Driss Effina : Un 2è confinement coûterait très cher au pays

07 Août 2020 à 13:05 Economie
Driss Effina : Un 2è confinement coûterait très cher au pays

Depuis quelques semaines, les compteurs s’affolent au Maroc et affichent des chiffres à la hausse en termes de cas positifs au covid-19, mais surtout de décès dus au virus. On parle d’une 2è vague plus virulente du coronavirus, et partant, un 2è confinement de la population est de plus en plus évoqué.

Même les officiels ne s’en cachent pas. Du chef de gouvernement au ministre de tutelle, tous sont d’accord pour dire qu’un reconfinement est envisageable et peut être décidé à tout moment.

Indiscipline populaire, décisions impromptues, système de prise en charge dépassé, souches plus sévères, sont autant de facteurs qui peuvent s’avérer déterminants dans cette décision, mais là n’est pas notre propos. On s’interroge surtout : Est-ce que le Maroc a les moyens de se reconfiner ? La réponse est vraisemblablement non, et à plusieurs niveaux, notamment économique.

Driss Effina, universitaire et président du centre indépendant des analyses stratégiques, nous explique pourquoi une telle mesure serait coûteuse pour le pays.

«Le confinement coûte cher à l’économie et c’est le citoyen qui va payer», dit-il d’emblée dans une déclaration à Hespress Fr.

Il reconnait certes que la situation épidémiologique n’est pas des plus rassurantes, mais ne justifie pas à ses yeux un reconfinement.  «Passer de 100 cas à 1000 cas par jour est inquiétant mais pas assez pour déclarer un confinement, car tout le monde est d’accord que le confinement coûte cher à l’économie, et nous risquons d’avoir des problèmes économiques plus graves que le coronavirus lui-même», soutient l’économiste.

Il précise à cet égard que «si nous retournons au confinement, la situation sera très alarmante et nous risquons de ne pas maitriser les choses».

«Jusqu’à aujourd’hui les choses sont encore maîtrisables même sur le plan économique, tout ce qui a été annoncé, notamment lors du discours du trône, pour relancer l’économie (120 milliards, investissements stratégiques…), montre qu’il y’a une bonne volonté mais c’est pour la situation de maintenant, et cela ne suffira pas en cas d’un deuxième confinement, cela demandera des montants que nous ne pourrons pas supporter. La situation d’aujourd’hui est supportable mais dans cette limite-là», assure notre interlocuteur.

Et de poursuivre : «On tombera dans l’endettement et une bonne partie des 120 milliards partira dans des investissements externes. La dette ne me fait pas peur s’il en est fait bon usage, autrement dit, si on investit dans des secteurs qui auront un retour sur l’investissement important. Ce qui serait inquiétant, c’est que cet argent soit investi pour faire face à des choses à caractère social qui auront un retour d’investissement sur le long terme».

Selon l’universitaire l’équation est simple : Il faut faire les grands calculs et les bons arbitrages, en plus d’une bonne discipline du citoyen, pour que la situation reste maîtrisée.

«L’argent doit aller là où il le faut, et le citoyen doit faire ce qu’il faut, c’est la clé de l’équation dans laquelle on se trouve», estime-t-il.

D’une manière plus générale, il affirme que la situation est compliquée pour le monde entier, car les chiffres à l’échelle internationale vont à la hausse, l’ouverture des échanges internationaux n’est pas pour demain, et là on devra dire au revoir à la mondialisation.

«Ce n’est pas facile pour le Maroc car nos échanges par rapport au PIB vont jusqu’à 80%, et les pays qui ont ce ratio-là seront très touchés, vu que la croissance vient de l’extérieur», détaille Driss Effina.

Il précise : «Depuis le tout début, j’étais parmi ceux qui se sont opposés au confinement général, qui aurait dû faire place à des décisions plus intelligentes, tel le confinement par zone».

«Nous avons pénalisé notre économie d’une manière solidaire, ce n’est pas bon, il fallait laisser des zones où le seuil des contaminations ne dépasse pas un niveau intolérable. Adopter un confinement par zone depuis le début aurait été mieux, car ce qui compte n’est pas le nombre des contaminations mais celui des décès qui reste assez faible au Maroc», argue l’économiste.

Justement, depuis une dizaine de jours, le nombre de décès dus au coronavirus va crescendo. Y aurait-il donc indication de re-confinement ?

Notre interlocuteur est catégorique. «Un deuxième confinement serait fatal pour les secteurs déjà très touchés. Mais, dit-il, heureusement qu’ils ne représentent pas une grande part dans le PIB (en termes de valeur ajoutée globale), même si d’un autre côté, ils ont leur importance en termes de devises (tourisme, MRE, et transport aérien). Cela aurait été plus inquiétant si les secteurs fortement impactés était ceux à valeur ajoutée très importante comme le phosphate et les produits agricoles».

Toutefois, s’il n’est pas un grand partisan du confinement général, Driss Effina n’en appelle pas moins à la vigilance, en particulier avec l’afflux des MRE, ceux en provenance d’Europe notamment.

«Il faut rester vigilant surtout par rapport au retour des marocains venus d’Europe car ils pourraient ramener des souches du virus plus virulentes que celle que nous avons, et puis certains disposent de fausses attestations de test PCR. Il faut donc leur faire des tests même ici et imposer une quatorzaine», préconise-t-il.

Pour conclure : «On compte sur le système pour prendre des décisions plus intelligentes car le citoyen reste un humain et réfléchit +personnellement+».

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