Coronavirus et tourisme : Maroc, Tunisie, destin commun et avenir incertain

Coronavirus et tourisme : Maroc, Tunisie, destin commun et avenir incertain

Le secteur du tourisme au Maroc et en Tunisie tutoyait une croissance à deux chiffres l’an dernier (2019), un fait rare dans le domaine et qui avait fait pavoiser autant à l’est qu’à l’ouest. Neuf pour cent (9%) de visiteurs supplémentaires pour les deux nations locomotives du tourisme d’Afrique du Nord, en la matière, que sont et, la Tunisie et, le Maroc, on pouvait faire sauter le bouchon, il y avait de quoi.

Seulement voilà, Sir coronavirus (Covid-19) le meilleur des touristes entre temps, est passé par là. Pire, comme l’empire hunnique, fondé sur un processus de conquêtes de territoires, qu’il abandonnera par la suite, il ne laissera à son passage que rage et désespoir.

Bref en six mois il a réussi à faire de la « Bohème » de Jean Lefebvre et des riads de Marrakech aux boîtes de nuit de Hammamet prisées par les Algériens et les Européens, de Djerba la paisible au désert marocain de Ouarzazate et d’ailleurs, des endroits hantés ni plus ni moins. Pourtant, le Maroc et la Tunisie, disposent d’un patrimoine touristique extrêmement riche et varié.

Outre leurs sites historiques exceptionnels et mondialement connus, les deux pays possèdent une géographie d’une grande variété de par leurs flores et faunes ainsi que des sites balnéaires qui font le bonheur des vacanciers et touristes européens, américains et asiatiques, des pays du Golfe notamment.Dans cette région du Monde, la pandémie du coronavirus qui ravage la planète, a pratiquement éteint certains secteurs dont celui important, on a dit, du tourisme qui contribue tout de même pour environ 8% du PIB au Maroc et 14% en Tunisie, faisant planer ainsi le risque de défaut de paiement sur un gros pan du tissu économique des deux pays.

L’enjeu pour la survie du secteur, étant, après avoir touché le fond d’essayer d’en rebondir en préparant une reprise quelles que soient les conséquences que l’on aura subies sachant en cela qu’il n’y aura à tirer de l’exercice, actuel que dalle. Bref se tourner vers demain avec un pack de l’avenir. Au Maroc, certes un plan de relance a été élaboré et communiqué aux professionnels, mais encore faut-il que le succès soit au rendez-vous, notamment un afflux des touristes, nationaux s’entend, qui sont invités dans toutes les langues à « consommer local », mais pour quelle offre?

Bref, pour le repositionnement ou la redéfinition du produit touristique marocain il faudra repasser, et attendre la réouverture des frontières pour avoir une réelle vision de la chose, pour l’heure comme pour notre aviation, on navigue à vue. Aux dernières nouvelles, l’Espagne et l’Allemagne ont ouvert les frontières aériennes avec la Tunisie ce qui n’est hélas pas notre cas.

En Tunisie par contre on s’est préparé en fonction dès l’annonce de la réouverture des frontières (27 juin). Hespress a contacté un consultant et conseiller en tourisme en Tunisie Abdelhak Ben Laater qui bienveillant, nous a aiguillé sur le secteur dans son pays à l’orée de cette réouverture.

« On ne s’attend pas à notre meilleure année, d’ailleurs on ne va pas se voiler la face, 2020 c’est +over+. C’est un nouveau coup dur qui vient nous frapper alors que l’on se relevait à peine des événements de Tunis et de Sousse en 2015 avec notamment une reprise en 2018 et 2019 qui laissait présager un avenir meilleur pour cette activité ô combien essentielle pour la Tunisie ».

Et de détailler « ils étaient à peu près une dizaine de millions de touristes qui ont visité le pays en 2019 on y avait cru malgré l’ardoise d’impayés (plus de 60 millions d’euros) due à la faillite du tour-opérateur Thomas Cook en septembre 2019. Mais malheureusement, la réalité est autre aujourd’hui, il faut s’attendre à une période très, très difficile ».

S’agissant de la reprise après cet arrêt brutal dû au coronavirus (Covid-19), Ben Laater est plutôt pessimiste. « Là, on n’a plus de visibilité du tout sur l’avenir de l’activité touristique en Tunisie. Tout va dépendre de la reprise de l’aérien, peut-être durant l’été en juillet, août, septembre on ne sait pas. Certes, on est le pays du Maghreb à avoir rouvert nos frontières en premier, mais les vols commerciaux reprennent à peine».

En Tunisie, le secteur touristique qui représente environ 14 % du produit intérieur brut emploie un demi-million de personnes. La majorité des touristes viennent du Maghreb (Algérie surtout) et d’Europe (France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne…). Les autorités tunisiennes évaluent à 1,5 milliard d’euros le manque à gagner. De nombreuses entreprises touristiques touchées par la crise devraient mettre la clé sous le paillasson car elles ne s’attendent pas à une quelconque aide de l’Etat.

Pour notre consultant, « il vaudrait mieux, histoire d’apprécier cette situation catastrophique avec justesse se projeter vers 2021. Mais pour autant on ne pourra atteindre notre vitesse de croisière qu’à l’horizon 2023 et encore si tout va bien ». « La Tunisie essaye de sauver ce qui a, à sauver », conclut notre interlocuteur.

Pour cela, le pays se prépare à une éventuelle reprise. Aussi, les autorités tunisiennes planchant sur un protocole sanitaire post-Covid, ont-elles ciblé entre autres dispositions, l’ouverture des frontières. Ils ont annoncé des règles sanitaires et d’hygiène réparties selon un classement des voyageurs en trois groupes comme suit.

Toute personne souhaitant se rendre sur le territoire tunisien sera classée selon le pays de provenance. Une couleur lui sera attribuée, verte, orange et grise et ce afin de contrer une nouvelle vague de contamination au Covid-19. Le premier groupe (couleur verte) concerne les pays à faible contamination. Les ressortissants de ces pays ne seront soumis à aucune mesure spécifique et seront libres de circuler sans aucune exigence. Le second groupe (couleur orange) implique les pays où la contagion est moyenne. Les ressortissants de ces pays sont tenus de présenter un test RT-PCR effectué 72 heures avant le voyage et 120 heures maximum à l’arrivée. Pour cette catégorie le confinement n’est pas obligatoire.

Enfin, le troisième groupe (couleur grise) concerne les Tunisiens et touristes souhaitant séjourner dans les hôtels. Ces derniers doivent être soumis au protocole sanitaire du tourisme tunisien et devront se déplacer dans des bus touristiques par groupes rigoureusement encadrés. En ce qui concerne les tunisiens vivant à l’étranger et les étrangers résidant en Tunisie, ils devront se munir d’un test Covid-19 effectué 72 heures avant le voyage, et doivent également s’engager par écrit à respecter un confinement obligatoire de 14 jours chez eux. Les hôtels n’emplissant qu’à 50% de leur capacité et les chambres ne seront attribués après stérilisations etc. que 48 heures après le départ du dernier client.

Les initiatives Royales, un rempart contre la crise et ses répercussions