Rabat : Le refuge ADAN saccagé, plusieurs chiens blessés, un fléau sans fin

10 Fév 2021 à 08:34 Société
Rabat : Le refuge ADAN saccagé, plusieurs chiens blessés, un fléau sans fin

La violence envers les animaux au Maroc continue de faire des dégâts. Et c’est l’Association de Défense des Animaux et de la Nature (ADAN) située à Rabat qui en a fait les frais dimanche, après avoir découvert son refuge saccagé par un groupe de jeunes qui ont blessé une dizaine de chiens et volé de la nourriture et des médicaments.

C’est un nouveau drame qui entoure la cause animale au Maroc. Après l’abattage de chiens, l’empoisonnement de chats ou encore le meurtre d’un troupeau de moutons, le fléau de la violence envers les animaux continue et vise cette fois-ci l’Association de Défense des Animaux et de la Nature (ADAN), qui prend en charge des centaines de chiens et de chats dans la capitale marocaine, malgré les difficultés rencontrées suite à la propagation du coronavirus et aux conséquences lourdes de la crise sanitaire.

Dans une publication postée sur les réseaux sociaux, ADAN a lancé un appel à l’aide après le drame survenu dans son refuge où de nombreux chiens ont été blessés par des pierres et des verres jetés par un groupe de jeune qui s’est introduit dans l’établissement, dimanche dans l’après-midi.

L’association fait également état de matériaux détruits, de médicaments et nourritures volés. « Une chose terrible est arrivée au refuge hier. On a été cambriolé et saccagé. Ils ont jeté des pierres et du verre sur nos chiens. Certains d’entre eux saignent encore. Il y a du verre brisé et des pierres partout », écrit l’Association qui ajoute :

« On a perdu des tonnes de nourriture pour nos chiens, des médicaments, de la paperasse. Pourquoi ? On avait fait tellement de progrès dernièrement, l’on avait assez de nourriture pour le mois, on avait collecté des médicaments et d’autres dons. Mais ils ont tout détruit ».

« Grâce à la rapidité d’esprit des employés du refuge, la majorité des derniers dons que nous avons collectés avaient été enfermés en lieu sûr loin du refuge. Mais la nourriture – trop de nourriture a été saccagée. Des paquets ont été volés, d’autres ont été détruits. Pourquoi ? Là, on compte et on examine chacun de nos chiens. J’espère qu’aucun ne manquera à l’appel, qu’aucun n’est gravement blessé. On serait dévasté. #JusticeforADAN »

Un manque de sensibilisation alarmant envers la cause animale au Maroc

Contacté par Hespress FR, le président de l’Association de Défense des Animaux et de la Nature, Ahmed Tazi s’est dit profondément choqué et attristé par la violence du drame survenu au sein du refuge.

« C’était un dimanche alors que nos gardiens prenaient une pause. Ces gens malveillants ont profité de cette absence pour se faufiler à l’intérieur du refuge avant de saccager tout ce qui avait autour, vandalisé l’établissement et ont jeté beaucoup de bouteilles en verre sur nos chiens », raconte-t-il, faisant état d’une dizaine de chiens blessés au sang, dont un gravement touché qui a dû être emmené d’urgence pour des soins.

Les vandales ne se sont pas arrêtés là et ont déchiré une dizaine de sacs de croquettes pour occuper les chiens afin de voler les matériaux de l’association, des médicaments, des traitements hors de prix et des sacs de nourritures « dont nous avions particulièrement besoin étant donné la situation de la crise sanitaire », regrette notre source qui déplore « un manque d’éducation et de sensibilisation envers la cause animale ».

Particulièrement ému, Ahmed Tazi regrette un « manque de solidarité dans cette période difficile en vue de la propagation du coronavirus ».

Jusqu’à présent, les membres de l’association ignore la raison pour laquelle ces individus ont commis ces atrocités. Le président parle d’une bande de jeunes qui a été aperçue par le voisinage. Aucune enquête n’a été ouverte pour connaître les tenants et les aboutissants.

Un appel à l’aide

Il y a seize ans, Ahmed Tazi et sa sœur Habiba ont fondé cette organisation à but non lucratif. Depuis ils mènent un combat sans fin pour arrêter le fléau des chiens et chats errants dans les rues dont la plupart sont victimes de violences sans fin.

Ce combat c’est aussi celui de mettre en lumière la difficulté de prendre en charge des milliers d’animaux errants, victime de la violence d’une société qui n’est pas assez éveillée sur la question, et plus particulièrement lors de cette période exceptionnelle qui handicape l’association à avancer dans sa lutte.

« C’est une période particulièrement difficile pour nous. Nous cherchons désespérément de la nourriture pour nos animaux, des médicaments pour les soigner, des meubles pour les mettre à l’abri, des donations pour payer nos factures chez le vétérinaire. Les animaux sont également impactés par ce qui se passe. C’est tellement triste d’en arriver la », s’attriste le militant.

« Nous espérons que ce malheureux drame permettra aux personnes d’être plus conscient quant à la question de la cause animale au Maroc, que les animaux ont besoin de nous, de notre aide, de notre engagement et de la solidarité de tout être », cela joue sur l’éthique, sur l’éducation et sur la santé », souligne-t-il.

Qu’en est-il de la défense des animaux au Maroc?

Le Maroc n’est pas encore ouvert à la méthode de sensibilisation et les animaux dépendent complètement des humains pour survivre et sont plus ouverts à la socialisation, le consensus général est qu’il n’y a pas d’autre choix humain que de leur donner une chance de vivre dans une maison ou dans une ferme.

Le Maroc, n’aura malheureusement jamais assez de maisons ou d’abris pour accueillir ses chiens errants, le pays ne bénéficiant que d’un pauvre nombre d’associations qui dépendent des dons de bénévoles.

Le seul choix humain, dans le cas du Maroc, est de stériliser les chiens errants, de les vacciner contre la rage et d’autres maladies, de les étiqueter et de les laisser vivre librement à l’extérieur.

Les balles, le poison et la famine forcée peuvent temporairement effacer une zone de chiens indésirables, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’une nouvelle meute n’entre et continue de se reproduire.

Avec les ressources appropriées, les ONG et les associations de protection des animaux peuvent relever ce défi avec des services vétérinaires, une alimentation régulière et des programmes de tutelle.

Aucune solution concrète

En 2019, une circulaire du ministère de l’Intérieur était envoyée à toutes les communes du Maroc pour “fixer un cadre réglementaire de coopération entre le ministère de l’Intérieur, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires et le Conseil de l’ordre national des vétérinaires dans le domaine de la prévention des maladies dangereuses transmises par les chiens et les chats errants, en particulier la rage. Afin également de prévenir la prolifération de ces animaux de manière dangereuse”.

Dans cette circulaire datant de février 2019, l’Intérieur promet la vaccination, la stérilisation, et idéalement l’adoption des animaux.

Pourtant pour l’instant comme le souligne Ahmed Tazi, aucun projet n’a été mis en vigueur. Le président de l’association, soutenu par celle de Brigitte Bardot, parle également d’une promesse de subvention par l’Etat, dont son refuge n’a pas encore bénéficié bien que le Roi Mohammed VI ait ordonné la fin de l’abattage et l’instauration d’une loi pour protéger les animaux.

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