Nouvelle vague Covid-19 : Modalités de gestion et organisation des soins selon SMMU-SMAAR

03 Août 2020 à 11:01 Société
Nouvelle vague Covid-19 : Modalités de gestion et organisation des soins selon SMMU-SMAAR

Une envolée des cas confirmés de Coronavirus, mais aussi de décès, a été observée au Maroc ces dernières semaines. Cette hausse, aussi redoutée qu’attendue, au vu de plusieurs facteurs aggravants, incite à revoir la politique de gestion de la pandémie et la manière d’appréhender le virus. C’est la mission que c’est assignée une équipe de professeurs de deux sociétés savantes marocaines, à savoir la Société Marocaine de Médecine d’Urgence (SMMU) et de la Société Marocaine d’Anesthésie d’Analgésie et de Réanimation (SMAAR).

L’équipe s’est penchée sur les modalités de gestion de la nouvelle vague de la covid-19 et l’organisation des soins, et a émis des recommandations dédiées.

En effet, la prise de conscience de l’augmentation exponentielle redoutée de cas de contamination au SARS-CoV-2, a mobilisé les experts de la SMMU et de la SMAAR pour réfléchir à une stratégie de gestion, permettant de contrôler efficacement l’évolution de l’infection.

Depuis une dizaine de jours, les cas actifs recensés quotidiennement ont décuplé et les décès ont été multipliés par 5, ont relevé les experts, qui mettent également en avant l’accroissement continu du nombre de patients en réanimation, indicateur important de la pression sur le système hospitalier.

Ils soulignent à ce propos que tout projet de gestion doit prendre en considération l’adaptation des moyens disponibles à l’intensité de la propagation virale et aux capacités d’accueil hospitalières locales.

Ainsi, dans leurs nouvelles recommandations, ils se sont penchés sur 8 volets, à savoir la gestion des tests sérologiques, les modalités de prise en charge des patients sur les données cliniques, les modalités de la régulation médicale en cas d’afflux massif, la gestion des cas symptomatiques avec signes de gravité, la gestion des cas symptomatiques sans signes de gravité, la gestion des cas asymptomatiques sans facteurs de risque, la gestion des sujets « contacts » et le renforcement des mesures préventives.

Gestion des tests sérologiques

Les tests sérologiques permettent de détecter la présence d’anticorps liés au SARS-CoV-2 et non pas la présence du virus lui-même dans l’organisme, c’est-à-dire ils permettent de savoir si les patients ont déjà été en contact avec le virus, sans que leur présence signifie que la contamination est véritablement synonyme d’immunisation. Les deux tests disponibles sont les tests automatisables (ELISA) et les tests unitaires (TDR, TROD et autotests), et sont réservés exclusivement à la surveillance épidémiologique et en complément des tests PCR (ou test virologique).

A cet effet, les experts recommandent les tests sérologiques pour ce qui est diagnostic initial des cas symptomatiques sans signes de gravité, si non disponibilité d’un test RT-PCR, détection chez les professionnels soignants non symptomatiques (tests de dépistage réguliers/15 j), détection chez les personnes « contacts » à J7, en complément de détection par RT-PCR et détection chez les personnels d’hébergement collectif non symptomatique (établissements sociaux et médico sociaux, prisons, casernes, résidences universitaires, internats, …).

Modalités de prise en charge des patients sur les données cliniques

Le diagnostic et le suivi des lésions pulmonaires liées à la COVID-19 doit se faire prioritairement au sein de structures d’hospitalisation publiques et privées. Associées à la clinique, les anomalies observées au scanner thoracique semblent être bien corrélées avec la sévérité de l’atteinte clinique, et suffisent à elles seules pour poser le diagnostic positif. Le traitement médical selon le protocole standardisé national en pourra éventuellement, sur ces données, être initié.

Pour une utilisation à bon escient de ces examens complémentaires, les experts recommandent: Le scanner thoracique C-, en cas de symptômes évocateurs chez un patient COVID+ ou suspect, le scanner thoracique avec injection en cas d’aggravation secondaire ou admission en réanimation, pas d’indication à la réalisation d’un scanner thoracique à des fins de dépistage (à l’hôpital ou en médecine de ville) chez des patients asymptomatiques et/ou sans signes de gravi, pas d’indication à la réalisation d’un cliché thoracique pour le diagnostic de la COVID-19.

