Intégration régionale du Maroc en Afrique: Faible malgré les apparences selon le CESE

01 Oct 2020 à 08:34 Economie
Intégration régionale du Maroc en Afrique: Faible malgré les apparences selon le CESE

Le Maroc peine a s’intégrer totalement dans le continent africain, malgré les efforts déployés ces 10 dernières années. La multitude d’accords et partenariats signés avec plusieurs pays africains, ainsi que les agitations diplomatiques et entrepreneuriales sur le continent n’ont pas permis au Royaume de percer en tant que leader africain comme il l’avait espéré. Et c’est le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE) qui le démontre. 

Dans un premier temps, le CESE rappelle que la vocation africaine du Maroc, qui a été redynamisée au cours des 20 dernières années, s’inscrit dans le cadre d’un partenariat aussi stratégique que pragmatique avec deux objectifs: participer activement au développement africain en tant qu’acteur de premier plan, et proposer une approche basée sur le principe du co-développement qui vise à favoriser la paix et la sécurité, à promouvoir une croissance partagée et une solidarité entre pays d’Afrique.

En dépit des efforts louables et des résultats positifs réalisés par le Maroc, le CESE fait savoir que les retombées de ces partenariats n’ont pas encore atteint tous les objectifs visés et restent manifestement en-deçà des opportunités qu’offre l’intégration régionale en matière de développement économique et d’aspiration des populations.

En effet, selon le rapport réalisé par le département d’Ahmed Reda Chami, le niveau des échanges commerciaux du Maroc avec les pays d’Afrique, ne dépassant pas 4% de l’ensemble de nos échanges, et ne reflète pas le véritable potentiel et les complémentarités à mettre en place. Les chaînes de valeurs régionales avec les partenaires africains restent également marginales et dépendent quasi-exclusivement des filières étrangères, privant ainsi les économies africaines d’une valorisation génératrice d’emplois localement, de valeur ajoutée et de transferts de technologie.

Le rapport cite ainsi plusieurs exemple, notamment le processus d’intégration économique dans le cadre de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) qui a peu évolué, depuis la date de sa création en 1989, suite à de nombreux obstacles, à commencer par l’absence de libéralisation du commerce de marchandises ou encore les frontières terrestres fermées entre l’Algérie et le Maroc. De même que le processus d’intégration du Maroc à la CEDEAO qui est encore au stade d’étude de l’évaluation de l’impact.

Au plan national, l’absence d’une stratégie intégrée dédiée à l’intégration du Maroc en Afrique, appuyée par des outils adaptés, réduit les effets des initiatives développées par le Maroc pour accélérer son intégration régionale, estime le rapport qui précise que cela est accentué par l’absence d’une planification stratégique avec les autres pays pour conduire des programmes communs dans les domaines de l’éducation, du transport, de l’énergie, de l’industrie, de la santé, du tourisme et de la culture.

Un partenariat à renforcer

D’après une synthèse établie par le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Economie Verte et Numérique (MICEVN) en date du 19 octobre 2019, le cadre juridique régissant la coopération entre le Maroc et les autres pays africains repose sur plusieurs types d’accords notamment des conventions commerciales et tarifaires signées avec des pays africains (Sénégal, Guinée, Tchad et Côte d’Ivoire), des mémorandums d’entente portant création de comités mixtes commerciaux avec le Tchad, l’Ethiopie et le Ghana entre 2015 et 2017 et qui offrent un cadre de concertation pour renforcer les échanges commerciaux à travers des comités mixtes dont les travaux sont plus au moins réguliers ou encore l’accord relatif à la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAf) signé à Kigali (Rwanda) et dont le processus de ratification par le Maroc est dans sa phase finale.

Cela dit, l’effectivité des accords de coopération du Maroc avec les pays africains demeure confrontée à plusieurs entraves qui tiennent aussi bien aux problèmes politiques et de stabilité de certains pays, assure le rapport. De surcroît, les opérateurs économiques sont confrontés parfois à des difficultés d’accès aux informations pertinentes et également à l’accompagnement requis.

