Webinar: 37% des jeunes marocains n’ont jamais utilisé de préservatif

15 Juil 2020 à 21:01 Société
Webinar: 37% des jeunes marocains n’ont jamais utilisé de préservatif

La jeunesse marocaine fait face à plusieurs difficultés en rapport avec ce qui touche à la santé sexuelle et reproductive, le rôle des médias dans l’ouverture du débat et la progression de la société loin des tabous liés à la sexualité a été au centre des discussions d’un webinar organisé par le Bureau de l’UNESCO pour le Maghreb et le Fonds des Nations Unis pour la Population (UNFPA).

Malgré la multiplicité des sources d’information et la diversité de leurs formats notamment sur internet qui a démocratisé l’accès à l’information gratuite, certains sujets gardent comme la sexualité toujours une part d’ombre dans plusieurs sociétés du monde, notamment au Maroc où le sujet est tabou.

Alors que l’information est disponible, souvent, elle est incorrecte, incomplète, ou représente une réalité faussée des relations sexuelles et intimes entre les individus, ont fait remarquer les intervenants du webinar, d’où le rôle des médias dans la sensibilisation à l’importance des programmes pédagogiques liés à une éducation sexuelle complète.

37% des jeunes ayant eu des relations sexuelles n’ont jamais utilisé de préservatif

« L’accès universel à l’information, à l’éducation, et aux services de santé reproductives sont nécessaire pour jouir du meilleur état de santé sexuelle et reproductive », a déclaré à ce propos Luis Moa, représentant de l’UNFPA au Maroc.

« La CIDP (conférence internationale sur la population et le développement) a été adoptée par les Etats membres des Nations Unies y compris le Maroc et aussi dans le cadre des objectifs du développement durable de l’agenda 2030 où le Maroc s’est engagé pour l’accès à tous à des services de soins et de santé sexuelle et reproductive », notamment en termes de planification familiale, d’information et d’éducation et la prise en compte de la santé reproductive dans les stratégies et programmes nationaux d’ici à 2030, a-t-il rappelé.

Aujourd’hui, après plus de 25 ans après l’adoption de ce programme d’action et aussi 5 ans après l’adoption de l’agenda 2030, le Maroc a réaffirmé les engagements lors du dernier sommet de Nairobi qui a été tenu en novembre 2019. « Nous félicitons le gouvernement marocain et la société marocaine pour ce renouvellement en matière d’engagement envers la santé sexuelle et reproductive et les droits reproductifs », a tenu à dire le représentant de l’UNFPA.

Malgré tout, « la jeunesse marocaine en ce qui concerne la santé sexuelle et reproductive, l’accès à l’information, l’éducation et les services, fait face à plusieurs difficultés », affirme Luis Moa.

Selon les dernières données disponibles, explique-t-il, « les jeunes marocains vivent en célibat prolongé. L’âge du mariage a augmenté à presque 32 ans pour les garçons et presque 27 ans pour les filles alors qu’ils ont des rapports sexuels de plus en plus précoces à l’âge de 16 ans pour les garçons et 17 ans pour les filles ».

Par ailleurs, 37% des jeunes entre 15 et 24 ans ayant eu des rapports sexuels, n’ont jamais utilisé de préservatifs et 44% d’entre eux n’utilisent que parfois et presque 8% des filles entre l’âge de 15 à 24 ans ayant eu une expérience sexuelle a eu une grossesse non désirée. Parmi ces filles presque 70% d’entre elles, ont subi un avortement, ajoute-il.

« Ces tendances peuvent avoir des conséquences et ont déjà des conséquences graves si l’on considère l’accès limité des jeunes à l’éducation et à la formation et les services en matière de santé sexuelle et reproductive », soutient le représentant onusien au Maroc.

Et les investissements en matière d’éducation sexuelle complète ont également des avancées économiques, assure Moa tout en ajoutant que cela jouera un rôle de catalyseur pour la croissance économique et le développement social, et c’est pour cela qu’il faut « stimuler le débat dans les médias ».

L’UNFPA de son côté, déploie des efforts importants pour mettre en place des programmes et des projets stratégiques en matière d’éducation sexuelle complète et ses projets visent à renforcer les capacités des acteurs clés soit au niveau du gouvernement soit au niveau de la société civile, notamment en prenant contact avec le ministère de l’Education pour l’intégration des composantes de l’éducation sexuelle complète dans les cours, explique le représentant de l’UNFPA.

