Coronavirus, l’impact et l’avenir

24 Mai 2020 à 14:50 Société
Coronavirus, l’impact et l’avenir

Que dire à propos de cette pandémie ? Je dois avouer que le fait lui-même résiste à l’identification et ne se prête pas facilement à l’analyse.

*Par Abdellah Hammoudi

Il s’est pour ainsi dire insinué dans notre vie. Il nous a pris au dépourvu. D’abord, nous avons regardé, éberlués et assez distants, ce qui se passait en Chine. Ensuite, nous avons réalisé qu’il s’agissait de nous aussi. La mort, qui emportait les vies humaines d’abord en ce pays, se répandait ensuite partout. Dans les pays riches et puissants, anciens et nouveaux, et dans notre sphère à nous, de pays a économies fragiles, ou bien domines par la pauvreté et ravages par les maladies.

Pour chacun d’entre nous, dans notre condition d’aujourd’hui, la mort est une réalité immédiate. Nous la voyons emporter les autres alors que nous survivons sans comprendre comment ni combien de temps notre survie ne va durer. Au plan individuel, c’est le fait le plus neuf et le plus difficile à cerner. La réponse de la science tarde, et ne peut rien pour l’instant contre ce sentiment et cette réalité. Celle de la religion se divise en deux espoirs de salut et attentes d’un secours de la médecine, ou bien négation de la science et confiance dans le miracle. Cette attitude est présente dans toutes les sociétés contemporaines. En occident, elle est cantonnée dans la vie privée. Dans notre région, elle cherche à imposer ses discours mobilisés des forces en vue de saisir le pouvoir.

Les États et dirigeants politiques, quant à eux, naviguent cette tempête, et craignent surtout de perdre la direction des sociétés. Bien entendu, c’est le coup porté à l’économie, aux infrastructures et institutions, qui inquiète le plus.

De ce point de vue, la nouveauté décisive de cette pandémie est la suivante : on n’a pas vraiment saisi son insinuation dans nos vies, et l’on ne sait avec certitude combien de temps elle va durer ni quand et comment elle va s’arrêter. Ou alors, si elle persiste, sous une forme ou une autre, comment trouver un mode de vie nouveau, adapté à cette nouvelle condition humaine ? Pour l’instant, on entretient l’espoir d’une sortie. Car il est inimaginable pour les individus comme pour les états de ne pas entretenir l’idée d’une sortie. Ceci tout en naviguant à vue. En se portant vers les foyers qui apparaissent, faute de prévision. Les prévisions portent seulement sur les moyens de contenir… En gros : dépistage et distance.

Au premier aspect – la combinaison d’un capitalisme avancé, sous la conduite de l’état et du parti unique planificateurs – il semble que ce système donc ait mieux répondu à la crise. En réalité, il faut rester prudent. Car, la surveillance généralisée, et le contrôle quai total de l’information, par l’appareil d’état et le pâti unique, nous laissent dans le brouillard.

Dans le système du capitalisme néolibéral, on peut mieux suivre la situation, mais il semble que la réponse à la crise se heurte à de graves difficultés. Les changements ayant affecté la démocratie ont fait reculer les services publics au profit du marché et de l’entreprise privée, y compris les services médicaux et les structures liées à la santé publique de façon générale. Or une pandémie réclame une intervention massive rapide, et des services hospitaliers qui dépassent de trop loin ce que le marché peut offrir [en Espagne, on est réduit à transformer des hôtels en hôpitaux]. Par ailleurs, tester systématiquement la population est une opération longue et difficile. Les deux exceptions relatives sont l’Allemagne et la Corée du Sud au sujet desquelles il est difficile pour l’instant de se prononcer.

Dans les deux plus grands systèmes – Chine d’un côté, Amérique, Europe avec, pour cette dernière les nuances indispensables par pays, et en tannant compte des difficultés européennes – l’accumulation du capital et les niveaux de profit ont fait passer au second plan l’optimisation des moyens nécessaires pour construire une bonne vie généralisée, et sauvegarder l’environnement : il va falloir donc relocaliser sur les humains et non — humains [tous les vivants y compris le terri l’univers], qui doivent être bien traites et entretenus, et soigner [et pas seulement au sens médical du terme].