Un commerce à développer

Dans son rapport, le CESE fait savoir qu’au cours des quinze dernières années, les échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique ont augmenté de 20%, soit une hausse de 14,458 milliards MAD. Ils ont enregistré en valeur près de 40,5 milliards de dirhams en 2018.

Toutefois, la structure des échanges extérieurs du Maroc avec ses partenaires africains reste polarisée sur un nombre limité de produits. Les exportations en 2018 ont concerné essentiellement les engrais, les conserves de poissons, les poissons frais, les produits d’alimentation, les voitures de tourisme et les fils et câbles électriques.

Quant aux importations marocaines en provenance de l’Afrique (principalement de l’Afrique du Nord), elles sont constituées essentiellement de gaz de pétrole et autres hydrocarbures, de produits d’alimentation (dattes) et des huiles de pétrole et lubrifiants, précise le rapport.

S’agissant du secteur bancaire, le rapport indique d’abord que les investissements du Maroc en Afrique ont fortement augmenté, enregistrant une valeur de 37 milliards de dirhams2 entre 2013 et 2017, soit 40% du total de ses IDE.

La moitié des flux sortants de ces investissements concerne essentiellement les secteurs à forte valeur ajoutée notamment les banques, télécommunication et assurances. La part des investissements dans le secteur bancaire a largement évolué en passant de 32% en 2010 à 73% en 2017. La tendance a été plutôt à la baisse pour le secteur des télécommunications et celui des assurances, souligne le rapport, enregistrant successivement une chute de 42% et 19% en 2010 à 8% et 6% en 2017.

Qu’est-ce qui freine l’intégration du Maroc en Afrique ?

Pour répondre à cette question, le CESE revient d’abord sur une analyse croisée du niveau de positionnement concurrentiel des différents pays en Afrique durant les deux dernières décennies, et qui montre que les pays qui ont réussi sont ceux qui disposent de ressources financières, de capital humain et de technologie.

Pour le cas spécifique du Maroc, la compréhension de cet aspect passe par une bonne connaissance des freins qui entravent l’amélioration du niveau de son intégration économique en Afrique. Certains freins sont propres au Maroc, assure le rapport, alors que d’autres sont des caractéristiques du continent africain.

Le CESE les résumes notamment par une absence d’approche intégrée ( le dispositif institutionnel chargé d’organiser la coopération africaine est caractérisé par une multitude des intervenants, une faiblesse des moyens humains et financiers et des difficultés de coordination entre les différentes composantes).

Des accords commerciaux qui ne portent pas sur le libre-échange. En outre, les mesures non-tarifaires et la multiplicité des régimes fiscaux entre pays augmentent les coûts de transaction afférents aux échanges extérieurs.

Une zone cible restreinte. Les échanges commerciaux sont concentrés sur la zone d’Afrique de l’Ouest (58%) suivie de la zone d’Afrique de l’Est (15,5%), précise le rapport, une offre commerciale insuffisamment diversifiée, des produits échangés qui portent sur un nombre limité de produits faiblement transformés, ainsi qu’une diplomatie économique insuffisamment outillée pour assurer le suivi des accords et des projets d’investissement.

Pour ce faire, le CESE préconise en premier lieu d’envisager une stratégie d’intégration du Maroc en Afrique en adoptant le co-développement comme mode d’action pour promouvoir un partenariat mutuellement avantageux pour le Maroc et ses partenaires africains en termes de développement économique, d’émergence d’une élite africaine formée en Afrique, de consolidation de la solidarité, de partage du savoir-faire et d’amélioration du bien-être des populations.

En second lieu, le département de Chami recommande d’ériger l’intégration régionale du Maroc en Afrique parmi les priorités nationales en proposant des mécanismes pour accompagner la mise en œuvre des projets de co-développement.

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