Affaire Adnane: Peine capitale, Code pénal, droits de l’Homme … Khadija El Amrani se livre – Interview –

18 Sep 2020 à 08:34 Société
Affaire Adnane: Peine capitale, Code pénal, droits de l’Homme … Khadija El Amrani se livre – Interview –

Le triste sort de l’enfant Adnane, violé et tué dans la ville de Tanger, a relancé le débat sur l’application de la peine capitale (peine de mort).

Cette atrocité a bouleversé l’opinion publique, déjà marquée par la pandémie du Covid-19. Bien que la peine capitale ne soit pas abolie au Maroc, elle n’est pas appliquée. Aujourd’hui, son application est devenue une demande grandissante au sein de la société avec la multiplication de ce type d’affaires. 

Le Maroc a cependant ratifié plusieurs accords internationaux (Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui interdit la peine de mort ou encore la Convention relative aux droits de l’enfant). Il ne peut donc appliquer la peine de mort même si elle est prononcée. Ces derniers attendent toujours leur exécution dans le couloir de la mort.

Faut-il appliquer la peine capitale pour les crimes de viols d’enfants ? L’application de la peine capitale conduit-elle à un recul de la démocratie et des droits de l’Homme dans le pays ? L’application de la peine capitale dans ce type d’affaire pourra-t-elle mettre fin à ce genre de crime ?

Plusieurs questions auxquelles a accepté de répondre Me Khadija El Amrani, avocate au Barreau de Casablanca, mais également présidente de l’Association « Wlady« , dans une interview accordée à Hespress Fr. Pour l’avocate, la peine capitale doit être appliquée contre le violeur d’Adnane.

L’affaire Adnane est devenue celle tout le Maroc. Que dit la loi dans cette situation?

Khadija El Amrani : J’ai une position très affirmée sur la question. D’abord, la condamnation de l’accusé dans l’affaire d’Adnane va être pour la peine capitale. L’article 474 du Code pénal est très clair. Il dit que quand il y a enlèvement d’enfant, et un meurtre s’en suit, automatiquement c’est la peine capitale qui est appliquée. (Code pénal- Article 474 : Dans les cas prévus aux articles 471 et 473, l’enlèvement est puni de mort s’il a été suivi de la mort du mineur (ndrl)). Il n’y a pas de jurisprudence avec l’existence de texte clair.

Effectivement, il y aura une condamnation à la peine capitale, donc une peine de mort qui sera prononcée. Maintenant, nous n’avons pas les éléments du procès. C’est le procès pénal qui indiquera quelles sont les autres éléments qu’on ne détient pas aujourd’hui.

La grande question qui se pose, à savoir que par an, nous avons des milliers de peines capitales qui sont prononcées à l’encontre de plusieurs criminels. Mais il n’y a pas d’exécution depuis 1993 (Affaire Tabit). L’exécution est suspendue. Et ces peines sont transformées en perpétuité.

Lorsque le criminel d’Adnane est toujours vivant, ce qui sème de la terreur dans ma vie, dans votre vie, même si on connaît ni Adnane ni sa famille … on a peur pour nos enfants. On a peur de les envoyer au supermarché du coin même s’ils ont 14 ou 15 ans.

Aujourd’hui, c’est un grand débat qui s’ouvre avec ce procès. Qu’est-ce qu’on fait de la peine de mort ? Est-ce qu’il faut l’appliquer ou pas ? Sachant que je travaille sur les libertés fondamentales et individuelles depuis très longtemps. Je suis contre le principe de la peine de mort. Mais je suis pour la condamnation pour peine de mort dans des crimes atroces et que je qualifie de terroristes parce qu’ils créent la peur.

Mon avis est tranché sur la question. Il faut condamner ce type de crime et il faut exécuter dans la dignité. C’est -à-dire, que je ne suis pas d’accord pour la maltraitance du criminel.

Il y a des études qui disent que le fait d’appliquer la peine de mort dans un pays, ne diminue pas le taux de criminalité ?

Je ne suis pas d’accord, et je cite comme exemple la Chine, où j’ai passé un long séjour. Et croyez-moi, ils ont réglé le problème de la pédophilie. Il n’y a même plus besoin d’appliquer la peine de mort de manière fréquente, c’est très rare que ça arrive.

Il semblerait selon plusieurs habitants du pays, que les enfants étaient très souvent kidnappés il y a 20 ou 30 ans. On leur coupait une main pour mendier avec.

Le jour où les criminelles ont été pendus sur la place publique, les personnes qui se sont confiées à moi m’ont assuré qu’ils n’ont plus entendu parler d’un enfant kidnappé. Alors que cela fait 20 ans ou plus que les criminels ont été pendus. Aujourd’hui, vous pouvez perdre votre enfant en Chine, vous allez le retrouver vivant et en bonne santé.

C’est-à-dire, que face à l’ignorance, on n’a pas le choix. On doit parler le même langage.

Les ONG et associations qui défendent les droits de l’Homme disent qu’on ne peut pas combattre un crime par un autre crime (peine de mort selon eux) ? Qu’en pensez-vous ?

