L’opposante biélorusse Svetlana Tikhanouskaya s’est réfugiée en Lituanie

11 Août 2020 à 10:38 Monde
L’opposante biélorusse Svetlana Tikhanouskaya s’est réfugiée en Lituanie

La cheffe de l’opposition biélorusse Svetlana Tikhanouskaya a rejoint ses enfants dans la Lituanie voisine, a annoncé mardi son ministre des Affaires étrangères, après deux nuits d’affrontements suite à la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko surnommé de manière folklorique «Batka» (petit père).

Durant des semaines, la trentenaire a réuni des foules immenses à travers tout le pays. Jamais rassemblements électoraux n’ont attiré de plus grandes foules depuis la chute de l’Union soviétique en 1991 que ceux de Tikhanouskaya. Ancienne professeure d’anglais, elle avait été initialement réticente à postuler à la fonction suprême, disant qu’elle avait reçu une menace anonyme de faire enlever ses enfants. Elle les avait déplacés à l’étranger pendant la campagne. « Elle se repose avec ses enfants », a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Lituanie à Reuters par téléphone.

Svetlana Tikhanouskaya, 37 ans, est sortie de l’ombre il y a quelques semaines en relevant un grand défi à savoir mettre fin au règne de Loukachenko, en se présentant aux élections après l’emprisonnement de son mari blogueur. «Svetlana #Tikhanouskaya est en sécurité. Elle est en #Lituanie », a tweeté le ministre lituanien des Affaires étrangères Linas Linkevicius. Il y avait eu des inquiétudes quant à l’endroit où se trouvait Tikhanouskaya après que son équipe de campagne eut déclaré lundi qu’elle n’avait pas pu la joindre par téléphone.

Ce même jour, Tikhanouskaya déclarait aux journalistes qu’elle se considérait comme la gagnante des élections. « Les autorités doivent réfléchir à des moyens pacifiques de transférer le pouvoir », a-t-elle déclaré. « Bien sûr, nous ne reconnaissons pas les résultats ». Au sortir des urnes  la Biélorussie de Loukachenko, « dernière dictature d’Europe » comme elle est qualifiée de manière caricaturale annonçait les résultats grotesques de (80,23% des voix au président contre 9,9% à sa concurrente. Aussi, dimanche soir, après avoir participé par principe à une élection présidentielle qu’ils savaient en carton-pâte, les électeurs ont osé protester dans les rues.

Ce faisant, ils ont confirmé un fait nouveau et fondamental : la peur ne suffit plus à les tenir et ils sont sortis pour battre le pavé. Au moins une personne est décédée lors des affrontements entre la police et les manifestants lundi après que l’opposition ait accusé Loukachenko d’avoir truqué le vote au milieu des critiques généralisées des dirigeants occidentaux. Des policiers casqués ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes et ont utilisé des matraques pour disperser des milliers de personnes à Minsk lors d’une seconde nuit de violence. Les manifestants ont érigé des barricades dans plusieurs zones et lancé des cocktails Molotov. On a procédé à plus de 3 000 arrestations parmi les manifestants.

Les médias locaux ont rapporté des affrontements dans d’autres villes. Au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, Loukachenko a comparé les manifestants à des gangs criminels et à de dangereux révolutionnaires avec des soutiens étrangers obscurs. Les observateurs étrangers n’ont plus contrôlé d’élections au Bélarus depuis 1995. La période précédant le vote du week-end dernier a vu les autorités emprisonner les rivaux de Loukachenko et ouvrir des enquêtes criminelles sur d’autres personnes qui ont exprimé leur opposition. Le régime fait ce qu’il sait faire de mieux, frapper. Les prochains jours seront cruciaux. Si la mobilisation se poursuit, Alexandre Loukachenko sera tenté de frapper encore plus fort, et un bain de sang n’est pas à exclure.

Coronavirus: Plus de 100 milliards de dollars seront nécessaires pour garantir l'accès aux vaccins