Le SIDA touche 21.500 Marocains. Entretien avec le directeur pays d’ONUSIDA

01 Déc 2020 à 14:58 Société
Le SIDA touche 21.500 Marocains. Entretien avec le directeur pays d’ONUSIDA

Le monde célèbre le 1er décembre la journée mondiale de lutte contre le SIDA, un virus qui continue de faire des victimes silencieuses. Malgré les avancées scientifiques, cette maladie ne bénéficie toujours pas d’un traitement définitif, ni de vaccin. Kamal Alami, directeur pays pour le Maroc de l’ONU SIDA revient pour Hespress FR sur les dernières données sur le SIDA dans le Royaume et la nouvelle stratégie de l’ONU SIDA.

Alors que le SIDA n’a toujours pas trouvé de remède définitif depuis 30 ans sans l’ombre d’un vaccin, le coronavirus a réussi à créer une course mondiale à la recherche d’un vaccin en l’espace de quelques mois. Plusieurs représentants de la société civile qui lutte contre le SIDA ont fait ce parallèle.

«D’abord l’ONU Sida plaide pour le vaccin anti-covid et pour que tout le monde bénéficie de cette vaccination y compris les personnes clés concernées par le VIH, mais les virus ne sont pas les mêmes, ils ont des caractéristiques différentes. Le VIH c’est un virus qui mute très rapidement, il a des caractéristiques très spécifiques», indique le représentant de l’ONU SIDA au Maroc.

« Bien sûr ces efforts qui ont été faits pour la covid-19 donnent une lueur d’espoir et ça veut dire qu’il faut accélérer les recherches pour un vaccin pour le VIH. C’est pour ça que pour la journée mondiale du SIDA a été mise sous le thème de la solidarité mondiale et de responsabilité partagée. C’est pour montrer qu’une solidarité mondiale peut aider à vaincre une pandémie y compris le covid-19 mais aussi le VIH », ajoute-t-il.

Une faible prévalence au Maroc

Au Maroc, selon les dernières estimations qui ont été faites par le ministère de la Santé et l’ONU SIDA en 2020 (qui concernent 2019), le nombre de personnes vivant avec le VIH est de 21.500, 840 nouvelles infections et 300 décès.

« La situation épidémiologique au Maroc est caractérisée par une faible prévalence du VIH dans la population générale mais une épidémie plus concentrée parmi les population clés, certaines populations vulnérables, qui ont une prévalence plus élevée » affirme Kamal Alami.

Au niveau du dépistage, « il y a eu des grands efforts déployés » et par un travail d’équipe entre le ministère, l’ONU SIDA et la société civile afin d’assurer la continuité des services, ce qui a « permis d’éviter le pire » pendant la crise du coronavirus notamment pendant le confinement.

« La stratégie de dépistage a beaucoup progressé » relève-t-il, notant le travail important fourni par les associations de lutte contre le SIDA qui travaillent avec les populations exposées et qui ont mis en place des approches de dépistage communautaires.

« Egalement les stratégies de dépistage dans les services de santé » qui ont connu un élargissement des capacités de dépistage dans les établissements de soins de base, selon M. Alami qui cite 1500 centres de dépistage du VIH qui ont ciblé aussi bien pour les femmes enceintes qui entrent dans le cadre de l’élimination de la transmission mère-enfant, et aussi le dépistage initié par les médecins et prestataires, note encore le responsable d’ONU Sida.

Des médicaments à domicile pendant la covid-19

« Pendant la période du covid-19 bien sûr les activités ont été beaucoup perturbées, ça c’est aussi au niveau mondial » mais ces répercussions n’ont pas touché les personnes sous traitement, estime-t-il, grâce à la stratégie de dispensation des médicaments sur plusieurs mois pour éviter que les gens arrêtent leur traitement.

« Au niveau global, il y a eu des répercussions sur les programmes de dépistage qui ont diminué dans beaucoup de pays, parce que les gens ne sont pas allés faire de dépistage du VIH. Cette diminution a également touché la prévention mère-enfant, c’est-à-dire les femmes enceintes dans le cadre du suivi de la grossesse, beaucoup moins de femmes ont fait le dépistage VIH, même chose pour les populations clés qu’il s’agisse des travailleuses du sexe ou des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, tous les programmes de prévention qui sont mis en œuvre ».

Concernant le traitement, « il y a tout un travail qui a été fait pour dispenser les médicaments à domicile pour les personnes vivant avec le VIH ou bien par l’intermédiaire des ONG pour éviter les visites à l’hôpital », les personnes atteintes du VIH ont reçu des stocks de médicaments de trois à six mois depuis le début du confinement.

De nouvelles formes de traitement attendues

Ces dernières années, les scientifiques parlent de nouveaux traitements comme des antirétroviraux qui agissent sur plusieurs mois et qui permettront de ne plus avoir à prendre des médicaments tous les jours pour les personnes atteintes du SIDA.

« Cela fait partie de la nouvelle stratégie de l’ONU SIDA qui est élaborée, et justement dans le dernier rapport publié la semaine dernière, il trace les nouvelles cibles de l’ONU SIDA, qui seront des cibles mondiales pour la lutte contre le SIDA après leur adoption par les Nations unies en juin 2021. Ce sont des cibles très ambitieuses par leur couverture, notamment par le dépistage », indique Kamal Alami.

Alors que jusqu’ici il y avait stratégie des objectifs 90-90-90, « elle n’a pas encore été atteinte en totalité, mais là les chiffres sont encore plus ambitieux pour 2025″ note le directeur pays pour l’ONU SIDA.

L’organisation onusienne part sur les « six 95 » qui font que 95% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, et 95% parmi eux accèdent au traitement et 95% parmi eux ont une charge virale indétectable, mais aussi 95% des femmes enceintes et femmes en âge de procréer accèdent aux services de dépistage du VIH, et que 95% des populations clés accèdent à la prévention combinée, expliqu-t-il.

Et d’aouter que la stratégie des 10-10-10 a été ajoutée. Cette dernières a un caractère « sociétal », et favorise la réduction des obstacles sociétaux juridiques en faveur d’un environnement favorable à la lutte contre le SIDA pour certaines cibles.

Moins de 10% des pays du monde ont des environnements politiques et juridiques punitifs qui refusent l’accès aux services de santé pour les populations clés, moins de 10% des personnes vivant avec le VIH sont des populations victimes de stigmatisation et discrimination, et moins de 10% des femmes et des filles vivant avec le VIH sont victimes d’inégalités entre les sexes et de violences, explique-t-il.

« Pour mettre en œuvre ces cibles, il y a ces nouveaux schémas thérapeutiques à action prolongée qui se profilent », ces nouveaux traitements s’imposent comme une alternative à une prise quotidienne de médicaments, et proposent une injection tous les deux à trois mois.

Et de noter que ces innovations scientifiques et technologiques doivent être accompagnées par des innovations en matière de déploiement des services comme le modèle différencié de dépistage pour répondre aux besoins des différentes populations notamment avec le self-testing qui permet aux personnes de se tester elles-mêmes, le dépistage communautaire, tout en rappelant que le modèle communautaire est très important d’où l’importance du travail de la société civile dans la prestation de services.

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