Affaire Adnane: L’AMDH réclame une « loi Adnane »

13 Sep 2020 à 09:05 Société
Affaire Adnane: L’AMDH réclame une « loi Adnane »

Après la terrible nouvelle du viol et meurtre du petit Adnane à Tanger, porté disparu depuis lundi 7 septembre, les marocains se sont indignés de ce crime qui a visé ce petit garçon de 11 ans. Plusieurs appels à l’application de la peine de mort ont été faits sur les réseaux sociaux. Contacté par Hespress FR, Aziz Ghali, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) explique pourquoi ce débat sur la peine de mort n’est pas correct.

« Peine de mort« , « castration« , voici les morts qui revenaient dans la bouche des Marocains ce samedi, suite à la nouvelle de la disparition dans des circonstances atroces et tragiques du petit Adnane, kidnappé non loin de son domicile, un lundi à 15 heures alors qu’il devait acheter des médicaments pour son père.

Sur les réseaux sociaux, les messages de soutien se confondent avec une profonde indignation. Tous les Marocains ont suivi l’affaire de la disparition il y a 5 jours du petit Adnane. Ses photos ont été diffusées sur tous les groupes, pages et profils sur les réseaux sociaux et ont été partagées par de nombreux influenceurs également, afin d’aider à retrouver le garçon.

Mais ce matin de samedi, un communiqué de la DGSN a annoncé le pire, un viol et un homicide volontaire. Le corps du petit a été enterré sous un arbre dans un parc du même quartier où il résidait. Le présumé auteur de ce crime était un résident de ce quartier aussi. Les images d’Adnane accompagnant un jeune de 24 ans vêtu d’une gandoura, tirées d’une caméra de surveillance, ont circulé également sur le web. Le visage du présumé violeur était facilement identifiable.

Un grand débat enflammé sur la peine de mort au Maroc est en train d’être remis sur la table quelques heures après l’annonce du décès de la victime. Sur les réseaux sociaux, les avis les plus extrêmes notamment de parents ressentant la peine de la famille se confondent avec des discours plus souples et anti-peine capitale.

« Aujourd’hui, nous avons besoin d’une loi Adnane. Il faut qu’il y ait des peines fermes et dures. En ce moment, le code pénal est en train d’être discuté au Parlement, c’est une occasion de discuter ces crimes de viol dans leur ensemble, ils méritent qu’on leur consacre du temps et qu’on puisse fixer des peines réellement sévères », a réagi Aziz Ghali, patron de l’AMDH.

« J’ai le sentiment qu’on a trop traîné les pieds dans l’affaire du garçon de Tanger. Des images de vidéo surveillance étaient disponibles le soir même, mais ils ont mis une semaine avec tout l’arsenal tberguig qu’on a sur un type qui habite le même quartier », a tweeté un internaute.

« Apparemment violé et tué le jour même, ils ont chopé le suspect un homme de 24 ans et après enquête il leur a montré le corps …c’est macabre et flippant car à 11 ans à 15h en bas de son quartier il n y a aucun danger normalement », lui répond une internaute.

« Je suis pour la peine de mort des pédophiles et la médiatisation de leurs profils », lance une internaute, et plusieurs compte sur les réseaux sociaux couplent des messages de condoléances à des appels à la peine de mort contre le criminel qui a tué Adnane.
« La peine de mort ne ramènera pas le petit Adnane à la vie, n’atténuera pas la douleur des parents et de la famille, ne dissuadera pas les futurs prédateurs d’enfants. Je vous assure que j’ai autant mal que vous pour ce petit j’ai même envie de vomir », a écrit un homme sur Twitter.

« On ne répond pas à la barbarie humaine par la barbarie d’Etat… Le combat contre la peine de mort c’est la victoire de l’Homme sur ses plus bas instincts. Ce crime ne fait que renforcer ma conviction anti-peine de mort qui n’est pas remise en question par des drames », a répondu cet internaute concernant l’affaire d’Adnane.

« Aux États-Unis, il y a chaque année plus de 15 000 homicides en moyenne. Si la peine de mort était dissuasive, on le saurait. Ressortir le débat sur la peine de mort à chaque drame ne présente aucun intérêt ni pour les familles des victimes ni pour la société », a-t-il ajouté.

Alors que le viol et meurtre du petit garçon  provoque un débat au Maroc, pour Aziz Ghali, militant et président de l’AMDH, le plus grand réseau associatif de lutte contre les abus sur les droits humains, le problème est d’ordre pénal. « Le problème du viol c’est qu’aujourd’hui encore les peines sont trop légères », a-t-il déclaré.

« En tant que société, on ne doit pas avoir ce genre de réactions, où on a des réactions extrêmes », a-t-il affirmé en référence aux appels à la peine de mort avant d’ajouter que « parce que même dans l’histoire du Maroc, la peine capitale n’a jamais été prononcée pour ce genre de crimes, uniquement dans de rares cas ».