Faut-il insister que cette relocalisation doit dépasser le cadre des ensembles opulents et puissants pour inclure impérativement les pays du Sud ? Car, il faut bien admettre que la prospérité’ relative de la majorité chinoise paraît trop chèrement payée par les pays dans lesquelles s’activent les entreprises chinoises, et que les profits du néolibéralisme mettent en situation de précarité’ des masses considérables dans les pays du Nord, et en péril les populations et leurs ressources dans les pays du Sud. Et qu’enfin dans les deux systèmes, les moyens engagent dans la compétition planétaire pour le pouvoir est sans commune mesure avec ceux qui vont dans la dépense sociale.

Pour notre survie à tous, il paraît nécessaire de chercher le moyen de modérer ces dérives. Peut-être faudrait-il aller vers des constructions sociales a deux têtes [bicéphales en quelque sorte] : une tête qui fédérerait un tissu d’organisations sociociviques locales répandues sur l’ensemble du territoire, et une tête une tête qui couronnerait les administrations nationales et la vie politique de la nation. La première devrait surveiller les ressources et l’investissement dans ces ressources, en collaboration avec l’état et les entreprises ; les syndicats et partis travailleraient en concertation avec elle.

Cette hypothèse de système bicéphale, que j’avance ici sous uniforme général, en fait n’aurait pas la même signification partout. Vue de Chine ou de Russie, elle semblerait inopérante. Vue d’Amérique, elle pourrait s’articuler sur les anciens ancrages locaux de la démocratie [bien décrits par Tocqueville par exemple]. Mais le capitalisme néolibéral a peut-être miné ces ancrages, comme il semble avoir créé ses réseaux de profits et pouvoirs spéciaux, sur lesquels la majorité dans nos sociétés du Sud a peu d’emprise.

Malgré tout, ce schéma bicéphale rencontre, en Occident, la revendication écologique puissante, et l’aspiration à sortir de l’universalisation mortelle de la marchandise, qui menace de métamorphoser a son image toutes les formes du vivant, et les formes de vie [humaines, sociales et culturelles]. Enfin, il rencontre le malaise et les malheurs de la compétition planétaire pour le pouvoir. Les réseaux d’emprise locale sur les ressources et les politiques les concernant pourraient modérer les menées des Elath et leurs technostructures. Par exemple, ces réseaux pourraient se doter d’une certaine autorité sur les politiques de développement et productions, et sur la recherche scientifique.

Ceci dit, quelle serait la pertinence de ce schéma dans notre région du Maghreb et Proche Orient ? Il faudrait sans doute mettre à part les pays ruinés ou paralysés par les guerres et leurs suites : Irak, Syrie, Yémen, Libye. Ici la pandémie aggrave ou accélère les pertes humaines ; et les moyens de faire face sont mobilisent ailleurs. La situation du Soudan est précaire, et l’on entend peut parler de la Mauritanie. Ensuite, il faut séparer les pays pétroliers du reste : Maroc, Tunisie, Liban ; l’Égypte étant un cas particulier qui exporte du gaz, et jouit d’une rente situation consentie par certaine puissance du Golf.

Les pays pétroliers, y compris l’Algérie bien qu’elle exporte surtout du gaz, peuvent payer des services, des équipements et de l’assistance. À condition que l’offre de ces marchandises soit disponible. La pandémie a montré’ que ce n’est pas toujours le cas ; et un vaccin ne peut être acheté’ pour le moment. Quant à l’effort scientifique produisant la découverte, il doit s’exercera a bord en tant qu’effort avant de se transformer en source de revenus. Les autres pays, c’est-à-dire sans pétrole, sont frappés de plein fouet par les conséquences de la pandémie sur l’économie mondiale et le tourisme [le cas du Maroc]. Cependant, les atteintes à l’environnement, et la transformation des modes de vie en marchandise sont très sévères. Certaines villes devenant de grands musées en plein air pour la détente des vacanciers du Nord, et ceux qui disposent de pétrodollars.

