Ambassadeur d’Égypte au Maroc: Le Caire n’a jamais reconnu le polisario

25 Fév 2021 à 10:48 Monde
Ambassadeur d’Égypte au Maroc: Le Caire n’a jamais reconnu le polisario

Les relations entre le Maroc et l’Égypte sont millénaires et la coopération entre les deux pays est très importante sur le niveau continental. Mais ces relations continuent d’être tourmentées par l’Algérie. Pour faire le point sur la situation, Hespress FR a rencontré Achraf Ibrahim, l’ambassadeur d’Égypte au Maroc.

Si la guerre médiatique lancée par le pouvoir algérien contre le Maroc et son intégrité territoriale n’échappe plus à personne, ces attaques répétitives ont récemment atteint un autre niveau.

Ces derniers temps, la presse algérienne s’enflamme et tente de manipuler les diplomates étrangers affectés à Alger en essayant de contrecarrer les récentes percées diplomatiques du Maroc sur le dossier du Sahara, et de compromettre les relations diplomatiques avec certains pays, notamment l’Égypte.

Les relations entre le Maroc et l’Egypte sont importantes et historiques. Aujourd’hui comment les décririez-vous? Comment voyez vous l’avenir commun entre les deux pays?
Dans quels domaines peut-on approfondir nos relations?

Je peux confirmer que les relations entre l’Egypte et le Maroc sont très bonnes. Comme vous l’avez dit, ce sont des relations historiques qui ont duré plus de 1500 ans. Les relations bilatérales se fondent sur des relations qu’on peut considérer comme familiales. En Egypte, on a beaucoup de familles qui sont d’origine marocaine, ce sont les familles qui se déplaçaient pour le pèlerinage et qui se sont installées en Egypte soit en y allant soit en en retournant. Il y a des familles qui se sont installées définitivement en Egypte et d’autres qui s’y sont installées puis sont revenus définitivement au Maroc.

Les relations bilatérales, je peux confirmer qu’elles sont excellentes à tous les niveaux, ce sont des relations stables. Il n’y a pas vraiment de problèmes entre les deux pays.

Elles sont passées aussi par quelques périodes moins positives…

Comme dans toutes les relations entre pays, il y a des hauts et des bas, et on a eu bien sûr des bas comme des hauts depuis les années 1950. Pendant la période de Nasser, on a eu à un certain moment un peu de tension. Ces tensions sont survenues parce que le type de régime dans les deux pays à l’époque (était différent) une monarchie au Maroc, un régime révolutionnaire socialiste en Egypte. Alors dans les années 50-60, il y a eu un peu de tensions, pas beaucoup, mais il y a eu des tensions. Et là, on ne peut pas oublier qu’à l’époque de Nasser, le mouvement de libération du Maroc était installé en Egypte.

Depuis le départ de Nasser et l’arrivée de Sadat, après Moubarak, et ainsi de suite, les relations sont très stables, très bonnes, il y a beaucoup de coopération dans tous les domaines.

Photo Souhail Rmidi

Ces dernières années, il y a eu quelques épisodes de « froid ». N’est-ce pas ? On se rappelle de certaines tensions, jusqu’en 2015 quand le Caire a cherché l’apaisement avec Rabat.

Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu une période de froid entre les deux pays. Je lis ça dans les journaux, mais on ne peut pas dire « froid ». Je crois que les relations ont toujours été bonnes, comme je l’ai dit il y a eu une ou deux crises qui ont été tourmentées par d’autres parties.

Je sais que parfois les peuples sont sensibles à propos de quelques points et sujets, et c’était un malentendu qui a été amplifié dans les médias. Le premier c’était une faute commise par une présentatrice de télévision, et là je comprends très bien parce qu’elle était fautive, et le même jour elle a été écartée. Le deuxième (épisodes de crise) c’était au niveau médiatique, je peux comprendre un peu les sentiments des Marocains lorsqu’ils trouvent des personnes représentant le polisario en Egypte. Mais sur ce sujet-là, nous avons beaucoup discuté avec le gouvernement marocain, il sait très bien et comprend très bien que sur le niveau africain, le polisario est membre de l’Union africaine, alors quand il y a une réunion, on n’invite pas mais on doit les accepter. Il y a eu un malentendu parce que le président égyptien a reçu toutes les délégations, mais il s’agissait du niveau africain, mais sur le niveau bilatéral, nous avons une position claire (…) et au niveau du gouvernement marocain, ils comprennent très bien cette différence entre le travail sur le niveau africain et le niveau bilatéral.

Mais coup de froid entre les deux pays ? Non je ne crois pas, il n’y en a jamais vraiment eu, il y a eu quelques crises qui ont été traitées sur le coup.

Quels sont les domaines d’intérêt commun entre le Maroc et l’Egypte ?

On a vraiment beaucoup de dossiers qui intéressent les deux pays, on travaille ensemble là-dessus. Aujourd’hui, il y a la Libye bien sûr, il y a le contre-terrorisme, la cause palestinienne qui lie tous les pays arabes….