C’est les droits de l’Homme qui ont tué aujourd’hui les droits de l’Homme. Je ne suis pas pour l’acte criminel n’ont plus.

Moi aujourd’hui je vous dis, qu’il y aura un après Adnane. Il y aura un changement. Ce petit est parti, et il y a un sacrifice derrière. Ce garçon est parti pour ouvrir un grand débat national qui doit être tranché une fois pour toutes. Et croyez-moi que la question n’est pas du tout simple.

Pourquoi les associations refusent l’application de la peine de mort, ce qui est légitime. C’est le risque d’erreur qui est très grave. On ne peut pas se tromper sur la qualité du criminel malheureusement.

Si on avait appliqué la peine de mort pour le procès d’Omar Raddad, ça aurait été très grave. Il serait mort et injustement. C’est-à-dire qu’il y a la présomption d’innocence qui est la première barrière dans l’application du Code pénal, En tout cas de la peine de mort.

Ce que je veux vous dire, c’est qu’aujourd’hui il faut bien réfléchir à la question. Cette quantité de pédophilie qu’on entend chaque jour. C’est dramatique. Je reçois souvent des affaires pareilles, je ne fais que pleurer avec les gens. Je n’en peux plus de recevoir des affaires similaires. Ca n’arrive qu’aux autres. Mais les autres c’est nous. Demain nous pouvons vivre ça également.

STOP égal STOP. Il faut donner un sens à l’évènement. Peut-être que le tueur d’Adnane ne sera pas exécuté. Mais quand les prochains seront réellement exécutés, je peux vous assurer que les criminels seront dissuadés et ne passeront pas à l’acte.

Dans des quartiers populaires ou de classe moyenne, les enfants sortent dans la rue, il y en a même qui sont livrés à eux même à longueur de journée. Est-ce qu’il n’est pas temps de mettre les parents devant leurs responsabilités et les mettre également en cause pour inattention ?

Plusieurs fois, nos enfants sortent au supermarché du coin ou reviennent de l’école à pied. On n’a pas tous les moyens d’avoir un chauffeur, ou aller nous-mêmes les chercher à l’école. Aujourd’hui, je ne pense pas que ça soit la faute des parents de la victime, qui ont inscrit leur enfant au Karaté etc. A mon avis, c’est la faute des parents du criminel (manque d’amour, manque d’éducation sexuelle ..).

Aujourd’hui, il y a un grand débat national qui devait s’ouvrir il y a longtemps. On a fermé les yeux, tous, sur des souffrances horribles. Et c’est dramatique. Et aujourd’hui, il est temps de briser le tabou, lever le voile et se dire : Il faut appliquer les peines qui sont prévues dans le Code pénal. Il n’y a rien de compliqué. Et le code pénal est clair là-dessus.

Moi personnellement, je suis une grande militante pour les droits humains, pour la parité etc. Mais dans les affaires de pédophilie, d’enlèvement et de meurtre, je veux qu’on soit intransigeant.

Et pour les accords ratifiés par le Maroc pour la non-application de la peine de mort ?

Je vais parler un langage qui n’est pas juridique. Mais franchement. « Je m’en fous ». Je pense qu’aujourd’hui le Maroc n’est pas prêt pour les droits humains tels que cela s’est fait en Europe. Les droits humains européens ont atteint un certain niveau de maturité. Et la maturité vient de la conscience populaire, vient de l’éducation populaire.

La peine capitale a bien marché dans l’affaire de Tabit. Aujourd’hui, aucun policier ou autre haut responsable n’abusera d’une femme. C’est fini l’abus sexuel de l’autorité policière. Depuis l’affaire de Tabit, je n’ai jamais entendu parler d’une histoire pareille.

A un moment donné, il faut dire stop. Il faut donner l’exemple. Je ne suis pas aujourd’hui en train d’incriminer le voleur d’Adnane. Il ne va pas payer pour tout le reste, il ne deviendra pas un dommage collatérale pour tous les autres, surtout qu’on est en pleine crise du coronavirus, du confinement, donc on est très en colère.

On prend en considération tous ces paramètres. Mais il faut qu’on sache, que le coronavirus est venu pour nous rappeler l’importance de l’enfant. Soit on a compris ça, et on va se réveiller et se dire que l’enfant est l’avenir de demain, la société de demain. Et on va prendre conscience de ça et protéger nos enfants et les enfants des autres, et on va avoir une solidarité citoyenne contre toute personne qui va toucher à l’enfance et à un niveau très élevé. Soit on va massacrer ce pays et massacrer toute une génération.

Main dans la main, on se doit de mettre en place un code de l’enfant. On se doit de protéger l’enfant, et de lui fournir toute la protection dont il a besoin. Et quand je dis enfant c’est enfant avec un grand « ». Que ce soit mon frère ou mon fils, je lui voudrais la peine de mort. C’est inadmissible. Il faut être radicale et je suis intransigeante personnellement sur cette question.

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