L’Affaire Guerguerat vue sans parti pris

L’Affaire Guerguerat vue sans parti pris

François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique a signé dans son dernier édito « Sahara : l’Algérie doit sortir du déni », une analyse froide où il dit tout sur l’affaire Guerguerat et des intentions voilées de l’Algérie. D’entrée de jeu, il met la gomme: « Accuser le Maroc d’avoir rompu le cessez-le-feu, alors que ce dernier était de facto violé par les indépendantistes saharaouis depuis leur implantation illégale à Guerguerat, revient à confondre le pompier avec le pyromane ».

Et de disserter sur un conflit de longue date, né d’une guerre froide voulue par l’Algérie toute de séquelles de la décolonisation et dont Alger plus d’un demi-siècle après, ne veut toujours pas tourner la page. En schématisant, François Soudan écrit « Brahim Ghali, 74 ans, +président de la République et commandant suprême des forces armées+ du Front Polisario est venu le 13 novembre, martial et les moustaches frémissantes, déclarer « l’état de guerre » et « la reprise des hostilités » à la suite du déblocage par l’armée marocaine du verrou de Guerguerat ».

Et d’ajouter, «Même s’ils annoncent mobiliser des milliers de volontaires pour un assaut qualifié de +foudroyant+, chacun sait que les indépendantistes sahraouis, dotés d’un armement qui n’a que très peu varié depuis les années 1980 et totalement dépendants pour son renouvellement de leur protecteur algérien, en sont réduits aux tactiques minimales du hit and run : s’approcher à distance du mur de défense de l’armée marocaine, lancer quelques roquettes, puis faire aussitôt demi-tour pour échapper aux tirs de riposte ».

Puis le directeur de la rédaction de Jeune Afrique d’expliquer les enjeux de l’intervention pacifique des FAR. « Il suffit de regarder une carte pour comprendre que la réouverture à la libre circulation de la zone tampon de Guerguerat était vitale pour le Royaume. Près de deux cents camions étaient bloqués au barrage que le Polisario y avait établi, menaçant de thrombose une artère commerciale essentielle pour les exportations et les échanges entre le Maroc, la Mauritanie et l’Afrique subsaharienne ». Mis en place à la mi-octobre, cet abcès de fixation était en passe de devenir un camp permanent de trafics en tout genre où les indépendantistes avaient commencé à installer des familles sahraouies, rendant à terme son évacuation aussi complexe et létale que celle de Gdeim Izik, non loin de Laâyoune, en novembre 2010 », dit-il.

Il dresse, en outre, un tableau de la situation dans les camps de réfugiés en Algérie. « Dans les cinq camps de la hamada de Tindouf, en Algérie, où, faute de recensement indépendant autorisé, la population est estimée par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) +entre 90 000 et 165 000 individus+ (dont 60 % de jeunes), 2020 a été une annus horribilis. A la pandémie de Covid-19 est venue s’ajouter une épidémie pulmonaire qui a décimé le bétail entre mars et juillet, laissant les habitants exsangues et plus dépendants que jamais de l’assistance humanitaire extérieure », note François Soudan.

« Selon le HCR, poursuit-il, le taux de malnutrition dans les camps serait de près de 8 % et celui du retard de croissance chez les enfants de… 28 %. Pour Brahim Ghali et son clan, s’installer à Guerguerat entre les postes-frontières marocain et mauritanien, c’était à la fois générer une source de revenus et créer un dérivatif « patriotique » susceptible de remobiliser une population épuisée ».

Et de s’étaler sur la décision royale de gérer le problème, « Après avoir fait le constat de l’incapacité de la mission de l’ONU à gérer ce problème (les incursions du Polisario dans la zone sont récurrentes depuis six ans), le Roi Mohammed VI a donc tranché. Bénéficiant d’une fenêtre d’opportunité diplomatique et soutenue par la majorité des pays de la Ligue arabe, l’opération de +nettoyage+ de Guerguerat s’est déroulée sans aucune perte humaine de part et d’autre, et nul, en dehors de l’Algérie, ne l’a réellement condamnée ». 

Il conclut en affirmant: « Reste l’essentiel. Tant que la fiction d’un Polisario autonome n’aura pas été levée et que l’Algérie n’aura pas reconnu son rôle de partie au conflit, aucun règlement définitif ne sera envisageable. L’Algérie, ou plus exactement ceux qui la dirigent, ainsi qu’une partie de sa classe médiatico-politique. La grande majorité des Algériens, eux, n’ont cure de cette affaire désespérément obsolète ».

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