Actes de vandalisme : Les 6 leçons de la destruction des biens publics par les jeunes

06 Mar 2021 à 08:36 Société
Actes de vandalisme : Les 6 leçons de la destruction des biens publics par les jeunes

À Casablanca, les actes de vandalisme sont devenus de plus en plus fréquents ces dernières années. Que ce soit lors d’une manifestation sportive, ou dans les espaces publics,  les « fauteurs de troubles » à la ville blanche ne ratent pas l’occasion de casser et de détruire tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Est-ce un manque d’éducation ou d’orientation ? Nous l’ignorons. 

Rien que récemment, une partie des nouveaux bus mis en service à la métropole pour une enveloppe budgétaire de 1,4 MMDH, ont subi des actes de vandalisme dénoncés sur les réseaux sociaux par les Casablancais. Plusieurs arrestations ont eu lieu, notamment des mineurs ayant participé à ces actes.

Le psychiatre, chercheur et expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe, Dr. Jaouad Mabrouki s’est d’ailleurs penché sur ce phénomène dans une analyse récente intitulée « les 6 leçons de la destruction des biens publics par les jeunes Marocains ! ».

Dans son analyse, Dr. Mabrouki avance que cette destruction récurrente des biens publics durant ces dernières années par des jeunes ne peut en aucun cas passer sans être analysée et sans poser un diagnostic puis un protocole thérapeutique préventif et curatif. Selon lui, arrêter les coupables et les punir est nécessaire dans l’immédiat, mais ne représente nullement une solution radicale, car ce phénomène désolant est réitérant.

« Ce comportement collectif violent des jeunes n’est en réalité qu’un symptôme prodromique annonçant une gangrène sociale à venir nécessitant l’amputation. Allons-nous attendre la thrombose et la gangrène ?« , s’interroge-t-il. Dans son analyse de ce phénomène social récurrent de la destruction des biens publics, le psychiatre a pu retenir 6 leçons qui, selon lui, pourraient alerter les responsables de la société.

La première leçon est l’absence de la consultation des jeunes. Selon Dr. Mabrouki « ceux qui vivent en haut de la société ne vivent pas la galère et la misère de ceux qui sont en bas de l’échelle, alors comment peuvent-ils trouver des solutions adaptées aux problématiques sociales » se demande-t-il. Il estime ainsi que « ce serait plus logique qu’un dialogue social soit instauré, car les solutions ne peuvent venir que de ceux qui vivent les difficultés. Les jeunes doivent être pris en compte et consultés pour l’établissement des plans sociaux, car eux seuls ont les solutions ! ». 

La seconde leçon, poursuit Dr. Mabrouk, reste la méconnaissance du pouvoir de la jeunesse. Il explique ainsi que la jeunesse est une réelle armée non organisée jusque-là et fonctionne en petits groupes pour le moment. « Le cerveau du jeune est d’une capacité cognitive supérieure de 100 fois à celle de l’adulte d’âge mûr et encore beaucoup plus à celle des séniors » fait-il remarquer notant qu’il est « regrettable d’écarter les jeunes dans la gouvernance sociale et de les mépriser en les considérant sans expériences et incapables ». 

Dans cette deuxième leçon, Dr. Mabrouki estime qu’il s’agit d’une grande erreur de penser que « les jeunes s’intéressent uniquement aux fêtes et à la drogue et qu’ils se moquent du bien-être social. Tristement, c’est parce que le potentiel des jeunes est méprisé et dénigré qu’ils plongent dans l’échec scolaire, les addictions et la délinquance ». 

L’échec de l’éducation nationale « deux écoles, deux vitesses », est la 3e leçon tirée par le psychiatre qui souligne que l’enseignement est en agonie. Il explique cela par le fait que l’enseignant et les parents sont désespérés et que l’enseignement privé est arrivé pour enterrer l’école marocaine. Puis il y a l’échec de l’éducation religieuse, ou encore l’injustice sociale et l’absence du sens d’appartenance à la société.

« Le cerveau du jeune a un sens de la justice très développé. Rapidement, il met le doigt sur le dysfonctionnement social et réclame une justice sociale équitable. Un enfant qui va à l’école publique, car les parents n’ont pas les moyens, vit ceci comme une véritable injustice et commence à haïr la société. Lorsqu’un enfant vit dans des conditions misérables, dort dans le froid, dans quelques mètres carrés, sans pouvoir manger à sa faim, ni se faire soigner, alors que d’autres roulent sur l’or, comment voulez-vous qu’il ait le sens d’appartenance sociale et œuvre pour le bien de son pays ? », questionne Dr. Mabrouki.

Pour lui, « le cerveau du jeune ne permet pas d’accepter ou d’intégrer l’injustice sociale. Celle-ci produit chez lui un stress chronique qui tôt ou tard doit être extériorisé sous forme de colère violente ».

La 6e et dernière leçon tirée par le psychiatre est la dignité citoyenne et l’absence de la liberté individuelle. Dans ce dernier point, Dr. Mabrouki, note que « le Marocain est privé de sa liberté individuelle depuis son enfance. Il n’a ni le droit de s’exprimer librement, ni de critiquer ouvertement, prisonnier des dogmes religieux, sociaux et parentaux. À l’adolescence, il sent que sa dignité est lésée par tous les facteurs cités ci-haut, ainsi il réagit par la violence, détruisant des symboles de la tutelle« .

Le chercheur et expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe en conclut qu’en « détruisant les biens publics, les jeunes lancent un appel au secours ».

Arriverons-nous à entendre cette sirène qui retentit?

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