Violence à l’égard des femmes : les conjoints marocains rusent pour la polygamie en ces temps de la Covid-19

Violence à l’égard des femmes : les conjoints marocains rusent pour la polygamie en ces temps de la Covid-19

Le rapport final de l’Union d’action féminine (UAF) sur les conditions économiques et sociales des femmes lors du processus de soutien aux groupes vulnérables entre le 23 juin et le 23 octobre recueillies dans les centres d’écoute «Injad» dans trois villes, Rabat, Casablanca et Kénitra, indique que persistent toujours des signes de marginalisation à l’encontre des femmes.

Le rapport réalisé dans le cadre du projet de la lutte contre la violence à l’égard des femmes et de la garantie de leurs droits économiques au cours de la période susmentionnée et incluant 504 femmes, a relevé un certain nombre de lacunes qui, selon le document, caractérisent le processus de soutien aux groupes vulnérables et n’invoque pas une approche de genre.

D’autre part, le rapport révèle que parmi les obstacles qui ont été définis par la mise en œuvre des mesures prises pour les femmes victimes de violences, l’enregistrement de certains maris recourant pendant la période du début de la quarantaine à une nouvelle astuce pour la polygamie. L’homme qui est marié à une deuxième épouse, qui y a recours, étant de facto divorcé de la première se marie à une troisième en présentant au juge l’acte de divorce de la première épouse sans tenir compte de la seconde lors de la conclusion du contrat de mariage avec la troisième.

En ce qui concerne la protection des femmes contre la violence en cette période de la pandémie du coronavirus (Covid-19), le rapport note que l’Etat a pris des mesures importantes à cet égard, et que le ministère de la Solidarité a lancé un programme visant à accompagner et à soutenir les femmes victimes de violence à distance. Le rapport soulève néanmoins les problèmes rencontrés lors des dispositifs qui les accompagnent, ne permettant pas de prendre de mesures exceptionnelles et urgentes en faveur des femmes victimes de violences tels, l’aspect de la protection, de l’hébergement et du parrainage nécessaires. En plus de faire face à des procédures lentes et compliquées en raison de la difficulté d’accès aux tribunaux due à l’épidémie du coronavirus. Ces procédures, ajoute le rapport, « demandent des efforts et du temps aux femmes battues, ce qui les pousse à s’abstenir de revendiquer leurs droits ».

Le rapport indique également que certaines procédures sont au-dessus la capacité des femmes qui souffrent d’analphabétisme, sur le plan financier, comme la rédaction d’une plainte et son envoi par e-mail, car elles soumise à l’aide et soutien d’une tierce personne qui effectuera cette tâche. Parmi les autres difficultés rencontrées par les femmes violentées qui souhaitent porter plainte contre leurs bourreaux, figurent l’impossibilité de pourvoir aux frais de contentieux, la multiplicité des intérêts en jeu dans ces dossiers entre la police, le tribunal, l’hôpital et l’association, ce qui entraîne des frais supplémentaires, et la difficulté de collecter les documents liés à l’affaire (contrat de mariage, l’état civil et autres).

En ce qui concerne les doléances des femmes victimes de violence auprès de l’UAF, dans le cadre de leur plaidoirie en raison de leurs souffrances et de la complexité de leur situation après la quarantaine, 23,42% d’entre elles ont trait à la pension alimentaire, 16,57% sont liées au divorce tandis que 13,71% revendiquent leurs droits en tant que victime ainsi que ceux des enfants, 8% sur la protection contre la violence et un pourcentage similaire sur le retour au domicile conjugal, tandis que 5,7% des femmes ont réclamé un logement et que 5,14% ont demandé un emploi. Seules  4,56% ont souhaité poursuivre la plainte.

Si la plupart des cas arrivant dans les trois centres Injad de l’UAF étaient des femmes, à un taux de 97,64%, pour l’anecdote, ces derniers ont également reçu des cas d’hommes, soit un taux de 2,36%, qui à leur tour ont bénéficié d’une écoute et à qui on a fourni des conseils juridiques indique le rapport.

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