Covid-19: Pourquoi la létalité est plus élevée chez les hommes ?

03 Août 2020 à 16:11 Santé
Covid-19: Pourquoi la létalité est plus élevée chez les hommes ?
Dans une analyse sur le genre face dans le contexte du Coronavirus, Dr. Khadija Moussayer indique que les hommes représentent la majorité des cas de Covid-19 dans certains pays et une minorité dans d’autres, et constituent à cet effet systématiquement la majorité des décès.  
D’après la spécialiste en médecine interne et en gériatrie et présidente de l’Alliance des Maladies Rares au Maroc (AMRM), les hommes ont 50 % de chance de plus de mourir que les femmes du coronavirus d’après une analyse menée dans 35 pays par Global Health 50/50 , un organisme indépendant de recherche relevant de l’ « University College »de Londres, soulignant que les causes en sont à la fois biologiques et comportementales

Une meilleure réponse du système immunitaire féminin

La femme possède un système immunitaire assez fort. Un constat qui n’est pas nouveau en médecine indique la spécialiste qui explique que les femmes ont des réponses immunitaires plus fortes et meurent moins de maladies infectieuses.
« En général, le corps des femmes repousse les envahisseurs bactériens et viraux plus rapidement que les hommes, et les vaccins fonctionnent également mieux pour les femmes que pour les hommes.
Les hormones féminines, les œstrogènes, amplifient en effet le système immunitaire, tandis que les androgènes (comme la testostérone) et la progestérone ont tendance à le refréner. Les chromosomes sexuels jouent également un rôle. Le chromosome  féminin, X, possède plus de gènes associés à la fonction immunitaire et, comme les femmes ont deux chromosomes X alors que les hommes n’en ont qu’un, ces gènes sont plus nombreux  à stimuler  la défense de l’organisme (même si normalement, un seul X reste complètement actif tandis que l’autre moins ou peu actif est qualifié de  dormant) » explique Dr. Moussayer.
Elle poursuit que les protéines détectant des virus tels que le Covid-19 sont en particulier codées sur le chromosome X d’où une réponse immunitaire plus rapide, rappelant ainsi que des études, chinoise en particulier, montrent par ailleurs que le coronavirus infecte l’organisme en se liant à une protéine à la surface de nos cellules dénommée ACE2 (c’est plus précisément « l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 » qui joue un rôle primordial dans la régulation de la tension artérielle).
Or, ces protéines ont tendance à être plus élevés chez les hommes (surtout avec l’âge) que chez les femmes, indique la spécialiste, ainsi que chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires et de diabète, notant que ces protéines sont nombreuses dans la cavité nasale, qui constitue de ce fait le point d’entrée principale de la pathologie, et disséminées dans tout l’organisme, ce qui explique notamment que, dans les cas graves, on est face à une défaillance multi-organique (poumons, cœur, vaisseaux sanguins, reins, système nerveux…).
Pour conclure sur ce point, Dr. Moussayer fait savoir que le sexe masculin, plutôt âgée et/ou diabétique, hypertendu et obèse, est le facteur de risque principal pour une forme grave de la maladie.

Des comportements à risque chez les hommes

Outre les aspects biologiques, Dr. Moussayer avance que les comportements plus « à risque » des hommes. ont un impact  sur les infections telles que les coronavirus, soulignant que ces excès sont bien connus à savoir le tabac, l’alcool, la drogue etc.
« Des études passées mettent aussi en avant une tendance plus décontractée chez les hommes  les poussant à moins respecter les comportements de prévention et les mesures d’hygiène recommandés par les autorités sanitaires » dit-elle.

Revers de la médaille: Le fardeau des maladies auto-immunes

La spécialiste n’a pas manquer de signaler dans son analyse que cette  réponse immunitaire plus efficace chez les femmes face au coronavirus a une contrepartie négative méconnue souvent au Maroc.
Elle se traduit en effet  chez certaine par une hyperactivité pathologique où les cellules spécialisées (les globules blancs) et des substances, les anticorps, censées normalement protéger nos organes se trompent d’ennemi et se mettent à attaquer nos propres organes et cellules.
Ces anticorps devenus nos ennemis s’appellent alors « auto-anticorps » indique Dr. Moussayer. C’est en quelque sorte une auto-destruction de l’organisme qui concerne les femmes dans près de 75 % des cas au Maroc, indique-t-elle.
« Au total, la proportion de femmes atteintes pour un seul homme est  ainsi dans la maladie de Basedow (Hyperthyroïdie) de 7 femmes/1 homme, le lupus de 9f/1h, le Gougerot de 9f/1h, la polyarthrite de 2,5 f/1h, la sclérose en plaques de 2f/1h… » fait savoir la spécialiste.
De même, elle explique que ces pathologies constituent un grave problème de santé publique du fait de leur poids économique et humain : la 3ème cause de morbidité dans le monde après les maladies cardiovasculaires et les cancers.
Selon Dr. Moussayer, ces pathologies touchent en effet environ 10 % de la population mondiale et occupent le troisième poste du budget de la santé dans la plupart pays développés.
En conclusion, Dr. Moussayer insiste sur le fait que la pandémie du coronavirus ne doit pas nous faire oublier à cette occasion ce fardeau féminin que constituent les maladies auto-immunes, soulignant ainsi qu’une femme sur six est ou en sera atteinte au cours de sa vie !

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