Espagne: Un tribunal décide de rouvrir le dossier d’Ilias Tahiri, le collectif marocain d’avocats se dit content

30 Oct 2020 à 22:41 Société
Espagne: Un tribunal décide de rouvrir le dossier d’Ilias Tahiri, le collectif marocain d’avocats se dit content

La justice espagnole a finalement décidé de rouvrir le dossier du jeune marocain, Ilias Tahiri, décédé dans des conditions tragiques dans le centre de mineurs de Tierras de Oria en Andalousie (sud), géré par l’entreprise privée « Ginso« .

L’affaire remonte à juillet 2019, comme le montre une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux en juin 2020, lorsque les gardes dudit centre ont appliqué le protocole de « contention mécanique » sur le jeune Ilias, et qui a mené à sa mort. La vidéo avait créé une vague d’indignation au Royaume, et avait d’ailleurs coïncidé avec le décès de George Floyd aux États-Unis.

Ainsi, un tribunal d’Almeria (sud de l’Espagne) a rouvert le dossier de la mort du jeune Ilias, âgé de 18 ans, « à la suite de l’utilisation d’une technique de contention très controversée« . Rappelons que cette technique est utilisée lorsqu’il y a résistance, ce qui n’était pas le cas d’Ilias, comme le montre la vidéo.

Le tribunal, qui a été saisi par la famille d’Ilias, a indiqué dans un document qui date du 22 octobre que « l’instruction ne peut être considérée comme achevée (…), le non-lieu dans cette affaire a donc été précipité (…) Nous observons a priori (…) des indices rationnels d’homicide involontaire« . Alors qu’une juge d’instruction avait conclu en janvier dernier, que le décès du jeune marocain était « accidentel« .

Après l’indignation observée cet été suite à la diffusion de la vidéo, un collectif d’avocats Marocains et d’hommes politiques, qui oeuvrent pour rendre justice à Ilias Tahiri, ainsi que la Fondation espagnole, Ibnou Batouta, dont le président n’est autre que le parlementaire espagnol d’origine marocaine, Mohamed Chaib, se sont constitués partie civile dans cette affaire.

Le collectif avait déposé une plainte judiciaire le 15 juin dernier, dont Hespress Fr détient une copie, qui a été adressée au juge d’instruction de Purchena, à Almeria, pour la réouverture de l’enquête judiciaire, clôturée par le juge en charge de l’affaire à l’époque, et qui avait conclu au «décès brusque accidentel », et non pas à  une « mort par asphyxie suite à une violence». Le parquet à la Cour de Purchena (Almería) avait d’ailleurs accepté la requête du collectif.

 «En tant que partie civile dans cette affaire, et selon les données dont nous disposons, nous avons porté plainte pour la réouverture de l’enquête. Il y a également les dernières déclarations de la mère d’Ilias, qui a des doutes sur les circonstances de sa mort. Elle estime que son fils pourrait être déjà mort avant même d’arriver à la chambre où on l’a vu allongé, surtout que dans la vidéo, Ilias n’a manifesté aucune forme de résistance», nous avait expliqué Maître Mourad Elajouti, membre du collectif des avocats pour la justice d’Ilias Tahiri.

Aujourd’hui, le collectif se dit content de la décision du tribunal d’Almeria qui s’est prononcé pour la réouverture du dossier.

« On est très satisfait qu’enfin justice ait été rendue. C’est une première victoire pour le collectif que le juge a été convaincu de rouvrir l’enquête. Maintenant, on va pouvoir présenter des nouveaux éléments, par rapport à la première partie de la vidéo« , a déclaré à Hespress Fr, Maître Mourad Elajouti, après ces nouveaux développements.

De même, notre interlocuteur indique que le collectif est également « très content de la position du parquet d’Almeria qui avait demandé dans une lettre la réouverture de l’enquête ». Selon l’avocat, « cela va mettre en lumière les atteintes des droits humains qui se passent dans les centres de mineurs« .

« On est satisfait aussi que l’action que nous avons menée en tant que partie civile, avec la Fondation Ibnou Batouta, a été acceptée. Cette constitution en tant que partie civile a beaucoup aidé à faire un peu de pression dans cette affaire« , estime Me Elajouti.

Le document du tribunal rappelle que le Conseil de l’Europe avait demandé en 2016 l’interdiction du protocole de contention mécanique qualifiée de « préoccupante » après avoir visité le centre de mineurs de Tierras de Oria.

En commentant cette demande du Conseil de l’Europe, Me Elajouti dit être « surpris qu’un Etat ou un pays, qui prétend être un Etat de droit, continue d’utiliser ces méthodes qui datent du moyen âge« .

« Au sein du collectif, on croit qu’il faut en finir avec ces méthodes inhumaines et dégradantes« , conclut-il.

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