Monsieur El Otmani, sommes-nous des sous-citoyens ?

21 Jan 2021 à 22:01 Politique
Monsieur El Otmani, sommes-nous des sous-citoyens ?

Quels que soient nos âges, nos fonctions, nos niveaux d’instruction ou nos lieux de résidence, nous sommes avant et après tout, des citoyens marocains, qui s’informent, s’interrogent et veulent des réponses. Ces réponses qui ne viennent jamais, ou même quand c’est le cas, nous donnent l’impression d’être des citoyens de catégorie inférieure à nos semblables ailleurs.

Si je dis ça, c’est parce que j’ai eu mal, très mal, et j’imagine que je n’étais pas la seule, quand j’ai vu le comportement de nos responsables dans la gestion, aussi bien sanitaire que sociale et psychologique, de la crise liée à la pandémie du coronavirus.

De par mon travail, qui fait que je suis au quotidien affrontée à un flux très important et très diversifié d’informations, j’ai pu, relativement du moins, voir comment est traitée l’opinion publique ailleurs qu’au « plus beau pays du monde ».

Nous avons longtemps tenu le ministre en charge de la Santé, Khalid Ait Taleb, de responsable de cette «opacité impénétrable» autour de la situation réelle de la vaccination anti-covid au Maroc, de ce mystère bien entretenu qu’est le vaccin. Ce sacro-saint, dont on a entendu parler, mais jamais vu la couleur, en dépit des nombreuses dates « fuitées » à la presse pour calmer les esprits et entretenir l’espoir l’un lendemain meilleur.

Pour nous, Ait Taleb était « coupable » d’absence de communication, du peu de cas qu’il fait des angoisses et des appréhensions de ses concitoyens qu’il est censé servir. Ce sentiment est d’autant plus douloureux quand on voit les actes sous d’autres cieux.

En effet, alors que 6 pays européens devaient subir des retards de livraison du vaccin Pfizer/BioNTech, leurs ministres de la Santé ont demandé des explications dans une lettre commune.

Ainsi, les ministres du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de la Lituanie, de la Lettonie et de la Suède ont dénoncé dans cette lettre une situation « inacceptable » portant préjudice à la « crédibilité du processus de vaccination ».

« Nous sommes dans l’obligation d’informer notre population et les groupes particulièrement à risque (…) que leur vaccination sera retardée, en dépit des efforts exceptionnels de nos gouvernements pour assurer une livraison dans les temps », écrivent les signataires de cette lettre.

Le message est clair : Il y a retard ? Si oui pourquoi ? Sinon, quand ? Car nous sommes TENUS par l’obligation d’informer l’opinion publique.

Le ministre de la Santé était donc coupable de ne pas tenir compte justement de cette opinion publique, livrée aux rumeurs, aux audios des uns et vidéos des autres.

Mais au vu de l’intervention, mardi, du chef du gouvernement, Saad Eddine El Otmani lors d’une séance à la Chambre des conseillers sur la stratégie nationale de vaccination, il est clair que le mystère et son entretien, est un fait de l’Exécutif dans sa globalité.

En effet, notre chef de gouvernement a cru bon de nous servir, encore une fois, la thèse du complot. Celui ourdi contre le Maroc par les fournisseurs du vaccin.

Ssi El Otmani était fier de nous dire que « Lah ghaleb », les fournisseurs ont préféré se servir d’abord, avant de se tourner vers nous, « comme nous-mêmes avons fait pour les masques ». Est-ce une surprise ? Devions-nous être étonnés ? Ou convaincus ?

Non assi El Otmani, loin de nous rassurer ou de nous convaincre, cette intervention a semé davantage de trouble et accentué les incertitudes.

Car en fait, le Maroc a été lâché par un fournisseur, après avoir lui-même lâché son premier fournisseur, qui de l’avis de plusieurs sources, était plus fiable en termes de respect des accords sans plus, le produit, l’AstraZeneca, étant le même.

Interrogé à ce propos, Aziz Ghali, présidente de l’AMDH, mais surtout pharmacien de profession explique que « le groupe AstraZeneca a diversifié ses sites de production à travers le monde pour pouvoir servir plusieurs continents à la fois. AstraZeneca a ainsi donné sa licence de production à R-Pharma pour servir l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, puis le laboratoire en Inde (SII) pour servir l’Asie, puis un laboratoire au Brésil pour servir l’Amérique Latine et elle s’est gardée la production du vaccin pour l’UE et les USA» .

« À la base, le fournisseur du Maroc en doses de vaccin, et comme l’indique le mémorandum, c’est R-pharm. La question qui se pose maintenant, est de savoir qui a décidé de changer de fournisseur et se diriger vers l’Inde », s’interroge Aziz Ghali.

Selon lui « il y a deux possibilités. Soit il y a eu un accord qui a été fait en cachette et que nous ignorons, soit il y a une pression de la part d’une partie externe ».

Il précise encore que le Maroc avait un avantage avec le laboratoire Russe R-Pharm comme fournisseur, contrairement au laboratoire Indien qui devait servir son pays en premier.

Donc R-Pharm n’a pas besoin de servir son pays d’origine la Russie, qui se fait vacciner avec son propre vaccin Spoutnik V, et n’aurait ainsi pas pris de retard. Alors pourquoi l’avoir changé ? Nous demandons juste une explication.

Pour Aziz Ghali, le motif ne peut pas être financier parce qu’il n’y a pas une grande différence de prix entre les deux producteurs. R-pharm propose l’unité à 2,30 jusqu’à 2,50 dollars tandis que l’Inde avance un prix de 1,90 à 2 dollars l’unité.

Alors pourquoi ? Pourquoi avons-nous du retard alors la campagne bat son plein de par le monde, des pays ayant même entamé la deuxième phase de vaccination, soit la 2è dose qui est administrée minimum 4 semaine après la première ?

Nous comprenons parfaitement que la course est mondiale, que des pays sont mieux nantis que d’autres et seront servis en premier, qu’il y en a même qui font dans la spéculation, dans l’absence totale d’une quelconque solidarité…Mais Ssi El Otmani, ceci n’explique pas cela, et ne veut aucunement dire que nous sommes, nous autres Marocains, des sous-citoyens.

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