En 20 ans, des progrès dans la société marocaine

Dans son intervention, la sexologue Amal Chabach s’est penchée sur une réflexion sur les changements de la société marocaine en rapport à leur relation avec leur sexualité. La sexologue qui officie dans un cabinet de Casablanca a parlé de son expérience ces dernières 20 années avec ses patients.

Pour la thérapeute du couple et de la famille, la société marocaine a subi de grands changements dans leur approche aux relations intimes et leur manière d’aborder le sujet, notamment avec une plus grande liberté de parole.

« Je vois tous les jours dans patients affluer dans mon cabinet pour parler de leurs problèmes sexuels, donc je suis dans une relation directe avec les gens, et je peux être témoin du développement des marocains par rapport à tout ce qui est en relation avec les problèmes d’ordre sexuel et intimes », a-t-elle déclaré.

Selon elle, ces changements se sont également traduits dans les médias et cela a commencé par la presse écrite avant de voir des sujets jugés comme tabous, être abordés à la télévision publique.

La manière d’aborder ces sujets et le vocabulaire choisi, restent très importants pour les marocains qui, gardent néanmoins des blocages vis-à-vis de ce sujet notamment en arabe, ajoute la sexologue qui a dit espérer que les choses continuent d’évoluer positivement grâce à l’éducation, l’évolution des idées et des croyances.

« Aujourd’hui il y a beaucoup plus d’ouverture et une prise de conscience chez les hommes et femmes, mariés ou célibataires. Ils viennent et demandent à s’informer et à s’enquérir des solutions aux problèmes sexuels dont ils souffrent et nous savons bien que cela représente l’une des principales causes du divorce », a déclaré Amal Chabach.

Et d’ajouter, « je suis convaincue que si la personne n’a pas de stabilité dans sa relation intime et dans sa vie sexuelle, il y aura un impact mental et de ce fait cela entraînera des répercussions sur ses relations au travail et sociales », faisant remarquer que si ce genre de répercussions concernent la vie d’une personne mariée et ayant une famille, la portée n’en sera que plus grande étant donné que la famille reste le noyau de la société et, cette société se verra impactée négativement à tous les niveaux dans son développement.

L’importance de véhiculer la bonne définition

De son côté, Golda El Khoury, directrice et représentante du bureau multipays de l’UNESCO à Rabata estimé que « du point de vue de l’UNESCO, et des nations unies en général, le concept de l’éducation sexuelle complète demande une méthodologie qui s’intéresse à plusieurs niveaux et qui va au-delà de la définition biologique ou sexuelle, parce que les relations sexuelles et relations intimes se vivent dans un contexte social, politique, économique lié aux interactions, modes de pensées, et expériences personnelles et cela impact notre progression, nos expériences et comment nous vivons les chances qui nous sont données ».

« C’est une manière d’aborder l’enseignement de la sexualité et de relations interpersonnelles qui soit adaptée à l’âge, culturellement pertinente et fondée sur des informations scientifiques précises, réalistes et s’abstenant de jugement de valeurs », a-t-elle déclaré citant à titre d’exemple la définition retenue par l’UNESCO et publiée en 2018 après de longs efforts pour trouver une définition pertinente, globale et largement acceptée.

Pour elle, le rôle des médias s’explique par leur capacité à partager des informations scientifiques correctes mais pas seulement, cela permettra d’aider tous les acteurs dans les domaines, notamment gouvernement, société civile et institutions internationales à « progresser et continuer les efforts fournis afin que les jeunes puissent vivre dans un climat favorable à une vie sûre et heureuse, et qu’ils soient en même temps éduqués, ayant un accès à l’information ».

« C’est pour cela qu’il faut renforcer le rôle des médias dans ce domaine parce que ce sont eux qui peuvent encourager à avoir un esprit critique et renforcer leur patriotisme à travers l’ouverture vers toutes les composantes de la société », a-t-elle suggéré.

De ce fait, il sera possible de développer des valeurs et principes positifs et d’envisager des relations sociales et intimes qui se basent sur le respect et sans tabou autour de ce sujet. Pour El Khoury, il est également important de noter que ces principes sont communs et peuvent avoir lieu en dépit des origines ethniques, sociales, économiques, la situation des immigrés, de la religion, ou encore de l’orientation sexuelle.

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