Sur le niveau économique, les relations sont très bonnes, je crois qu’on avance très rapidement. Cela a néanmoins été un peu ralenti par la crise du covid-19, mais on continue de progresser sur ce dossier.

Photo Souhail Rmidi

Comment envisagez-vous les futures relations et dans quels domaines peut-on les approfondir ?

Personnellement je vois que les relations entre les deux pays sont sur la bonne voie. Comme j’ai dit, elles sont excellentes, je crois qu’on progresse très bien et les deux pays ont un rôle à jouer ensemble sur le niveau international, mais plus important encore sur le niveau arabe et africain. Ce sont deux pays qui sont presque au même niveau de développement, ils ont beaucoup de relations avec les autres pays africains. Le Maroc a de bonnes relations avec les pays dans l’Ouest de l’Afrique, l’Egypte dans l’Est de l’Afrique et le Sud, alors on peut vraiment être complémentaires pour les intérêts des deux pays et ceux du continent africain.

 Il y a récemment eu une sortie médiatique très remarquée d’Aymen Machrafa, l’ambassadeur d’Egypte à Alger, concernant une question nationale marocaine. Quel est votre regard sur cette sortie hors des clous diplomatiques?

Bien sûr j’ai suivi tout ce qui a été dit dans les médias marocains sur ce sujet. C’est un sujet un peu sensible, très populaire, les gens suivent ce qui se dit ici et là, lorsqu’un pays va ouvrir un consulat à Dakhla ou à Laâyoune, qu’il s’agisse de l’Egypte ou un autre pays.

J’ai vu que tout d’un coup, il y a eu des informations selon lesquelles l’Egypte allait ouvrir un consulat, et beaucoup de journalistes m’ont appelé pour me demander et j’ai expliqué que personnellement je n’ai aucune information là-dessus puisque c’est une décision qui se prend à un niveau plus haut. Et je crois avoir lu que le ministère des Affaires Etrangères marocain a précisé que ce genre d’information doivent être citées par les sources appropriées en expliquant qui étaient ces sources, à savoir le ministère des Affaires Etrangères marocain ou des sources officielles égyptiennes.

Quand il dit que l’Egypte n’ouvrira pas de consulat à Laâyoune, est-ce que c’est la position officielle de l’Egypte?

Personnellement je n’ai aucune idée, je ne peux ni confirmer ni infirmer (l’ouverture d’un consulat d’Egypte dans les provinces sahariennes du Maroc).

Concernant notre ambassadeur à Alger, ce que j’en dis c’est qu’il ne faut pas chercher à prendre une position d’ici ou là. On lui pose une question, mais lui ne sait pas.

Mais il a pris position…

Je sais, et ça a été amplifié. Ce que je n’aime pas c’est quand beaucoup de médias disent +l’Egypte a pris position+. On a pas pris position (sur la question de l’ouverture ou non d’un consulat). Notre position (au sujet du Sahara) est claire, connue et bien comprise, le gouvernement marocain connait très bien notre position, on en discute sur les niveaux appropriés.

Photo Souhail Rmidi

Finalement la position de votre homologue est plutôt personnelle ?

Non je ne pense pas. Peut-être qu’il a été pris par surprise (rires) C’est un collègue, un diplomate confirmé qui a une longue carrière. Parfois, vous êtes pris par surprise (rires).

Ce n’est pas la première fois qu’on voit un ambassadeur affecté à Alger prendre part au thèses algériennes concernant le Sahara. Que pensez-vous de cette tendance en Algérie de vouloir faire sortir les ambassadeurs des clous diplomatiques ?

Mais ça se répète, il y a eu le même problème avec l’ambassadeur palestinien à Alger. C’est juste que les médias essayent de trouver un scoop. (…) C’est un jeu qui se joue dans tous les pays. De toutes les façons, comme je vous ai dit, un journaliste cherche un scoop et un ambassadeur finalement ne sait pas tout. Et cette décision, elle se prend à un très haut niveau.

Jusqu’ici l’Egypte a essayé de garder une certaine neutralité sur le dossier du Sahara, seulement le statu quo n’est plus une option viable. L’Égypte a pris part à la conférence ministérielle de soutien au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, organisée sous la présidence marocaine et américaine le 15 janvier 2021. Dans la déclaration finale, « les participants se sont engagés à poursuivre leur appel à trouver une solution basée sur le plan d’autonomie marocain comme seul cadre de résolution du Conflit du Sahara ». Quelle est la position officielle de l’Egypte concernant le conflit du Sahara ?

Ce n’est pas une neutralité (…) Nous en tant qu’Egypte, on a jamais reconnu le polisario, jamais. L’Egypte voit que cette question (du Sahara) doit être résolue sous l’égide des Nations Unies, et on estime que le plan d’autonomie proposé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, constitue une très bonne base pour trouver une solution juste et durable. Et je crois que c’est la position de beaucoup de pays, qui ont participé à cette conférence et la déclaration que vous avez lue, elle dit la même chose.

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