Gestion des cas symptomatiques avec signes de gravité

Parmi les 15% des patients infectés qui nécessiteront une hospitalisation, 5 % relèvent d’une prise en charge aux soins intensifs (dont il faut dispatcher entre les Unités de Soins Intensifs (USI) publiques et privées selon la disponibilité des lits), avec recours à la ventilation invasive. En plus du traitement pharmacologique antiviral et anti-inflammatoire précoce, le traitement est centré sur l’oxygénation à haut débit, la ventilation non invasive (VNI) et la ventilation mécanique protectrice, qui constituent la pierre angulaire du traitement réanimatoire de l’atteinte pulmonaire de la COVID- 19.

La gestion des cas symptomatiques relevant des Unités de Soins Intensifs (publiques et privées) doit se faire par des spécialistes en Médecine d’Urgence et/ou en Anesthésie-Réanimation. Si besoin, d’autres spécialistes (même privés) peuvent être réquisitionnés.

Selon les experts SMMU-SMAAR, les patients éligibles à une prise en charge en USI sont les patients symptomatiques suspects ou RT-PCR+ admis d’emblée en détresse respiratoire aiguë, les patients symptomatiques suspects ou RT-PCR+ (ou test IgG/IgM+) avec signes de gravité, les patients symptomatiques RT-PCR+ (ou test IgG/IgM+) cliniquement rapidement progressif, les patients symptomatiques avec facteurs de risque liés à la COVID-19.

Gestion des cas symptomatiques sans signes de gravite

Plus de 80% des cas symptomatiques évoluent favorablement sous le traitement protocolisé national, expliquent les experts, qui précisent que les cas symptomatiques sans signes de gravité et en dehors de facteurs de risque liés à la COVID-19 peuvent éventuellement être suivis en ambulatoire, après une première consultation où ils bénéficieront d’un test RT- PCR, d’un ECG, d’une sensibilisation sur les mesures préventives à observer rigoureusement, avec recueil de leurs données personnelles.

Et de souligner que les cas symptomatiques qui peuvent avoir recours à l’hospitalisation dans les secteurs COVID-19 dédiés à cet égard (publics et/ou privés), sont les patients symptomatiques, RT-PCR+ ayant un ou plusieurs facteurs de risque liés à la COVID-19.

Pour cela, disent-ils, et vu le nombre insuffisant des infectiologues et des médecins internistes, les autres spécialistes (en spécialités médicales ou chirurgicales y compris les libéraux) peuvent être réquisitionnés afin d’aider leurs confrères à gérer cette situation critique.

Gestion des cas asymptomatiques et des sujets «contacts»

Les cas asymptomatiques sans signes de gravité avec RT-PCR+ (ou test IgG/IgM+) doivent être suivis en ambulatoire selon les mêmes modalités que les cas symptomatiques sans signes de gravité. Les cas «contacts» bénéficieront d’une simple surveillance en ambulatoire avec un contrôle test IgG/IgM à J7.

Modalités de la régulation médicale en cas d’afflux massif

Face à une nouvelle vague de la COVID-19, Le SAMU-Centre 141 ne peut, à lui seul, être le seul point d’entrée de tous les appels et rester pleinement disponible pour les urgences dans un contexte de forte mobilisation.

Les experts SMMU-SMAAR estiment donc nécessaire de réserver exclusivement l’accès aux capacités de prise en charge des urgences vitales, des cas graves et/ou complexes au SAMU-Centre 141, et privilégier les autres circuits existants aux autres cas en fonction des ressources locales (numéros verts autres que le «141», protection civile, SAMU privé, médecine de ville…).

Il recommandent également de mettre en œuvre une stratégie de renforcement des capacités locales et d’entraide régionale, à travers entre autres, l’ouverture de salles de crises et, si besoin, de salles de débordement supplémentaires, le renforcement des moyens humains par la mobilisation des étudiants (médecins, infirmiers, techniciens de santé …), des médecins généralistes de ville et des médecins retraités (que ce soit aux horaires de permanence ou en journée), l’organisation du rappel des appelants en cas de saturation des lignes téléphoniques, le suivi des lits de réanimation (publics et privés) confiés au COVID-19 par le SAMU-Centre 141 régional et/ou zonal en fonction de l’activité et la mise à disposition de bases documentaires communes au moins à l’échelon régional.

Renforcement des mesures préventives

Les experts rappellent l’application rigoureuse des mesures de prévention pour minimiser le risque de transmission virale et l’apparition de nouveaux Clusters. Ces mesures se basent essentiellement sur l’observance des mesures d’hygiène individuelle (lavage fréquent des mains au savon et à l’eau ou aux solutions hydro- alcooliques, utilisation des mouchoirs jetables et éviction de toucher les yeux, le nez et la bouche), et des mesures de distanciation sociale (port de masque facial, aération des espaces clos et confinés, distanciation physique et éviction des sources de climatisation incriminées dans les derniers Clusters estivaux).

Les professionnels du tourisme dans le flou