Chegraoui : Le Maroc a laissé toute sa chance à la médiation avant de passer à l’acte à Guerguerat

14 Nov 2020 à 10:48 Politique
Chegraoui : Le Maroc a laissé toute sa chance à la médiation avant de passer à l’acte à Guerguerat

Sur instructions du Roi Mohammed VI, les Forcés armées royales ont mené, dans la nuit de jeudi à vendredi, une opération dans la zone tampon de Guerguerat, visant à libérer puis sécuriser le flux de personnes et de marchandises dans le passage reliant le Maroc à la Mauritanie.

Avant de passer à l’acte, le Royaume, dont les routiers sont victimes depuis le 21 octobre dernier, d’agressions et d’actes de vandalisme au niveau de la frontière, a lancé des mises en garde, avertissant qu’il ne se laissera pas faire et ne restera pas les bras croisés devant les provocations.

A ce propos, Khalid Chegraoui, anthropologue, et Senior fellow au Policy Center for the New South (PCNS) assure que le Royaume a «donné toute sa chance à la médiation, avant de passer à l’acte, en toute légitimité et toute souveraineté ».

«Ce qui est arrivé est normal. Le Maroc a même trop attendu. D’aucuns pourraient se poser la question pourquoi est-ce que ça ne s’est pas fait auparavant?, mais ce n’est pas aussi facile, toute intervention doit être bien étudiée », estime l’expert.

En effet, poursuit-il, le Royaume a attendu qu’il y ait une intervention des Nations Unies, mais rien…Certes il y a eu un certains nombres de déclarations, toutefois, je pense en tant qu’observateur que les déclarations des Nations Unies n’étaient pas assez virulentes, juste un tantinet conciliantes.

D’autre part, le Maroc a bien compris la position de nos amis mauritaniens, alors que l’Algérie, il ne faut pas s’attendre à quoique ce soit. On connait sa position, a fait observer Chegraoui.

Il explique : « D’abord le président n’est pas là, et même si c’est toujours le cas, aujourd’hui encore plus, la décision revient clairement aux militaires et sécuritaires, qui excellent dans tout ce qui est guerre et provocation, surtout qu’ils sont en perte de vitesse au niveau de la société algérienne ».

Polisario aux abois, une direction en mal de légitimité

« Il y a aussi le polisario qui est depuis quelque temps aux abois. Ses thèses et théorie sont sans cesse remises en question par les Nations Unies », ajoute-t-il.

Il ne faut pas non plus oublier la dynamique engendrée par l’ouverture des représentations diplomatiques dans les provinces du Sud du Maroc, souligne encore l’universitaire, soutenant que « ce n’était peut-être pas pris très au sérieux quand c’était des pays africains connus pour leur soutien au Maroc, mais quand cela a commencé à toucher des pays qui n’étaient pas des fervents défenseurs de la cause marocaine, ou encore les pays arabes, notamment les Emirats arabes unis, les choses sont devenues très séreuses pour les séparatistes et l’Algérie ».

Et de relever que même sur le plan interne, il y a beaucoup de tensions : « Des jeunes qui souffrent d’oisiveté, sans aucune perspective, et même l’actuel soit disant président, est en manque de légitimité, et s’il est là, c’est grâce à la sécurité algérienne ».

Un Etat-nation face à une bande criminelle

Et pourtant, fait observer notre interlocuteur, « le Royaume a laissé tout son temps à la médiation, il n’a pas cédé à la provocation. Le Maroc est un Etat nation, le polisario est une bande criminelle. On est dans des systèmes où le comparatisme n’a pas lieu d’être ».

Il détaille à cet égard que « le Royaume a des traditions politiques et des discours diplomatiques qui ne datent pas d’aujourd’hui. Si le Maroc intervient, c’est 12 siècles de pratique de la politique à l’intérieur d’un État territorial et national ».

Khalid Chegraoui rappelle que « la position d’aujourd’hui est un corridor, on n’est pas encore dans un mouvement tactique militaire, on est dans un mouvement tactique d’agents militaires mais avec une opération policière afin de sécuriser un passage menacé ».

« Cela aurait été très facile de faire une opération militaire mais, mais les forces marocains n’ont pas ouvert le feu sur les personnes, n’ont pas lancé une opération de commando, alors même qu’elles pouvaient intervenir même militairement, elles auraient été dans leur plein droit », assure-t-il.

« L’évolution de la chose dépend de la réaction du polisario, je pense qu’ils vont essayer de chercher la provocation et jouer aux martyres, c’est au Marocains de bien travailler au niveau de la communication, il faut tout documenter, et communiquer à l’international, avec les grandes capitales », conclut notre expert.

Pour rappel, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, a fait savoir vendredi soir que l’opération menée par les FAR à Guerguerat, s’est déroulée  « de manière pacifique, sans accrochage ni menace pour la sécurité des civils ».

Un peu plus tôt, l’ Etat-Major Général des Forces Armées Royales (FAR), a fait savoir vendredi en début de soirée, que le passage d’El Guerguerat entre le Maroc et la Mauritanie est à présent complètement sécurisé par la mise en place d’un cordon de sécurité, assurant le flux des biens et des personnes à travers le passage entre les deux postes frontaliers.

Au cours de cette opération, a-t-il ajouté, la milice armée du polisario a ouvert le feu sur les Forces Armées Royales qui ont pour leur part riposté et obligé les miliciens à prendre la fuite, sans qu’aucun dégât humain ne soit enregistré.

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