L’AMCDD se dédie à un « Urbanisme collaboratif à Casablanca »

L’AMCDD se dédie à un « Urbanisme collaboratif à Casablanca »

Dans le cadre du projet « Urbanisme collaboratif à Casablanca », l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable AMCDD a organisé la première rencontre interactive d’un cycle de 5 visioconférences pour traiter de 5 domaines vitaux, en l’occurrence l’économie, la mobilité, le paysage urbain et l’environnement, la démocratie participative et la participation citoyenne.

Cela s’inscrit dans le cadre du programme « Moucharaka Mouwatina » (participation citoyenne), mis en œuvre par UNOPS (Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets) avec l’appui financier de l’Union européenne. Une trentaine d’organisations de la société civile, ont été retenues bénéficiaires de subventions de l’Union européenne à travers le Royaume pour la mise en œuvre de leurs projets dans les domaines de la jeunesse, de l’égalité femmes-hommes et de l’environnement dont justement l’AMCDD.

Pour sa part, cette dernière et pour honorer le programme, fera perdurer l’initiative des visioconférences tous les jeudis du 14 janvier au 11 février. La première visioconférence de cycle a donc porté sur le thème« Comment agir sur les causes et réduire les conséquences de l’urbanisme non collaboratif à Casablanca , dans le domaine des espaces verts ». Ces rencontres virtuelles seront suivies d’ une table ronde en présentiel, qui sera organisée avec les responsables de l’urbanisme et les élus de la ville les jeudis 18 et  25 février 2021. Une rencontre élargie avec les représentants des parties politiques sera organisée, pour clôturer ce cycle par une conférence de presse le 12 Mars 2021.

Lors de cette rencontre, les intervenants et présidents d’association des architectes paysagistes Mmes Salima Belemkeddem et Maria Al Iraqi ont précisé l’importance des espaces verts pour sauvegarder la santé et assurer un cadre de vie digne à travers de nombreux chiffres, données et projets de création de grands et petits jardins ou parcs dans les quartiers, l’importance de l’agriculture urbaine et ses rôles. Fouad Amraoui chercheur et professeur d’université dans le domaine de l’eau et président d’ARAD, a pour sa part souligné la nécessité de la préservation des ressources en eau extraites du traitement et de la purification de l’eau à Casablanca.

« Le type d’urbanisme qui caractérise la métropole économique en a fait, c’est certain, une ville très bétonnée, réduisant la proportion et les rôles des espaces verts et leurs capacités à assurer la santé physique et psychologique de ces citoyens », nous dit Abderrahim Ksiri, Coordinateur national de l’AMCDD, président de l’AESVT- MAROC et président de la commission de l’environnement et du développement durable du Conseil économique.

Dans un entretien à Hespresse fr, Abderrahim Ksiri qa indique qu’il d’agit là « d’un type d’urbanisme qui occulte l’espace vert et donc le développement économique et social, les capacités d’adaptation et de résilience au changement et notamment aux fortes précipitations comme dernièrement ».

« Cette première rencontre d’un cycle de cinq qui s’est déroulée jeudi dernier a permis aux acteurs scientifiques, sociologiques architectes paysagers, ingénieurs, chercheurs et citoyens participant à ce projet, de présenter leur analyse sur l’état des lieux actuel de la ville, et de planter le décor futur et de voir comment améliorer l’importance et le rôle des espaces verts à Casablanca afin de réduire ou surmonter un certain nombre de problèmes du paysage urbain casablancais« , a-t-il ajouté.

Cette première rencontre qui s’est voulue dans la continuité des travaux entrepris depuis fin 2019, n’est en fait que le premier aboutissement et une première conclusion de la participation des différents acteurs scientifiques, associatifs, architectes et chercheurs sélectionnés pour  participer durant l’année dernière à une série de formations et ateliers interactifs où ils ont eu une lecture des points forts et des faiblesses de l’urbanisme non collaboratif au niveau de Casablanca et ses conséquences sur les 5 domaines vitaux, susmentionnés.

