Une « chouafa » et une quinzaine de femmes appréhendées à Mohammedia

Une « chouafa » et une quinzaine de femmes appréhendées à Mohammedia

A Mohammedia au quartier l’habitat « hay labita » près du théâtre sur les hauteurs « d’El3Alia » dans la rive Est de la ville, hier samedi 17 octobre, la DGSN a procédé à l’arrestation de 16 femmes sur plaintes des riverains. En effet, les autorités (service de police et agents de l’annexe administrative 2) ont fait une descente au domicile d’une dame connue sous le nom de « Chouafa », mais le mot est péjoratif puisque derrière l’exercice de la voyance se dissimule moult autres intentions du genre malsain et malveillant.

La « Chouafa » au Maroc loin d’être une madame Soleil, drainerait plutôt le statut de la célèbre sorcière miss Tick. En fait, ici il s’agit d’une ensorceleuse. Pour notre cas celui d’hier, la bonne femme comme les témoignages de nombre de riverains l’attestent, est une spécialiste en « ldoun » (plomb). L’opération  consiste à faire fondre du plomb et à le verser dans de l’eau froide et en faire une lecture à la lueur des dessins des débris. L’objectif à priori étant de chasser les mauvaises ondes et esprits et d’y voir l’avenir du ou des clientes qui soit dit au passage font partie de toutes les catégories de notre société.

En quoi ce serait illégal dirions-nous ? L’illégalité est dans l’escroquerie ou duperie du ou de la cliente puisque ce dernier genre est majoritaire à la demande. L’illégalité est dans l’exploitation de la naïveté et la détresse psychologique ou ignorance d’autrui pour lui soutirer de l’argent, sachant en cela qu’une séance tenante (fonte) coûte entre 30 et 200 dhs. On appelle cela « lbiad » blanchiment ou offrande et plus on est généreux avec le médium et plus les « djins » (esprits) sont bienveillants à l’égard du consultant. A raison de trois séances par consultation (minimum) on devine aisément le pactole.

Autre illégalité mis à part, l’exercice d’une pratique interdite nette d’impôts, en ces temps de crise sanitaire dus à Dame Covid, c’est le rassemblement comme en témoigne l’arrestation d’une quinzaine de femmes en plus de la « Chouafa ». Ce qui plus est, se passe dans un endroit ou espace confiné, exigüe, sombre, humide, clos à l’abri des regards sans parler de la pollution sonore (explosion du plomb à haute température au toucher de l’eau froide) qui dérange le voisinage. Normalement le lieu où se passe cette séance de « voyance » est constitué de deux ou trois chambres dont une salle d’attente et une salle de consultation ou d’opération si l’on peut dire ainsi, que la médecine nous le pardonne.

Pour en revenir à l’arrestation de notre « Chouafa » de Mohammedia tout serait parti selon un témoignage, de la plainte d’un mari éploré ayant aperçu son honorable épouse pénétrer les lieux de l’envoutement, sans doute pour conjurer ou jeter quelques sorts à la faveur d’une magie traditionnelle et bien implantée dans les mœurs où et on fait appel aux « forces surnaturelles » permettant, selon la croyance du vox populi trop bien ancrée ici-bled, d’avoir une influence sur les gens et les événements.

La suite est plus terre-à-terre et c’est la saisie d’un bon lot de matériel (brûleurs à gaz, casseroles, plomb brut  etc.) et l’arrestation d’un beau monde tout de femmes constituées et dont les maris, fiancés ou petits amis ne manqueront pas d’en retenir la leçon, tant ces séances sont perçues par le mâle comme un mal portant atteinte à son mental et à sa puissance physique. On n’ose pas deviner l’avenir qui du reste est du lot de la Chouafa qu’ils pourraient néanmoins, consulter le cas échéant.

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