Le journaliste algérien Khaled Drareni condamné à deux ans en appel

15 Sep 2020 à 15:29 Monde
Le journaliste algérien Khaled Drareni condamné à deux ans en appel

La cour d’Alger a condamné en appel, aujourd’hui mardi 15 septembre 2020, le journaliste Khaled Drareni Incarcéré depuis le 28 mars à la prison de Koléa, à l’ouest d’Alger, à deux ans de prison en appel, a annoncé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche ses deux coaccusés qui comparaissaient en liberté provisoire depuis le 2 juillet dernier, ont été condamnés respectivement à un an de prison dont quatre mois de réclusion ferme et huit mois avec sursis, selon la même source. Ayant déjà passé cette période derrière les barreaux ils sont ressortis libres du tribunal d’Alger. Le Parquet avait requis quatre 4 ans de prison ferme et 50.000 dinars à l’encontre des trois inculpés.

Ils étaient jugés pour « incitation à un attroupement non armé et atteinte à l’intégrité du territoire national ». La sentence, inédite par sa brutalité, a surpris et choqué journalistes, avocats et ONG, dans le pays et à l’international, que d’aucuns ont traduit comme une dégradation des libertés en Algérie. Khaled Drareni, 40 ans, avait été condamné en première instance à trois ans de prison ferme le 10 août. C’est la deuxième sentence la plus lourde infligée à un journaliste depuis l’émergence d’une presse indépendante en 1989.

Apparu combatif, mais amaigri lors de son procès en appel le 8 septembre, son état de santé inquiète ses proches, Khaled Drareni a rejeté les accusations portées contre lui. « Je n’ai fait que mon métier de journaliste. Je suis là parce que j’ai couvert le hirak en toute indépendance », -a- t-il plaidé. Il a été arrêté 28 mars, alors qu’il couvrait une manifestation du Hirak qui s’ébranlait en bas de chez lui. L’épidémie du coronavirus n’avait pas encore pris l’ampleur actuelle et permettait encore aux  manifestants de battre le pavé.

Inculpé, il est relâché le 10 mars après trois jours en garde à vue et placé sous contrôle judiciaire. Pendant son audition, ses interrogateurs lui dénient sa qualité de journaliste. Le 27 mars, il est à nouveau arrêté et placé en détention provisoire. Contester la qualité professionnelle de Khaled Drareni est dès lors un angle d’attaque que l’appareil judiciaire et les personnalités politiques du pouvoir ne cesseront d’employer, la loi algérienne ne permettant pas de détenir un journaliste.

Face au tollé provoqué par la condamnation, le ministre de la communication, Amar Belhimer, affirme ainsi que M. Drareni « n’a jamais été détenteur de la carte de presse professionnelle ». Or aucun journaliste exerçant en Algerie n’est en possession d’une carte de presse nationale valide, la Commission de la carte nationale de journaliste professionnel (CCNJP) n’ayant jamais été installée, soulignent les défenseurs de Drareni.

Placé sous contrôle judiciaire, il sera présenté le 29 mars devant le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) afin d’exécuter la décision de la chambre d’accusation près la cour d’Alger (24 mars) qui a annulé son contrôle judiciaire. D’un procès à un autre il a atterri à ce verdict pour le moins tendancieux et dont personne ne s’attendait à voir être prononcé à l’encontre de Khaled Drareni.

Dans un tweet, le frère du journaliste, Chekib Drareni, s’est dit « écœuré, choqué et déçu de la décision de la Cour qui renforce encore une fois l’injustice en Algérie ». Avocats, collègues et proches de Khaled Drareni espéraient un jugement clément, sinon une relaxe. La sévérité de la sentence a déclenché l’indignation et la colère des journalistes venus le soutenir au tribunal. « Deux ans de prison ferme pour Drareni. Nous allons faire un pourvoi en cassation », a déclaré à l’AFP l’un de ses avocats, Me Mustapha Bouchachi.

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