Au cours de cette réunion, Imad Rachid, Coordinateur régional du Programme Moucharaka Mouwatina financé par l’UE/ UNOPS pour la « Région Casablanca-Settat », a mis en évidence ce projet « unique en son genre sur l’urbanisme, porté par l’AMCDD et financé par l’Union européenne dans le cadre du Programme de participation de Moucharaka Mouwatina » et dont l’objectif, consiste à contribuer à l’amélioration du cadre de vie des casablancais par la promotion d’un urbanisme collaboratif, inclusif et harmonieux respectueux de l’environnement, de la santé et du bien-être des citoyens. « Il a également souligné l’importance de la formation et la qualité des documents produits et soutient le projet en entier », note également Abderrahim Ksiri.

Le coordinateur national de l’AMCDD a, quant à lui, indiqué que « l’urbanisme est le premier déterminant de l’avenir des villes, de leur croissance et de leur développement car, toute erreur a des conséquences négatives ou positives, que ce soit sur la mobilité, le logement, le bien-être, l’‘économie et la santé des citoyens », soulignant qu’à Casablanca, « de grands efforts ont été consentis et que la métropole est considérée comme le laboratoire de l’urbanisme au Maroc, au regard des nombreux plans et conceptions pour le développement urbain, notamment après la création de l’Agence Urbaine en 1984 ».

Cependant poursuit-il,  « il faut un changement rapide de ce modèle d’urbanisme et un renforcement de la participation effective des citoyens et des acteurs concernés avec de nouveaux mécanismes qui soient adaptés à la réalité marocaine, et capables de la développer vers un urbanisme collaboratif ».

Le président de l’AESVT-Maroc déplore dans ce cadre que  Casablanca, « avec plus de 50 000 universitaires et professeurs, des milliers d’associations, d’ingénieurs et de cadres, toutes ces compétences ne sont pas utilisées à bon escient dans le cadre de l’urbanisme collaboratif ».

Et de se comparer à d’autres: « Dans un grand nombre de villes européennes et de pays démocratiques développés, une l’implication citadine est réelle dans la création d’espaces communs et les propositions finales, sont imposées aux architectes. Cela a permis aux citoyens de s’approprier les lieux et les espaces de leur vie ».

Il se remémore dans ce cadre les propos de la maire de Paris, Anne Hidalgo, lors d’une visite au Maroc, quand elle avait confirmé qu’elle « avait eu tort dans un premier temps de traiter avec des ingénieurs, des techniciens et des fonctionnaires sans impliquer les acteurs concernés et les habitants. Le tir a été rectifié en privilégiant le participatif, cela a permis de mettre en avant la force d’innovation et la diversité, économique environnementale, sociale et culturelle, une plus grande créativité et surtout, cela a répondu aux besoins de la population qui possède désormais ses espaces les utilise et les préserve« .

A Casablanca, regrette Abderrahim Ksiri, « les espaces verts, jardins, parcs à arbres à plusieurs feuilles, absorbant la pollution, où le calme règne… censés contribuer à la santé citoyenne, au social, à l’environnemental et l’économie sont très rares voire inexistants. Ceux existants n’on que le simple rôle d’embellissement ou de décoration, (espaces herbeux avec des palmiers dans lesquels il y a peu de feuilles) ». On comprend donc la réduction significative des zones de filtration des eaux de pluie dans la ville, en raison de la faiblesse des parcs et jardins. « Les nouvelles normes internationales et dans les pays développés, poursuit notre interlocuteur, stipulent que chaque citoyen doit trouver des jardins ou des parcs à moins de 300 mètres de son domicile et des espaces verts d’une superficie de 2 à 20 hectares à une distance de 2 kilomètres ».

On en est loin. Il n’y a qu’à voir le développement de Bouskoura qui pourrait constituer le poumon de Casablanca. Les participants à cette visioconférence organisée par l’AMCDD, ont d’ailleurs souligné la nécessité de faire face aux spéculations immobilières et à l’extension de l’urbanisation au détriment des espaces verts, agricoles et même maritimes, tout en réfléchissant sur l’aménagement territorial, selon une approche participative prenant en compte les critères de dignité et du développement durable.

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