« Deuxièmement, quand on parle de l’affaire d’Adnane, on doit organiser les responsabilités. Lorsque la photo du présumé coupable est sortie, dès la demi-heure ou l’heure qui a suivi la police aurait dû l’identifier alors que ça a traîné et on a perdu beaucoup de temps », a-t-il réagi.

« Cette affaire du viol d’Adnane, ça doit nous rappeler l’affaire du Koweïtien que l’Etat marocain a autorisé à repartir (sans purger de peine, ndlr). Lui aussi c’est un violeur et pédophile. Et là, son procès est reporté encore et encore jusqu’à l’infini », a ajouté le militant qui voit affluer au sein de son association des cas de viol notamment sur mineurs presque chaque semaine.

Selon le président de l’AMDH, il faudrait combattre le mal dès la racine en mettant en place un arsenal juridique dont les peines devraient être assez lourdes pour que la société sente qu’il y a réellement une justice et que les victimes de viol puissent sentir que l’Etat est à leur côté.

« Si les peines de viol et de pédophilie était coercitives, les personnes qui voudraient commettre ce genre d’actes vont y réfléchir à 100 fois avant. Mais lorsqu’on voit que ces gens sont condamnés à 1 an ou 6 mois ou encore sont poursuivis en état de liberté, le viol devient comme n’importe quel autre petit crime alors que normalement il faudrait que ces peines soient extrêmement lourdes », a estimé Ghali.

Revenant à l’histoire du Maroc et sa relation juridique face aux crimes de viol dans leur ensemble « au Maroc, la peine la plus lourde qui a été prononcée contre un violeur c’est celle qui a concerné l’espagnol Daniel, soit 30 ans de prison, (…), mais il a fini par repartir dans son pays« , pointant du doigt l’incapacité de l’Etat marocain à rendre justice aux victimes de viol.

« Donc, nous ne devons pas verser dans cette idée généralisée qu’il faut que nous appelions à la peine de mort en sachant qu’on oublie deux choses (concernant l’affaire d’Adnane, ndlr): La première étant la responsabilité de l’Etat qui a pris presque une semaine pour trouver le présumé tueur en sachant que c’est la première fois qu’on a la photo du violeur et qu’elle est claire. Ils disent qu’il travaille dans une certaine entreprise, donc il a une carte nationale, donc il est identifiable, pourquoi n’a-t-on pas procédé à son identification en une heure? », s’interroge-t-il.

« Deuxième des choses, il ne faut pas que cette histoire soit seulement une +réaction+ suite à quelqu’un qui a violé et tué, bien sûr nous sommes contre cela, mais nous devons nous orienter vers le côté juridique et pénal en l’améliorant. Il faut qu’il y ait des peines sévères, nous ne parlons pas de peine de mort, mais que par exemple ce genre de crimes ne puisse pas bénéficier pas de grâce », a-t-il déclaré. « On ne sait jamais comment ce genre de dossiers évolue dans le temps, et ces criminels peuvent sortir de prison beaucoup plus tôt que prévu », déplore notre interlocuteur.

Pour Aziz Ghali, il faut que le viol en général soit condamné par les peines les plus importantes de l’arsenal juridique, et pas seulement lorsqu’il s’agit de pédophilie ou de viol accompagné d’homicide.

« Il y a plusieurs mesures que le Maroc doit prendre pour combattre ce phénomène de viol ». Parmi les propositions du président de l’AMDH, que le Maroc s’inscrive en amont dans une logique de traque de prédateurs sexuels sur internet comme le font plusieurs pays européens. « Nous ne devons pas nous focaliser sur une seule chose seulement », insiste-t-il.

Alors que les viols sur fillettes et femmes sont courants et malgré leur médiatisation et ne donnent pas suite à des peines lourdes visant les prédateurs sexuels, l’affaire d’Adnane a fait encore plus de bruit et indignera encore plus puisqu’il s’agit d’un garçon, des cas plus tabous dans la société marocaine et pas assez médiatisés.

Mais, pour notre interlocuteur, contrairement à ce qu’on pourrait le croire « il y a beaucoup de petit garçons qui ont été victimes de viol au Maroc, il y a des statistiques qui ont été faites, leur nombre est élevé ». Néanmoins, il revient sur la banalisation des viol sur femmes et fillettes: « Les peines sont extrêmement légères s’agissant de viol. Le violeur d’une fille est condamné à un an, c’est quoi un an? », s’est-il indigné.

« Et même lorsque le code pénal devait être modifié suite à la mort de la fille de Larache (Amina Filali qui s’est suicidée après avoir été mariée à son violeur) on s’attendait vraiment à ce qu’il y ait une loi progressiste, développée et vraiment coercitive, mais il n’y en a pas eu », a-t-il regretté.

Pour conclure: « Moi, à un moment, j’ai eu l’impression qu’on a banalisé le viol. Quand on banalise un crime, cela devient normal et répétitif. Il n’y a pas une semaine qui passe sans que notre association ne reçoive un cas de viol sur mineur, notamment de la part de notre antenne à Marrakech ».

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