Reprise de la presse papier: Plusieurs éléments n’ont pas été pris en compte

26 Mai 2020 à 15:22 Economie
Reprise de la presse papier: Plusieurs éléments n’ont pas été pris en compte

Le ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports, Othman El Ferdaous, avait indiqué, courant semaine dernière, la reprise de la publication des journaux version papier, à compter de ce mardi 26 mai.

Les entreprises de presse écrite sont en effet autorisées à reprendre l’impression et la diffusion de leurs titres, après que les entreprises de presse soient passées en mode télétravail et diffusaient leurs journaux édités en support PDF sur les sites électroniques des rédactions, dans le sillage de l’état d’urgence sanitaire imposé par le gouvernement pour limiter la propagation du coronavirus au Maroc.

A ce propos, Mohamed Berrada, président de « Promopress », a confié à Hespress FR que la décision de reprendre la publication des journaux n’a pas tenu compte de plusieurs éléments essentiels.

C’est bien de reprendre la publication, mais est-ce que les imprimeurs ont été avisés à l’avance, parce que la majorité ne sont pas là. On imprime des journaux pour les envoyer où, comment, quand et par quel moyen ? Aujourd’hui les gens ne sortent pas sauf en cas de besoin majeur. Sortir pour aller chercher un journal, n’est pas une raison valable pour se déplacer selon les autorités, sans oublier que les kiosques ne sont pas ouverts non plus”, avance Berrada. 

Mis à part ça, et même si on reprend la publication, pour les journaux basés à Casablanca et à Rabat, comment vous allez les envoyer à Rabat.

Côté logistique, Berrada estime indique qu’il faut aviser les distributeurs à l’avance et les préparer, rappelant ainsi qu’il y a toute une logistique derrière. “Si on reprend la publication, comment on va envoyer les journaux de Casablanca vers Rabat par exemple. Il faut surtout qu’il y ait une concertation entre les éditeurs et les distributeurs, notamment se mettre d’accord sur quelle quantité il faut imprimer, ce qu’on appelle les réglettes de distribution, les services à envoyer à chaque agence, chaque centre et point de vente, la manière avec laquelle il faut distribuer. Donc il y a beaucoup de choses à préparer avant de démarrer la publication”, explique notre interlocuteur. 

Cette décision a été prise de manière quelque peut hâtive, poursuit Berrada, qui indique “qu’un jour on dit aux journaux n’imprimez plus, et un beau jour on leur dit allez-y, vous pouvez imprimer”. 

À mon avis, il fallait impliquer l’ensemble des intéressés à tous les niveaux, aussi bien les éditeurs, les distributeurs, que le réseau de distribution, et puis toutes les personnes en relation avec ça, notamment les transporteurs. D’ailleurs, j’ai parlé avec deux ou trois directeurs de journaux, je leur ai demandé s’ils ont commencé l’impression, ils m’ont répondu comment ? Le personnel n’est pas là, l’imprimeur n’est pas au courant, et il faut qu’il prépare sa machine. Donc ça demande un peu de temps”, explique Berrada. 

Cependant, notre interlocuteur estime qu’il s’agit d’une “très bonne décision” de reprendre la publication des journaux papiers, notant que “ la presse papier doit continuer à paraître, encore faut-il lui assurer les conditions nécessaires pour quel puisse paraître. Il ne suffit pas d’imprimer des journaux et les laisser stockés dans des hangars”. 

Interrogé si le confinement a laissé la place au digital pour remplacer la presse-papier, Berrada nous assure que le digital n’a pas remplacé le journal, « mais il a permis aux citoyens de s’informer, et c’est une très bonne chose ».

« Le digital existe bien avant le confinement, et continuera d’exister même après. Mais le papier existera toujours après le confinement aussi, comme dans tous les pays du monde où il y a des journaux qui continuent à paraître sur la version papier, parce qu’il y a des gens qui continueront toujours à lire le journal puisqu’ils aiment ce contact avec le papier.  Mais ça n’empêche pas de lire l’information sur son smartphone, et puis dire: tiens je vais prendre le journal!. Vous savez qu’il y a une étude qui dit que l’écran renvoie à l’écrit. C’est-à-dire, vous lisez une information sur le téléphone et puis vous cherchez le journal parce que vous avez envie de le garder”, explique-t-il. 

Mais est-ce que le confinement peut convertir les amoureux du journal papier vers le digital, vu le changement d’habitude qui a été observer avec l’avènement du Covid-19 et le confinement ?

En réponse à cette question, Berrada affirme que “oui, en partie”.

“Le nombre de lecteurs qu’on a au Maroc n’est pas très important”, relève-t-il, affirmant en effet que “les habitudes des gens ont changé. Et cela veut dire que les journaux doivent changer aussi”.

Avant, le journal nous donnait une information sur le papier, mais cette information on l’a déjà eu par téléphone. Mais le journal peut nous d’offrir ce que le digital ne peut pas, comme des analyses, une enquête, une investigation etc. C’est vrai que le digital est important, il peut nous donner une information immédiate sur un accident dans notre quartier, mais le journal nous donnera plus de détail sur cet accident… ”, avance Berrada. 

In fine, notre interlocuteur insiste sur le fait que le papier persistera, le digital se développera, mais le papier se développera aussi. Maintenant, poursuit-il, il s’agit de changer la presse papier. Les journalistes doivent changer leur mode de travail, à savoir les longs articles que personne ne lisait et doivent commencer à écrire d’une autre manière, parce que le lecteur a de nouvelles attentes et habitudes.

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