Partout, la crise révèle la soif de marchandise d’occident, le refus par les nouvelles classes de consommer du local, et le peu d’appétit du capital national à s’investir dans les cycles longs des industries qui alimentent d’autres industries, et encore moins dans la recherche scientifique et technique. Ce sont les mêmes avantages comparatifs du prix du travail et des charges sociales qui se trouvent mis à profit par ce capital national, cherchant surtout à s’insérer dans des chaînes mondialistes de la production et du commerce.

La pandémie et les mesures draconiennes de confinement qu’elle impose jettent une lumière crue sur la multitude des laissés pour compte du système. Le fait est particulièrement patent au Maroc ou on appelle « secteur informel » ce qui est en fait un sous-emploi, et devrait être porté’ à la rubrique chômage déguisé.

En revanche il faut reconnaître le succès des mesures prises, et la collaboration d’un peuple rompu au sursaut de solidarité et à la mobilisation face aux dangers qui le menacent. Cet élan s’illustre aussi chez le personnel médical et d’autres personnels administratifs, et les réseaux d’entraide qui viennent compléter l’aide de l’état, ou bien y suppléer quand elle fait défaut. Le groupe de pays dont le Maroc fait partie à une économie plus diversifiée, une administration vigilante, et des techniques sécuritaires éprouvés. La crise met à nu certaines dérives bien connues des personnels d’autorité », et des violations du droit.

Et il est difficile de savoir si l’élan de solidarité nationale va oignon infléchir un pouvoir autoritaire dans le sens d’une relation plus inclusive, et plus respectueuse des libertés. La gestion de la crise comporte, comme il se doit, des restrictions massives sur les libertés élémentaires qui ont été comprises et acceptées. Mais, il est bien connu que la logique de la restriction a été une constante du pouvoir autoritaire, bien avant la crise actuelle. De ce point de vue, la discussion actuelle d’une nouvelle loi, pénalisant l’expression libre dans les médias sociaux, semble justement mettre à profit la crise pour consolider le système de répression.

Toujours est-il qu’il est difficile, à l’heure présente, de se représenter les périls comme les promesses d’une sortie de crise. Ni entre pays ni entre les habitants d’un même pays, la pandémie n’est égalisatrice. Chez nous, comme ailleurs, les riches sont confinés dans des conditions dont la majorité, les pauvres et sans-abri ne peuvent pas rêver. Mais tout se sait à l’air de l’internet. Et la mobilisation pour la sauvegarde de tous devra sans faute apporter un plus au confort de tous. Ce sera une aspiration difficile à négliger ou enterrer.

L’État ne peut faciliter l’investissent du capital mondialise, et y participer, sans garantir un revenu adéquat au plus grand nombre. Certes, il lui est difficile de maîtriser tous les effets de la mondialisation. Mais il peut veiller au bien-être de ses administres, par le soutien au travail, aux salaires, a l’éducation la santé, et a la sauvegarde de la vie en général. Ceci n’irait pas sans de nouvelles politiques d’épargne, de remodelage de la consommation, et de réduction des disparités entre classes et régions.

On entend souvent des propositions pour le retour de l’État dans le développement, et dans le sens de l’indépendance économique. En fait certaines grandes entreprises à intérêt national devraient bien être mises sous souveraineté et gestion d’état. Mais si l’on tient compte de mon hypothèse des deux têtes : la première doit être associée à la gestion de ces entreprises. Sans cela on retournerait au secteur public ruineux et peu entraînant des années 1960-1970. Il n’y a pas d’autonomie illusoire à chercher. Au contraire, il faut produire et bien produire pour gagner sa vie sur les marches mondialisés. Et avec une structure bicéphale, la première tête devrait veiller sur notre environnement qui est aujourd’hui dilapidé.

La culture peut être mise en valeur ainsi que l’environnement pour le tourisme national et international. Mais tout n’est pas à vendre. Le système éducatif, l’enseignement des valeurs de l’artel de la nature peuvent propulser nos créateurs et leurs créations à trouver leur place parmi les grandes offres qui marquent le monde et l’augmentent.

*Anthropologue

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