à la sortie du Maroc de la liste grise, Omar Kettani, professeur d’économie à l’université Mohamed V de Rabat et membre de l’Asmeci (Association marocaine d’études et de recherches en économie islamique) a affirmé qu’il s’agit d’« un événement qui confirme l’existence d’institutions qui fonctionnent correctement au Maroc, particulièrement les institutions financières ».

« S’il y a un retour à la normale, c’est d’abord parce que l’Etat a un droit de contrôle sur ce qui sort et rentre comme argent et les justificatifs de ces mouvements« , a-t-il estimé.

Et d’ajouter: « Je dirais que comparativement à d’autres pays où les structures de contrôle, de suivi, de réglementation, ne fonctionnent pas correctement même si elle existent, au Maroc, il y a une reconnaissance internationale que ces structures fonctionnent, qu’elle reprennent la main au niveau du suivi des mouvements de capitaux ».

Interrogé sur l’impact de cette sortie de la liste grise, l’expert a expliqué que sur le plan international, « qu’on le veuille ou non, on est sous observation des institutions financières internationales, donc une bonne notation sur ce plan là, je ne dirais pas que cela nous donne une crédibilité à 100% mais c’est un élément qui est favorable dans des situations particulières, comme celle que nous vivons actuellement ».

Selon lui, le Maroc « a plus à gagner par le respect des normes et des réglementations internationales qu’en fermant les yeux sur certains mouvements ». 

Le pays n’a pas besoin de moyens de recours (dans le cas où il devait est maintenu sur cette liste ou encore transféré sur la liste noire, ndlr), « l’essentiel c’est la crédibilité au niveau de la performance économique réelle », a-t-il souligné.

Cette sortie de la liste grise « est une reconnaissance qu’il y a un retour à la normale, et que dans nos relations avec l’Union européenne, nous n’avons pas besoin de passer par des mouvements frauduleux, d’autant plus que tout ce qui est financier est surveillé à la l’échelle mondiale, notamment parce qu’on soupçonne que certains mouvements peuvent financer le terrorisme par exemple, donc il y a une surveillance tellement forte qu’il vaut mieux être dans la légalité« , a expliqué Omar Kettani en référence aux implications de cette sortie qui est un gage de confiance et de sécurité.

Et de noter que le blanchiment d’argent se fait dans les deux sens: « Le Maroc perd lorsque des villas et des résidences secondaires sont achetées en Espagne et en France etc« . « Cela nuit à l’équilibre financier et à la balance des paiements, donc c’est une bonne chose pour nous », a-t-il affirmé.

Pour rappel, le Conseil des affaires étrangères de l’UE, réunissant les 27 ministres européens des affaires étrangers, a adopté ses conclusions sur les juridictions non coopératives à des fins fiscales, à savoir l’acte formel de l’UE qui confirme l’avis positif du Groupe Code de Conduite du Conseil de l’UE (CCG) et enlevé le Maroc de l’Annexe II, la liste des juridictions en attente d’une évaluation de l’UE sur ses engagements en matière fiscale le 22 février, qui remet le Maroc dans la « Green list ».

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