Hôpital Mohamed Bouafi: Une radio qui ne marche pas la nuit et des médecins hors service

01 Août 2020 à 16:28 Société
Hôpital Mohamed Bouafi: Une radio qui ne marche pas la nuit et des médecins hors service

La situation des urgences de l’hôpital public Mohamed Bouafi à Casablanca est désastreuse. Une patiente qui s’est rendue dans la soirée du vendredi 31 juillet, soit la soirée de Aïd Al-Adha a décrit à Hespress Fr des urgences qui ne répondent ni aux normes nationales ni internationales et un état des lieux délabré avec un effectif réduit qui fait avec les moyens du bord. 

Dans un premier temps, la patiente qui s’est rendue aux urgences de l’hôpital en question pour un gonflement et des douleurs au niveau de la cheville devait patienter un bon bout de temps avant de voir le médecin traitant, vu le nombre de personnes qui attendaient avant elle.

Une fois devant les deux médecins en service ce soir-là, un médecin interne et un médecin-chef, n’ont même pas pris la peine de l’examiner pour savoir de quoi il s’agit exactement.

« Je suis rentré dans la pièce en chaise roulante parce que je n’arrivais pas à marcher. Les deux médecins étaient assis dans un bureau. Ils m’ont demandé de quoi s’agit-il. J’ai répondu que je me suis réveillé avec un mal de cheville. Je leur ai expliqué que ma cheville a par la suite gonflé dans la soirée et les douleurs se sont accentuées. Aucun d’eux ne s’est levé pour m’examiner. Ils m’ont juste demandé d’aller à une salle à côté pour un bandage » nous a-t-elle expliqué.

Par la suite, un infirmier « stagiaire », qui faisait plusieurs actes à côté (piqûre pour une dame, nettoyage d’une blessure de tête pour un autre patient …), lui a simplement bandé la cheville sans y mettre aucune goutte d’alcool et sans même lui injecter une piqûre pour calmer ses douleurs.

« Quand ma fille a vu que le médecin ne m’a pas examiné et que l’infirmier a juste bandé ma cheville et que j’avais toujours mal, elle est rentrée voir le médecin pour lui dire que rien de cela n’a résolu mon problème et que je devais au moins avoir droit à une piqûre pour calmer mes douleurs et une radio pour savoir s’il ne s’agit pas d’une entorse. C’est à ce moment-là qu’il lui a prescrit une piqûre de corticoïdes que l’infirmier m’a injectée par la suite » explique-t-elle à savoir que cette piqûre est prescrite d’office à tous les patients quelque soit leur cas, nous explique une ex-infirmière de l’hôpital Mohamed Bouafi.

La patiente de son côté n’a pas manqué de souligner le manque d’hygiène au sein des urgences de l’hôpital en question. Elle nous confie ainsi que l’infirmier n’a pas changé les gants qu’ils mettaient et s’en servait d’un patient à un autre. Une absence d’hygiène, en pleine crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19, qui l’a interpellé.

S’agissant de la radio, l’un du personnel sur place lui a indiqué qu’elle ne fonctionne pas la nuit et que ce n’était pas la peine d’insister . Comment ? La même personne travaillant au sein des urgences de l’hôpital Mohamed Bouafi lui a expliqué que le technicien en charge de la radio ne travaille pas de nuit et qu’il faudra venir le lendemain matin pour faire une radio.

Selon une ancienne infirmière au sein des urgences de Mohamed Bouafi, il y a deux techniciens qui s’occupent de la radio. L’un vient à 8h et termine son shift à 14h, et le second prend la relève de 14h à 20h. Après, plus rien. Les patients qui viennent la nuit pour une urgence qui nécessite une radio doivent attendre le matin. Elle précise également que le technicien qui vient l’après-midi sort des fois bien avant la fin de son shift, vers le coup de 16h ou 17h.

Face à toutes ses défaillances qu’elle a observées au sein des urgences de Mohamed Bouafi, la fille de la patiente a finalement transporté sa maman âgée de 67 ans à une clinique privée alors que son droit légitime en tant que citoyenne marocaine est de profiter pleinement de ce service “basique” au sein des hôpitaux publics du Royaume.

Pour les médecins sur place, leur “devoir” et leur “formation” leur imposent d’examiner le patient avant tout acte et non de les passer l’un après l’autre comme des moutons. Mais de leur côté, ils estiment que l’État ne les motive pas assez et crient à la pénurie de médecins et de personnel soignant au sein des hôpitaux publics qui connaissent un encombrement ainsi que le manque d’équipements nécessaires.

Pourquoi donc avoir choisi ce métier “noble” en connaissant d’avance les conditions de travail au sein des hôpitaux publics marocains et faire payer le prix aux pauvres citoyens qui se trouvent obligés de s’endetter pour se faire examiner dans les cliniques privées ? Les gagnants au final sont justement les cliniques privées qui elles, se soucient uniquement du profit.

Malheureusement, la situation défaillante des urgences de Mohamed Bouafi n’est pas un cas isolé. C’est malheureusement le cas dans la plupart des urgences publiques du Royaume.

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