Le Maroc s’arme moins en France

07 Juin 2020 à 08:34 Politique
Le Maroc s’arme moins en France

La tendance s’était dégagée en début d’année, et elle se confirme. Le dernier rapport sur les exportations d’armement de la France, montre clairement que le Maroc ne s’arme plus que dans l’Hexagone, avec un chiffre d’affaire de 81,6 millions euros au titre de 2019.

En termes de ventes, le Royaume est en effet dépassé par des pays européens, notamment de l’Est, un résultat normal de la politique française de défense plutôt tournée vers l’Europe.

Dans ce rapport transmis au parlement, la ministre française des Armées, Florence Parly, a en effet souligné : « Nous avons fait le choix de l’Europe, nous en mesurons aujourd’hui toute la pertinence : il s’agit de créer des partenariats, de favoriser les coopérations et l’interopérabilité de nos armées avec en ligne de mire, la volonté d’agir ensemble. C’est cela, l’Europe de la défense ».

«Je suis donc fière d’annoncer qu’en 2019, les clients de l’Union européenne ont représenté 42% des prises de commandes auprès de nos industriels (et près de 45% en comptant les autres pays européens, hors UE). Trois pays européens – la Belgique, la Hongrie et l’Espagne – figurent parmi nos cinq principaux clients (…)», a-t-elle souligné.

Avec des chiffres respectifs de 1,8 milliard, 630 et 430 millions d’euros, la Belgique, la Hongrie et l’Espagne, sont en effet les premiers clients de la France qui est parvenue, en dépit d’une conjoncture difficile, à maintenir son industrie de défense à flot, avec des prises de commandes s’élevant pour l’année 2019 à 8,33 milliards d’euros – contre 9,1 milliards en 2018.

Le Royaume opte pour le Made in USA

Si la France a opté pour l’Europe, il est vrai aussi que le Maroc a montré une préférence pour le marché américain.

En effet, ses chiffres avec l’Hexagone ont été en dents de scie ces dix dernières années, au gré des aléas politiques, marquant ainsi des périodes de pic, et d’autres de morosité. Ils sont, de fait, allés de 47,4 millions d’euros en 2010 à 81,6 en 2019, avec des périodes fastes en 2013 (584,9 millions) ou encore 2015 et 2016 avec respectivement 72,5 et 89,9 millions, et des planchers tels qu’il a été le cas en 2017, avec seulement 2,3 millions d’euros.

D’autre part, le Royaume s’est tourné vers l’industrie américaine. Selon le rapport « Trends in international arms transfers, 2019», le Royaume figure, aux côtés de l’Algérie, parmi les pays africains ayant le plus importé de l’armement entre 2015 et 2019, avec une prévalence pour l’armement américain, (91%) de ses achats en 2015/19, devant la France (8,9%) et le Royaume-Uni (0,3%).

Pour le Stockholm international peace research institute (SIPRI), cela « s’est produit dans le contexte des tensions de longue date entre l’Algérie et le Maroc, et les tensions et inquiétudes liées aux conflits au Mali et en Libye voisins ».

De même, en septembre 2019, le Département d’État américain a levé le voile sur un contrat portant sur la vente au Maroc de 2.400 missiles antichars guidés et de plus de 6.000 bombes pour ses avions F-16, le tout pour 985 millions de dollars, soit 9,5 milliards de dirhams.

Par ailleurs, d’après un document de l’autorité de l’exportation américaine, le Maroc a effectué en 2019, plusieurs achats sécuritaires pour ses plateformes portuaires, aériennes, des frontières, ainsi que pour la sécurité interne du pays.

Le Royaume a ainsi acquis de grands scanners, des équipements de radiocommunication satellitaire, des équipements pour la lutte contre le terrorisme et la diffusion de bombes, des équipements de surveillance avancés, etc.

Dans les détails, pour l’armée, le Maroc a acquis des tanks de type « Abrams », en plus d’une assistance technique pour ceux-ci, plusieurs avions de chasse de type « -16 Fdes hélicoptères « Apache » pour 1,5 milliard de dollars, des tanks « M1A1 » [0.75 milliard de dollars], des lance-missiles «TOW» avec des roquettes pour 180 millions de dollars, ainsi que plusieurs hélicoptères « C -130 » et « CH-47D».

Le document indique, en outre, que le budget militaire du Royaume devrait se hausser à 3,9 milliards de dollars à l’horizon 2022.

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